Cinq cents affiches, placardées dans plusieurs villes de France le jour de ses 72 ans, ce 12 août 2026. « Lui président, 650 000 Français sont partis à la retraite à 60 ans », proclame l’une d’elles, dans une esthétique pop reprenant les codes de sa campagne de 2012. François Hollande assure n’avoir rien su de l’opération, montée par des fidèles comme l’élu Wilfrid Pailhès et le maire de Libourne, Philippe Buisson. Mais il l’a appréciée, recevant plus de 500 messages d’anniversaire dans la foulée. Le message, lui, est limpide : dix ans après avoir quitté l’Élysée, l’ancien président veut qu’on recommence à parler de son bilan.
Officiellement, rien n’est décidé. Officieusement, tout s’organise. Une association de financement, Démocratie 2030, a été créée en avril, réunissant autour de lui l’entrepreneur Stéphane Distinguin ou l’ancienne députée Émilie Cariou. Un local de campagne de 90 mètres carrés est loué dans le centre de Paris jusqu’à fin décembre. Un livre programmatique, Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche, paraît le 3 septembre chez Robert Laffont, avec la promesse de répondre à trois questions : préparer l’avenir du pays, protéger les Français, unir la République face aux forces de division. En avril, il confiait à Marianne : « Je me prépare. » Son argument tient en une phrase : « J’ai déjà été président. »
De « Monsieur 3 % » au pari du retour
Le paradoxe n’échappe à personne. Élu en 2012 sur une ligne de gauche, hostile déclaré à la finance, Hollande quitte le pouvoir cinq ans plus tard avec une cote de popularité si dégradée qu’elle lui vaut le surnom de « Monsieur 3 % ». Entre-temps, le mariage pour tous a marqué son quinquennat côté sociétal, mais le CICE, le pacte de responsabilité puis la loi Travail, votée au 49.3, ont fracturé son propre camp et provoqué la révolte des frondeurs. Après les attentats de 2015, il tente aussi, sans succès, de faire adopter la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour terrorisme ; un projet qu’il qualifiera plus tard de principal regret de son mandat.
Le 1er décembre 2016, il renonce à se représenter, une première sous la Ve République. La gauche, privée de candidat naturel, s’effondre l’année suivante face à Emmanuel Macron, son ancien conseiller devenu ministre de l’Économie puis rival, avant de lui succéder à l’Élysée. Aujourd’hui, cette même expérience devient un argument. Redevenu député de Corrèze en 2024, où il siège à la commission des Affaires étrangères, Hollande refuse la primaire organisée par le PS et Place publique cet automne, jugeant son format inadapté à créer un enthousiasme populaire.
Sa stratégie repose sur l’attente : laisser Raphaël Glucksmann, désormais candidat officiel depuis le 23 août, occuper le terrain, puis se poser en recours s’il plafonne. « S’il est désigné, on changera d’espace. Mais si en décembre c’est Raphaël Glucksmann, on fermera », résume son entourage. Le Monde le décrit comme un candidat qui « se tient en embuscade ».
Fort à l’étranger, faible dans les sondages
Sur la scène internationale, Hollande revendique un bilan qu’il juge sous-estimé : artisan des accords de Minsk avec Angela Merkel et Vladimir Poutine, chef de guerre après les attentats de 2015, il défend depuis 2022 un soutien ferme à l’Ukraine et dénonce, dès janvier 2026, des dirigeants européens jugés trop conciliants face à Donald Trump. Pro-européen assumé, favorable à une défense continentale autonome, il cherche à s’imposer comme le candidat d’une gauche de gouvernement, face à un Jean-Luc Mélenchon qu’il juge infréquentable et un Raphaël Glucksmann qu’il estime trop jeune pour l’affrontement présidentiel.
Les sondages restent cruels : un test Toluna Harris Interactive publié en août le crédite de seulement 8 % des intentions de vote, loin derrière Marine Le Pen à 35 % et Édouard Philippe à 19 %, dont il doit pourtant débattre le 29 août à Sens des perspectives pour la France en 2027. De quoi rappeler qu’en 2011, lui aussi partait de très loin avant de conquérir la primaire socialiste puis l’Élysée. C’est précisément ce précédent que ses proches ressassent, comme pour se convaincre qu’une campagne présidentielle peut, en quelques mois à peine, renverser n’importe quel rapport de force électoral.






