Le parc Mirapolis a fermé ses portes en 1991, après cinq ans d’existence et un fiasco commercial retentissant. Trente-cinq ans plus tard, ses friches du Val-d’Oise vont accueillir un projet d’une tout autre envergure : trois parcs d’attractions financés par l’Arabie saoudite, pour un montant de six milliards d’euros. L’annonce, actée ce 24 août à l’Élysée lors de la visite du prince héritier Mohammed Ben Salman, promet 22 000 emplois directs et une « nouvelle destination mondiale » pour les touristes, selon les mots d’Emmanuel Macron sur X. Contrairement à Mirapolis, plombé en son temps par une mauvaise desserte et l’hostilité du monde forain, le nouveau projet peut s’appuyer sur l’extension du Grand Paris Express, censée améliorer sensiblement l’accès au site.
Le protocole d’accord engage la France et le fonds souverain saoudien PIF, via sa filiale dédiée au divertissement, Qiddiya Investment Company. Le site retenu : Cergy-Pontoise, choisi pour sa connectivité avec la métropole parisienne et sa proximité avec Disneyland Paris, ouvert en 1992. Un des trois parcs devrait être consacré à l’univers manga, et plus précisément à Dragon Ball, la saga culte d’Akira Toriyama, mort en 2024. Les deux autres thèmes restent sous silence à ce jour.
Une passion partagée, née à Riyad
L’origine du projet remonte à décembre 2024, lors d’un déplacement d’Emmanuel Macron à Riyad. Le président français et le prince héritier saoudien y auraient découvert un goût commun pour le manga japonais. Dans la foulée, Mohammed Ben Salman aurait fait connaître à son homologue la volonté du PIF d’implanter des parcs à thème « dans différents pays du monde ». Plusieurs sites français ont ensuite été soumis aux Saoudiens, qui ont arrêté leur choix sur le Val-d’Oise.
La rencontre a également acté la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, créé fin 2024
Aucun calendrier précis n’a été communiqué pour la construction, qui doit s’étaler « sur plusieurs années » et voir les trois parcs ouvrir successivement. Qiddiya, de son côté, précise que le protocole marque le début d’une phase de travail commun pour définir le périmètre du projet et son cadre contractuel, conformément aux procédures françaises. Côté politique local, Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a salué un investissement d’une ampleur comparable à celle de l’arrivée de Disney à Marne-la-Vallée, il y a près de quarante ans. Le maire de Cergy, Jean-Paul Jeandon, y voit lui une chance de tourner la page de trois décennies de friche.
Investissements et droits humains
Ce projet touristique n’est qu’un volet d’une visite d’État plus large. Ce 24 août, les deux pays ont aussi signé près d’un milliard d’euros de contrats dans les transports, avec Alstom et CMA CGM, ce dernier concluant un accord de 434 millions d’euros pour développer le port de Djeddah, sur la mer Rouge. La rencontre a également acté la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, créé fin 2024. Au programme : Gaza, le Liban, la Syrie et la diversification des routes énergétiques, alors que le détroit d’Ormuz reste sous tension depuis le déclenchement de la guerre entre Israël et l’Iran.
Interrogée sur l’opportunité de confier à Riyad la construction de ces parcs, malgré les critiques récurrentes sur le bilan saoudien en matière de droits humains, la présidence française a botté en touche, affirmant que la France serait la « bénéficiaire » du projet, sans volonté de donner des leçons ailleurs. Plusieurs syndicats de journalistes ont dénoncé la visite du prince héritier, toujours mis en cause par le renseignement américain dans l’assassinat en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi, accusation qu’il a toujours rejetée. Sa précédente réception à l’Élysée, en 2022, avait déjà suscité la colère des organisations de défense des droits humains.
Le rapprochement entre Paris et Riyad s’inscrit dans une dynamique amorcée depuis plusieurs années. Devenu un interlocuteur incontournable au Moyen-Orient, de l’énergie à la diplomatie régionale, Mohammed Ben Salman a vu son isolement international s’estomper à mesure que la guerre en Ukraine, depuis 2022, a rappelé le poids de l’Arabie saoudite sur le marché pétrolier mondial. Pour l’exécutif français, le parc de Cergy-Pontoise vaut autant comme vitrine touristique que comme symbole de ce partenariat retrouvé.






