Dénonçant l’« impréparation » du gouvernement dans sa gestion de la canicule, le groupe Écologiste et Social à l’Assemblée nationale a annoncé mardi 30 juin vouloir déposer une motion de censure contre Sébastien Lecornu, avec le soutien de La France insoumise. Une initiative fustigée par l’exécutif, qui la juge « politicienne » et contre-productive.

L’opposition renoue avec la motion de censure. Alors que la France, érintée par une canicule d’une sévérité hors norme, s’apprête à connaître une nouvelle hausse des températures, les Écologistes passent à l’action. Ils dénoncent, au terme d’échanges houleux dans l’hémicycle, l’impréparation du gouvernement et ses failles dans la gestion de la fournaise qui a touché une large partie de l’Hexagone et de l’Europe.

« Sous votre gouvernement, la canicule s’est transformée en violence politique », a fustigé la présidente du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, le 30 juin, avant d’annoncer le dépôt d’une motion de censure contre Sébastien Lecornu. Le Premier ministre s’est quant à lui évertué à défendre l’action de son gouvernement et de ceux qui l’ont précédé, lesquels « ont chacun à leur mesure fait quelque chose contre le réchauffement climatique ». Environ 1 000 décès supplémentaires toutes causes, sur la base de chiffres non consolidés, ont été observés depuis le 24 juin par rapport aux décès des mois précédents, selon Santé publique France.

Les Écologistes vent debout face au gouvernement

« Nous avons un gouvernement qui n’est pas prêt », résumait mardi 30 juin Cyrielle Chatelain, selon qui l’impréparation de Sébastien Lecornu face aux épisodes caniculaires représente « un danger ». Alors que les fortes chaleurs rythment de plus en plus souvent et de plus en plus fortement les mois de mai, juin, juillet et août en France, l’exécutif est accusé de ne pas prendre suffisamment au sérieux la menace du réchauffement climatique, au cœur des critiques après la forte surmortalité provisoire observée depuis le 24 juin.

D’après Santé publique France, près de 40 000 décès sont attribuables à une exposition de la population à la chaleur sur l’ensemble de la période de surveillance des étés 2017 à 2025, dont 11 700 pendant les canicules. En 2025, plus de 5 700 décès ont été attribués à la chaleur. « Les morts, vous les avez sur la conscience, la politique que vous menez est une politique inégalitaire ! », s’est écriée Cyrielle Chatelain depuis les bancs du Palais-Bourbon, choisissant la stratégie de la motion de censure. Cette intention portée par le groupe écologiste à l’Assemblée nationale dénonce l’« impréparation à la fois de la canicule qu’on a connue, mais surtout de la canicule qui arrive ».

En parallèle de la motion de censure, qui devrait être cosignée par La France insoumise, le groupe écologiste souhaite obtenir une commission d’enquête sur la gestion de la canicule et l’adaptation au changement climatique. « Nous allons demander la transparence, demander des comptes au gouvernement sur son inaction », a expliqué Léa Balage El Mariky lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale. Le groupe ayant déjà utilisé son « droit de tirage », la création de cette commission d’enquête devra être approuvée par une majorité de députés.

Dans l’hémicycle, Cyrielle Chatelain a aussi mis au défi le Premier ministre de débattre avec elle en face à face sur un plateau télévisé, avec un temps de parole égal sur l’écologie. « Allons donc débattre sur un plateau, vous et moi, avec des temps de parole égaux, et je démonterai tous vos mensonges ! », a lancé la députée à l’adresse du chef du gouvernement.

Sébastien Lecornu défend l’action macroniste

L’offensive de Cyrielle Chatelain a suscité une vive réaction du principal intéressé, lequel s’est emparé du micro pour exprimer sa colère : « C’est la première fois que je sors de mes gonds », a-t-il lancé. À l’origine de sa fureur : le chiffre de 10 000 morts évoqué ou redouté par plusieurs responsables écologistes, et contesté par le chef du gouvernement. « D’où sortez-vous ce bilan de 10 000 morts ? Sur lesquels vous et les vôtres, votre collègue président Gontard au Sénat, Madame la députée Rousseau, un certain nombre sont allés sur les plateaux de télévision depuis plus de trois jours, en établissant un bilan humain qui est faux ? C’est scandaleux, c’est indigne », s’est emporté Sébastien Lecornu.

Face aux accusations proférées par les Écologistes, le chef du gouvernement défend les actions menées au cours de son mandat et sous la présidence d’Emmanuel Macron, rappelant que l’État « tient face à chaque crise » et que les gouvernements successifs « ont chacun à leur mesure fait quelque chose contre le réchauffement climatique ». « Le nier, c’est abîmer le consensus républicain », a jugé Sébastien Lecornu, rappelant que le Fonds vert, dont la baisse progressive du budget est critiquée par l’opposition, a été créé par le socle macroniste. Depuis sa création en 2023, ce dispositif de soutien aux collectivités locales dans la transition écologique voit ses crédits diminuer fortement, passant de 2,5 milliards d’euros en 2024 à une enveloppe initiale de 837 millions d’euros en 2026, sur fond de contraintes budgétaires.

« Faire du fonds vert le référendum de l’inaction du gouvernement, alors que nous l’avons créé, a quelque chose d’absolument absurde sur le terrain politique », a-t-il fustigé.

Malgré cette défense de l’action gouvernementale, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a concédé mercredi 1er juillet que des améliorations restaient nécessaires : « Est-ce qu’on a à s’améliorer ? Évidemment. Est-ce qu’il y a besoin de davantage de moyens ? Évidemment, on y travaille », avant d’estimer qu’une motion de censure ne pourrait pas arrêter « du jour au lendemain l’évolution du changement climatique ».

Si LFI a assuré vouloir cosigner et voter la motion de censure portée par les Écologistes, les chances de voir aboutir le texte et donc de faire chuter Sébastien Lecornu demeurent, pour l’heure, très faibles. Les autres groupes n’ont pas tous publiquement clarifié leur position, mais le Rassemblement national a indiqué qu’il ne signerait pas le texte, Sébastien Chenu estimant ne pas vouloir « rendre service » à Cyrielle Chatelain.