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Les visages des présidentielles 2027 : Bernard Cazeneuve, le candidat qui ne dit pas encore son nom

Bernard Cazeneuve. (Crédits: Marc Piasecki via Getty Images)
Ministre de l'Intérieur pendant les attentats de 2015, dernier Premier ministre de François Hollande, fondateur de La Convention : Bernard Cazeneuve sollicite des parrainages depuis juin sans jamais se déclarer candidat officiel à la présidentielle de 2027.

Le courrier est parti le 15 juin, adressé aux maires de France. Bernard Cazeneuve y sollicite leurs parrainages pour la présidentielle de 2027, en promettant de ne rien rendre public avant la transmission officielle de leurs noms au Conseil constitutionnel. Le document, révélé le 9 septembre, résume à lui seul la méthode Cazeneuve depuis deux ans : agir en candidat, parler en candidat, mais refuser d’en endosser le nom. Interrogé le 10 septembre, l’intéressé n’officialise toujours rien. Il dit comprendre la « consternation » des Français face au « cirque » des candidatures déclarées et dénonce la primaire PS-Place publique, qu’il juge « mortifère ».

De Cherbourg à Beauvau, la fabrique d’un homme d’État

Diplômé de Sciences Po Bordeaux et titulaire d’une maîtrise de droit public, avocat au barreau de Paris depuis 2006, Bernard Cazeneuve, 63 ans, a bâti son ancrage politique dans la Manche, comme conseiller général puis maire d’Octeville et de Cherbourg-Octeville. C’est pourtant à l’Assemblée puis dans les ministères qu’il forge sa réputation nationale. Ministre délégué au Budget à partir de mars 2013, il succède à Jérôme Cahuzac, qui vient de démissionner alors que la justice enquête sur un compte caché à l’étranger, et porte la loi contre la fraude fiscale et la grande délinquance économique et financière, promulguée en décembre de la même année.

Un an plus tard, il prend la tête du ministère de l’Intérieur, poste qu’il occupe pendant la séquence la plus sombre du quinquennat Hollande : les attentats de janvier puis de novembre 2015, l’état d’urgence, la loi relative au renseignement de juillet 2015, puis l’attentat de Nice en juillet 2016. Le ministère revendiquait alors plus de 4 000 perquisitions administratives et près de 600 armes saisies. Dans le même temps, les manifestations contre la loi Travail le placent au cœur des arbitrages entre droit de manifester et fermeté contre les casseurs. En décembre 2016, quand Manuel Valls quitte Matignon pour la primaire socialiste, François Hollande le nomme Premier ministre. Il y reste cinq mois, jusqu’à l’investiture d’Emmanuel Macron, avant de retourner au barreau, chez August Debouzy, où il exerce toujours.

Une gauche sans parti

Trente-cinq ans après avoir adhéré au Parti socialiste, Bernard Cazeneuve le quitte en mai 2022, dans la foulée de l’accord avec La France insoumise qui donne naissance à la Nupes. Il reproche à LFI son « sectarisme » et l’associe à l’un des « deux dégagismes », avec celui de l’extrême droite, dont il estime qu’ils se nourrissent mutuellement. De ce divorce naît La Convention, mouvement lancé en mars 2023 à Lyon, revendiquant environ 15 000 adhérents mais peu de figures nationales de premier plan, une faiblesse qu’il compense en cultivant, depuis 2023, des liens avec des élus venus du MoDem, de LIOT ou du camp présidentiel.

C’est cette structure, et non le PS, qui porte aujourd’hui ses ambitions : d’où son refus catégorique de participer à la primaire de l’espace socialiste et social-démocrate prévue en octobre, qu’il a qualifiée en juillet de « dernière » plutôt que de première. Sa Lettre aux Français, un texte de 86 pages daté du 15 juillet, détaille 30 propositions : rétablissement du septennat, discipline accrue sur le 49.3, réindustrialisation nucléaire assumée, fermeté sur l’immigration irrégulière conjuguée à la défense du droit d’asile, hausse de la taxation des grandes fortunes et des rentes, allongement de la durée de cotisation plutôt que report de l’âge légal de la retraite. Le fil rouge tient en une formule qu’il répète depuis l’été : bâtir une « coalition des engagés », de la gauche républicaine au centre, portée par ce qu’il appelle une « coalition des producteurs », pour éviter un duel de second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise.

Son parcours est aussi marqué par un net virage européen. Cet ancien opposant au traité constitutionnel européen de 2005 est devenu, en 2012, l’un des artisans de la ratification du traité budgétaire européen. Il fait aujourd’hui de son expérience d’État l’un de ses principaux atouts, quand ses détracteurs y voient aussi le symbole d’une génération politique déjà passée par le pouvoir. Dans l’Observatoire politique Elabe de septembre, il plafonne à 18 % de bonne image à gauche, mais grimpe à 40 % chez les électeurs d’Emmanuel Macron. Ce décalage alimente son pari d’un rassemblement allant de la gauche républicaine au centre, mais souligne aussi la faiblesse de son socle à gauche. Son mouvement ne dispose pas de groupe parlementaire propre ni d’un appareil comparable à ceux des grands partis, tandis que ses parrainages restent à sécuriser.

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