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Ursula von der Leyen dévoile son plan pour muscler l’industrie européenne

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. (Crédits: Thierry Monasse via Getty Images)
Devant le patronat français rassemblé à La REF, la présidente de la Commission européenne a détaillé six chantiers pour redonner à l'UE les moyens de sa compétitivité : simplification, budget musclé, énergie et intelligence artificielle, quitte à hausser le ton face à Pékin.

Vingt milliards d’euros pour ériger des « giga-usines » d’intelligence artificielle. 450 milliards pour muscler le budget européen. Un quart de charges administratives en moins pour les entreprises. Ce 27 août, à La REF, devant le patronat français réuni en pleine rentrée économique, Ursula von der Leyen n’a pas fait dans la nuance. Le constat posé par la présidente de la Commission européenne tient en une phrase : les certitudes qui ont fait tourner l’économie du continent pendant vingt ans ont disparu.

Énergie importée à bas coût, accès presque illimité au marché chinois, parapluie sécuritaire américain, avance technologique occidentale : « ces évidences ont disparu », a-t-elle lancé. Conséquence directe, selon elle : transformer les atouts européens en croissance coûte désormais bien plus cher qu’avant. Facture énergétique alourdie, empilement de normes, concurrence internationale pas toujours loyale. Face à ce triple choc, elle fixe un cap : « nous devons agir comme européens sur l’ensemble des leviers pour rebooster notre compétitivité ».

Simplifier les règles, sans désarmer face à Pékin

Premier chantier, et non des moindres : la bureaucratie. Bruxelles veut réduire les charges administratives de 25 % pour l’ensemble des entreprises, et de 35 % pour les PME, d’ici 2029. Autorisations accélérées, doublons supprimés, procédures allégées : l’objectif est de remettre l’industrie au centre du jeu économique européen. Mais cette chasse à la paperasse ne dispense pas d’une chasse aux déséquilibres commerciaux, prévient-elle. Plus de la moitié de la production européenne affronte aujourd’hui la concurrence chinoise, tandis que la Chine reste incontournable dans les chaînes d’approvisionnement du continent, avec près de 80 % des matières premières critiques qui en dépendent.

Bruxelles propose de maintenir les quotas gratuits après 2030 et promet d’alléger la facture des industriels de 10 milliards d’euros d’ici 2030

Un rapport de force que la Commission entend désormais assumer. « Réduire les risques, mais pas rompre le lien », résume von der Leyen, qui promet d’accélérer systématiquement les enquêtes de défense commerciale lorsque le dialogue ne suffit plus. Sa formule est sans détour : « notre marché reste ouvert, mais l’ouverture suppose la sécurité, l’équité et la réciprocité ». Sur le financement, le diagnostic est tout aussi frontal. L’Europe dispose de 10 000 milliards d’euros d’épargne des ménages, dormant sur des comptes bancaires plutôt qu’investis dans l’économie réelle. Une épargne qu’elle qualifie de « paresseuse », quand les jeunes entreprises européennes doivent trop souvent aller chercher leurs financements hors du continent. D’où le pari d’un budget européen porté à 450 milliards d’euros, censé accompagner toute la chaîne de valeur, du laboratoire de recherche jusqu’à la chaîne industrielle.

Reste le marché unique, toujours inachevé vingt ans après sa création sur l’énergie, le numérique ou les communications. Une fragmentation entre 27 systèmes juridiques nationaux que la présidente compare, en creux, à des droits de douane que l’Union n’accepterait jamais d’un partenaire extérieur. Sur le volet social, l’Europe doit aussi combler ses pénuries de compétences : deux PME sur trois déclarent ne pas trouver la main-d’œuvre qualifiée dont elles ont besoin. Un paquet sur la mobilité équitable du travail, incluant un passeport de sécurité sociale, est promis pour l’automne.

Énergie, IA, défense : la course à la souveraineté

L’énergie reste, de l’aveu même de von der Leyen, la dépendance la plus coûteuse du continent : 50 milliards d’euros de surcoût ont été absorbés depuis le début de la crise au Moyen-Orient. Sa réponse : électrifier l’économie pour réduire la facture fossile, développer les réseaux et le stockage, miser sur le renouvelable et le nucléaire. Côté marché carbone, Bruxelles propose de maintenir les quotas gratuits après 2030 et promet d’alléger la facture des industriels de 10 milliards d’euros d’ici 2030, via un nouvel accélérateur d’investissement. Une manière, insiste-t-elle, de ne pas opposer climat et industrie : les deux avancent ensemble.

Sur l’intelligence artificielle, la stratégie tient en deux verbes : produire et diffuser. Vingt milliards d’euros doivent financer des giga-usines d’IA en Europe, pendant que la technologie doit essaimer dans les écoles, les usines, les hôpitaux et les services publics. Une manière de ne plus dépendre exclusivement des infrastructures américaines ou chinoises. Dernier fil rouge du discours : ne jamais dépendre d’un seul partenaire. Ursula von der Leyen cite en exemple la progression des exportations européennes vers le Canada, preuve selon elle que la diversification commerciale est une arme, pas un renoncement. Reste à transformer ces annonces en textes, en calendriers et en financements effectifs : sur ce terrain, la Commission est attendue au tournant par les industriels.

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