Les fortes chaleurs qui se déchaînent sur le territoire français depuis plus d’une semaine commencent à exercer une pression notable sur les services hospitaliers. La canicule de ce mois de juin, historique tant par sa longueur que par la virulence de ses températures, provoque une véritable surchauffe du système de santé, qui se heurte à une situation de saturation dans la capitale. Si le système hospitalier n’est pour l’instant pas « dépassé » à l’échelle nationale, le gouvernement a déclenché son plus haut niveau d’alerte sanitaire et les autorités recommandent l’annulation ou le report de plusieurs grands évènements.
Avec 61 départements encore placés en vigilance rouge canicule ce vendredi 26 juin, Météo-France évoque un « épisode caniculaire exceptionnel à l’échelle du pays », d’un niveau de sévérité pouvant se rapprocher des épisodes historiques d’août 2003 et de juillet 2019. La canicule de 2003 avait provoqué près de 15 000 décès en France selon les bilans sanitaires généralement retenus. L’Hexagone a connu, plusieurs jours de suite, des journées et des nuits parmi les plus chaudes jamais enregistrées. Les températures extrêmes de 2026 provoquent déjà décès, hausse des recours aux soins et forte tension sur les services d’urgence.
Des services de soins en surchauffe
Après une semaine de canicule qui touche tout le territoire métropolitain français, les systèmes de soins sont, de nouveau, placés en première ligne. « On commence à avoir et on s’y attendait, […] les premiers décès » potentiellement liés aux températures extrêmes, a indiqué lors d’un point presse jeudi le cabinet de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. Cette mortalité, qui touche notamment les « personnes âgées déshydratées », n’épargne pas non plus « des jeunes qui font des arrêts cardiaques ». Rien qu’à Paris, 25 arrêts cardiaques ont été recensés en vingt-quatre heures mercredi, contre « moins de 10 habituellement ».
Mercredi 24 juin 2026 est devenu le jour le plus chaud jamais enregistré en France, avec une température moyenne de 30 °C sur vingt-quatre heures à l’échelle nationale. Le record de la nuit la plus chaude jamais observée avait déjà été relevé dans la nuit de lundi à mardi avec 21,6 °C, puis battu dans la nuit de mercredi à jeudi avec 22 °C, d’après l’indicateur thermique national des températures minimales.
Le ministère de la Santé observe une nette augmentation des appels de détresse depuis les dernières vingt-quatre heures, avec notamment « une multiplication par quatre des passages aux urgences pour des raisons liées à la chaleur » et quatre fois plus d’appels à SOS Médecins. Santé publique France observe, dans son dernier bulletin hebdomadaire paru le 24 juin, une augmentation du nombre de recours aux soins d’urgence, avec plus de 650 passages aux urgences et 390 consultations SOS Médecins le 22 juin pour l’indicateur iCanicule. Un bilan qui approche, et dépasse pour les consultations SOS Médecins, les pics historiques relevés durant les étés 2019 et 2025.
« Ces impacts sur les recours aux soins d’urgence, dans les premiers jours d’un épisode de canicule qui s’annonce très intense, illustrent la gravité et la rapidité des effets de l’exposition à la chaleur sur la santé de la population, pour toutes les classes d’âges », écrit Santé publique France.
En réaction à la virulence de la canicule, le gouvernement a déclenché la phase 3 du plan ORSAN EPI-CLIM, après avoir activé la phase 2 deux jours plus tôt. Ce palier, le plus élevé de mobilisation sanitaire, vise à répondre à la pression croissante sur les capacités hospitalières, notamment en réanimation, et à anticiper les répercussions de la canicule attendues dans les prochains jours. Concrètement, la phase 3 du plan ORSAN permet notamment de renforcer les effectifs hospitaliers, de mobiliser la réserve sanitaire, d’améliorer la coordination entre les hôpitaux, la médecine de ville et les cliniques, et d’adapter l’activité hospitalière par des déprogrammations ciblées d’interventions non urgentes.
Les hôpitaux parisiens saturés
Avec un nombre d’hospitalisations en hausse et une augmentation de 40 % des appels au 15, un « point de basculement » a été clairement franchi mercredi soir, d’après le syndicat Samu-Urgences de France. Les services hospitaliers croulent tant sous l’afflux des victimes de la canicule que Yann Penverne, président du syndicat, constate une hausse d’activité au Samu rappelant la dure épreuve qu’a représentée le Covid-19 en 2020.
« Nous arrivons à une saturation des établissements hospitaliers », a déclaré le préfet de police de Paris, Patrice Faure, qui a pris des décisions exceptionnelles dans le cadre de cette canicule historique.
De sorte à désengorger les services de secours, d’ores et déjà exploités à leur maximum, la préfecture de police de Paris a demandé, au matin du 26 juin, l’annulation du festival de musique Solidays, de la Marche des fiertés et d’un meeting d’athlétisme prévu au stade Charléty. Ces évènements prévus dans les prochains jours, qui devaient réunir plusieurs dizaines de milliers de personnes sous des températures très élevées, présentent selon les autorités un « risque élevé de sur-sollicitation d’un dispositif sanitaire déjà mobilisé jusque dans ses limites ». « On se retrouve au mois de septembre pour la Marche des fiertés », a espéré le coprésident de l’Inter-LGBT, Alexandre Schon, au micro de BFMTV. L’Ironman de Nice, prévu du 25 au 28 juin, a lui aussi été annulé, a annoncé France Télévisions.
Dans ce même objectif, la préfecture de police de Paris avait publié jeudi 25 juin un arrêté interdisant la consommation d’alcool vendredi, samedi et dimanche, à certaines heures. Comme lors de la Fête de la musique du 21 juin, la consommation d’alcool sur la voie publique et dans les espaces publics parisiens sera interdite pendant une partie du week-end.
Au-delà des services de secours, la canicule s’accompagne d’un lourd bilan humain lié aux baignades, avec au moins 55 décès par noyade recensés depuis le début de l’épisode, selon la ministre des Sports, Marina Ferrari. Ce bilan s’est rapidement emballé ces derniers jours, alors qu’il s’élevait encore à 43 morts mercredi 24 juin. Interrogée par Franceinfo sur le sujet, la ministre dit craindre, ce vendredi, une évolution défavorable dans les prochains jours. L’ampleur du choc sanitaire lié à la canicule reste encore loin d’être figée et devrait être mieux connue après la fin de l’épisode, avec une baisse des températures attendue à partir de dimanche dans l’Ouest, tandis que les fortes chaleurs devraient persister plus longtemps dans l’Est.





