« C’est à cause de vous, de vous, de vous. » Doigt tendu vers les chefs d’entreprise dans la salle, Marine Tondelier leur attribue la responsabilité des dérèglements climatiques de l’été. La scène résume l’ambiance du premier grand oral économique de la présidentielle 2027 : sept candidats, un parterre de patrons, et des visions qui ne se rencontrent jamais vraiment. En amont, le Medef avait fait ses devoirs : une consultation nationale menée avec OpinionWay a cadré la confrontation, entre charges, fiscalité, recrutement et simplification administrative.
En toile de fond, un chiffre que personne n’a contesté : la dette publique française a franchi 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026, du jamais-vu depuis la sortie de la crise Covid, avec un déficit qui reste au-dessus de 5 %, loin des 3 % exigés par Bruxelles. C’est ce mur budgétaire, plus qu’un simple sondage, qui a servi de fil rouge à la confrontation entre les sept candidats.
Deux camps face à la dette
D’un côté, la droite et l’extrême droite veulent réduire l’État. Bruno Retailleau ouvre les hostilités : « L’État prend les entreprises pour des vaches à lait », dénonce-t-il, avant d’annoncer une réforme des retraites à venir « dans quelques jours », liant l’âge de départ à l’espérance de vie, et la suppression de 250 000 à 300 000 postes de fonctionnaires grâce à l’intelligence artificielle. Marine Le Pen promet, elle, 125 milliards d’euros d’économies portées d’abord par l’État, « Le premier qui doit faire un effort, c’est l’État », tout en refusant de reculer l’âge légal, jugeant « facile » d’exiger de travailler plus longtemps quand l’emploi des seniors reste un point faible du marché du travail français.
Les candidats du bloc central misent sur la durée du travail sans toucher au niveau des pensions. Édouard Philippe écarte l’idée de « tailler dans les retraites » mais défend l’allongement de la durée de cotisation, comparaison avec la Grèce à l’appui pour écarter le scénario d’une France en défaut. Gabriel Attal chiffre sa trajectoire : repasser sous 3 % de déficit en 2032, l’équilibre budgétaire en 2037, via dix milliards d’annulations de crédits ministériels et une remise à plat du système de retraites.
Édouard Philippe recentre le débat sur la compétitivité face à l’Allemagne et à l’Italie, plus que face à la Chine, et propose un moratoire réglementaire une fois le budget voté
À gauche, la ligne est inverse : pas d’effort sur les retraites, mais sur les recettes. Jean-Luc Mélenchon refuse l’accusation de vouloir « foutre au feu » la dette française et propose de couper les aides aux entreprises plutôt que les dépenses sociales. Raphaël Glucksmann relie le niveau de la dette à la désindustrialisation des années 1990 et réclame une hausse de la taxation des hauts patrimoines. Marine Tondelier revendique l’abrogation pure et simple de la réforme des retraites de 2023, rappelant qu’on « meurt deux fois plus au travail en France qu’en Europe », et compare le modèle social français au Titanic : « apparemment insubmersible », mais qui « coule » bel et bien.
Réindustrialiser : protectionnisme contre compétitivité
Deuxième point de friction : pourquoi faut-il deux à trois fois plus de temps pour construire une usine en France qu’ailleurs en Europe ? Là encore, deux logiques s’affrontent. Marine Le Pen mise sur la dérégulation : classer l’ensemble des projets industriels en « intérêt général majeur » pour accélérer les délais, notamment sur 150 000 hectares de friches recensées, et supprimer l’impôt sur la production ainsi que la CVAE. Bruno Retailleau va dans le même sens en promettant de « supprimer les cent normes les plus stupides » et de miser sur le nucléaire plutôt que sur les renouvelables – visant directement Marine Tondelier, qu’il accuse d’avoir affaibli la filière atomique.
En face, Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier défendent un protectionnisme ciblé plutôt qu’une déréglementation générale : des « mesures miroirs » pour ne pas importer de produits fabriqués sans respecter les normes imposées aux industriels français, et un rattrapage sur les renouvelables, la Chine ayant pris une avance jugée préoccupante sur le photovoltaïque. Glucksmann appelle en parallèle à un « projet Manhattan » français sur l’intelligence artificielle.
Jean-Luc Mélenchon, de son côté, plaide pour une planification sectorielle assumée et accuse le tandem Philippe-Attal d’avoir fragilisé la Sécurité sociale par des années d’exonérations de cotisations. Édouard Philippe recentre le débat sur la compétitivité face à l’Allemagne et à l’Italie, plus que face à la Chine, et propose un moratoire réglementaire une fois le budget voté. Gabriel Attal, lui, mise sur la simplification pure : une « constitution du travail » de cinquante pages pour remplacer un code du travail jugé illisible. Le débat a aussi tourné à l’affrontement direct : Gabriel Attal a rappelé à Marine Le Pen ses votes passés à l’Assemblée, avant que la présidente du RN ne lui renvoie le bilan du gouvernement Barnier. Le Medef voulait des réponses claires sur la dette, les retraites, l’industrie. Il repart avec sept plans de bataille, et un point commun : personne n’a vraiment dit qui paiera l’addition.






