Trois mots ont suffi ce 27 août, sur la scène de l’université de rentrée du Medef à Roland-Garros. À la question de savoir s’il sera candidat à la présidentielle, Xavier Bertrand répond : « Je le serai. » Suit une précision qui vaut déclaration de guerre à son propre camp : pas de primaire de la droite et du centre. « On ne va pas faire les mêmes conneries à chaque fois », lâche-t-il devant la presse, référence à peine voilée à sa quatrième place, humiliante, lors de la primaire des Républicains fin 2021.
Le président des Hauts-de-France devance de quelques heures les sept candidats attendus pour leur premier débat commun, ce 27 août. Un symbole. Depuis un an, Xavier Bertrand multiplie les déplacements – seize entre mi-juillet et fin août selon son entourage – pendant qu’Édouard Philippe consolide son statut de favori du bloc central et que Bruno Retailleau incarne désormais officiellement Les Républicains. L’espace qu’il vise, entre ces deux hommes, se resserre chaque mois un peu plus.
À 61 ans, l’homme n’a pourtant rien d’un débutant. Député de l’Aisne dès 2002, il devient en 2004 secrétaire d’État à l’Assurance maladie sous Jean-Pierre Raffarin, puis ministre de la Santé de Jacques Chirac entre 2005 et 2007. C’est sous Nicolas Sarkozy, au Travail, qu’il fait adopter en 2007 la loi sur le service minimum dans les transports, votée en pleine grève et entrée en vigueur au 1er janvier 2008 : obligation de négocier avant un mouvement social, service garanti pour les usagers. Une matrice qu’il revendique encore, mélange d’autorité et de défense des services publics.
Le spectre de 2021
L’histoire de Bertrand avec son propre camp ressemble à un mélodrame en trois actes. Secrétaire général de l’UMP entre 2008 et 2010, il quitte Les Républicains en 2017 après l’élection de Laurent Wauquiez à leur tête, dénonçant un parti qu’il juge trop dur avec les boucs émissaires et trop flou sur le barrage au Rassemblement national. Il revient en 2021 pour tenter la primaire interne, et termine quatrième, derrière Éric Ciotti, Valérie Pécresse et Michel Barnier, avec 22,36 % des voix.
Cet échec explique en creux toute sa stratégie de 2027. Il ne se présentera pas en candidat LR, mais en indépendant soutenu par son mouvement Nous France, fondé en 2022. Il refuse toute nouvelle primaire, quitte à s’exposer à l’accusation de fuir un nouveau désaveu des militants. Le pari est risqué : sans grand parti derrière lui, un sondage Ifop-Fiducial pour Le Figaro le créditait d’à peine 13 % début 2026, loin derrière Philippe et Retailleau, qui eux dépassaient les 20 %.
Ni Macron, ni Le Pen, ni Mélenchon
Sur le fond, Bertrand construit un récit à trois négations. Il n’a jamais servi Emmanuel Macron, contrairement à Édouard Philippe ou Gabriel Attal, ce qui lui permet de revendiquer une rupture avec dix ans de « en même temps » sans en assumer le bilan. Il a battu Marine Le Pen deux fois aux régionales, en 2015 puis en 2021, un argument qu’il ressasse comme un trophée personnel. Face à Jean-Luc Mélenchon, il oppose autorité, valeur du travail et maîtrise de la dépense publique.
Son programme assume une contradiction structurelle. D’un côté, il veut décentraliser massivement : logement, emploi, écologie et santé de proximité confiés aux régions, sur le modèle de ce qu’il revendique avoir fait dans les Hauts-de-France depuis 2016. De l’autre, il durcit ses positions régaliennes : majorité pénale abaissée à 15 ans, peines planchers pour récidivistes, quotas migratoires votés par le Parlement, suppression de l’Aide médicale d’État hors urgences vitales. Son projet n’est donc pas celui d’un État plus faible, mais d’un État recentré, minimal dans le quotidien, ferme sur le régalien.
Sa proposition la plus singulière touche aux institutions : un septennat unique, non renouvelable, soumis à référendum. L’argument est chiraquien dans l’esprit, libérer le président de l’obsession de sa réélection pour lui permettre des choix impopulaires mais nécessaires. Il défend aussi, référendum local à l’appui, une autonomie élargie de la Corse, cohérente avec sa doctrine décentralisatrice.
Reste à transformer vingt-quatre ans de mandats en atout plutôt qu’en boulet. Ancien ministre de la Santé sous Chirac, du Travail sous Sarkozy, président de région depuis dix ans, il revendique une expérience gouvernementale que ses rivaux plus jeunes n’ont pas. Mais cette même longévité nourrit l’image inverse : celle d’un homme du monde d’avant qui retente, pour la troisième fois, une course qu’il n’a encore jamais gagnée, en pariant, comme Jacques Chirac donné perdant face à Édouard Balladur en 1994, qu’une campagne peut encore renverser un pronostic.






