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Les visages des présidentielles 2027 : Dominique de Villepin, le gaulliste qui vire à gauche

Dominique de Villepin. (Crédits: Sebastien Courdji via WireImage)
Diplomate resté fidèle à Jacques Chirac, artisan du discours de l'ONU contre la guerre en Irak, jamais élu de sa vie : à 72 ans, Dominique de Villepin veut transformer sa stature internationale en candidature présidentielle pour 2027.

« Je veux être candidat, je me bats pour être candidat. » Ce 30 août 2026, sur BFM Politique, Dominique de Villepin déclare ce que tout le monde attendait depuis des mois. Mais depuis quarante ans, un même détail le rattrape : il n’a jamais remporté la moindre élection. Secrétaire général de l’Élysée, ministre, chef du gouvernement, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac a occupé les plus hautes fonctions de l’État sans jamais passer par les urnes. Pas un conseil municipal, pas un siège de député, pas la moindre élection locale gagnée. En 2027, à 72 ans, il veut inverser la donne. Pour porter cette candidature, il s’appuie sur La France humaniste, un mouvement fondé en juin 2025 dont il n’est que le président d’honneur, la présidence revenant à Benoît Jimenez, maire de Garges-lès-Gonesse, et qui revendique 60 000 adhérents.

Rien ne prédestinait ce fils de diplomate né à Rabat en 1953 à la politique électorale. Passé par Sciences Po et l’ENA, promotion Voltaire, celle de François Hollande et de Ségolène Royal, il choisit la carrière diplomatique en 1980 : Quai d’Orsay, ambassades de Washington et de New Delhi, cabinet d’Alain Juppé. Sa fidélité à Jacques Chirac, nouée au début des années 1980, le propulse secrétaire général de l’Élysée en 1995, poste qu’il occupe jusqu’en 2002.

Le diplomate de la rupture

Le 14 février 2003 fait basculer sa carrière. Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre des Affaires étrangères refuse au nom de la France toute intervention militaire en Irak sans nouvelle résolution internationale. Ce discours, resté dans les mémoires diplomatiques, fonde une doctrine qu’il n’a plus jamais quittée : primauté du droit international, méfiance envers l’unilatéralisme américain, autonomie stratégique européenne.

Deux décennies plus tard, cette grammaire diplomatique structure son retour dans le débat public. En juillet 2025, il qualifie la situation à Gaza de génocide et réclame un cessez-le-feu. En mars 2026, il dénonce une guerre menée contre l’Iran par Washington et Israël, la jugeant « illégale, illégitime, inefficace et dangereuse ». Il plaide pour un Conseil de sécurité européen et une défense continentale moins dépendante des États-Unis de Donald Trump. Cette continuité entre l’homme de 2003 et celui de 2026 reste sans doute son actif le plus solide.

Le programme qui penche à gauche, l’homme qui vient de droite

Le Villepin de Matignon et celui de 2026 se ressemblent peu sur le papier. Chef du gouvernement de 2005 à 2007, après le « non » au référendum européen, il impose le contrat nouvelle embauche puis le contrat première embauche, deux dispositifs de flexibilisation du travail. Le second déclenche une mobilisation étudiante et syndicale massive ; Villepin recourt au 49.3 pour le faire adopter, avant que Jacques Chirac ne le retire sous la pression de la rue. Il mène aussi une politique migratoire dite d’« immigration choisie » et décrète l’état d’urgence après les émeutes de 2005.

Vingt ans plus tard, le candidat défend l’inverse. Ce 28 août 2026, il présente un plan fiscal baptisé « Big Bang », qu’il compare lui-même à la nuit du 4 août 1789 : suppression des niches fiscales et sociales, impôt unique sur le patrimoine, réforme de la CSG, et objectif de ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici 2032. Il promet d’abroger la réforme des retraites et de sortir de la logique de l’âge pivot, tout en rejetant la ligne migratoire d’Édouard Philippe, qu’il accuse de « faire le jeu » du Rassemblement national.

Sa traduction électorale reste un obstacle de taille. Crédité seulement de 2 % des intentions de vote et de 19 % de bonne image selon l’Observatoire Elabe d’août 2026, l’ancien Premier ministre affiche une stature bien supérieure à son poids électoral. Il lui manque surtout un réseau d’élus : après avoir échoué à réunir les 500 parrainages en 2012, il affirme fin août 2026 en détenir « plusieurs centaines », sans atteindre le seuil requis. S’y ajoute une enquête du Parquet national financier, révélée en mai 2026 par Reuters, portant sur des statuettes de Napoléon qu’il aurait conservées après son passage au Quai d’Orsay.

Villepin joue donc une partition à double face : capital diplomatique intact, capital électoral incertain. Son pari consiste à ériger le gaullisme en point de ralliement contre le Rassemblement national, La France insoumise et un macronisme qu’il juge à bout de souffle. Apprécié des Français sans parvenir à s’imposer dans les intentions de vote : son défi sera désormais de transformer cette nostalgie diplomatique en véritable choix présidentiel.

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