Réunis mardi et mercredi à Ankara, les dirigeants des 32 pays membres de l’OTAN affrontent un exercice d’équilibriste. Alors que la guerre en Ukraine s’enlise, que Donald Trump sème le doute et que l’Europe accélère son réarmement, l’Alliance tente de préserver son unité.

Les images de Kiev sous les bombes s’inviteront dans toutes les discussions. À la veille de ce sommet, une nouvelle vague de frappes russes a de nouveau visé la capitale ukrainienne. Une séquence qui rappelle l’évidence : plus de quatre ans après le début de l’invasion russe, la guerre continue de dicter l’agenda stratégique de l’Alliance. Le sommet doit, sur le papier, dresser le bilan des engagements pris lors du précédent rendez-vous, à La Haye en 2025, et fixer une feuille de route commune. Au programme : défense collective, réarmement et soutien à Kiev.

Mais derrière les déclarations officielles, une interrogation domine : jusqu’où les États-Unis sont-ils encore prêts à porter l’architecture sécuritaire européenne ? Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump remet une nouvelle fois la solidarité transatlantique sous pression. Ses critiques contre l’OTAN ne surprennent plus. Leur répétition, en revanche, entretient le doute sur la solidité du lien transatlantique. Pour les Européens, ce sommet sera autant un exercice de cohésion qu’une démonstration de crédibilité.

Trump bouscule encore l’Alliance

Avant même l’ouverture des discussions, Donald Trump a donné le ton. Le président américain a jugé « ridicule » que Washington poursuive une relation qu’il qualifie d’« unilatérale » avec l’organisation. « Ils n’étaient pas là pour nous !!! », a-t-il écrit sur Truth Social le 2 juillet, accompagnant son message d’un graphique plaçant les États-Unis largement en tête des dépenses militaires des pays membres. Une sortie qui s’inscrit dans une série de reproches adressés aux Européens, accusés de sous-investir dans leur défense. Sous pression, les alliés s’étaient engagés à La Haye à porter leurs dépenses de défense et de sécurité à 5 % du PIB d’ici 2035. Le président américain doit malgré tout se rendre à Ankara, où il rencontrera d’abord Recep Tayyip Erdoğan, puis mercredi Volodymyr Zelensky et le président syrien Ahmad al-Chareh, avant une conférence de presse. Un nouveau contact avec Vladimir Poutine est jugé probable après son échange avec Volodymyr Zelensky, selon un responsable américain cité par Reuters. Une séquence diplomatique dense, après des appels séparés de Donald Trump avec Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky.

L’Ukraine reste le cœur du dossier

Pour Kiev, ce sommet intervient à un moment critique. Quelques heures avant son ouverture, une nouvelle vague de frappes russes a rappelé l’urgence des demandes ukrainiennes. Volodymyr Zelensky a appelé ses alliés, jeudi 2 juillet, à renforcer les capacités de défense de l’Ukraine.

« La question de la défense antiaérienne et antimissile doit figurer parmi les principaux résultats attendus », a-t-il déclaré, ajoutant, non sans ironie : « À condition, bien sûr, que l’OTAN ait encore une quelconque importance pour les alliés. »

Si l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ne figure pas à l’ordre du jour immédiat, les alliés cherchent à renforcer leur soutien militaire tout en évitant une confrontation directe avec la Russie – une équation inchangée dans son principe, mais devenue plus pressante. Le sommet ne se limite toutefois pas au front ukrainien : les tensions au Moyen-Orient, entre Israël, les États-Unis, l’Iran et le Liban, devraient également s’inviter dans les discussions, dans un contexte marqué par un fragile cessez-le-feu lié au mémorandum américano-iranien de la mi-juin, puis par la signature, le 26 juin, d’un accord-cadre entre Beyrouth et Israël, dont l’application reste très incertaine.

La Turquie joue sa propre partition

Pour Ankara, accueillir ce sommet – le deuxième sur son sol après celui d’Istanbul en 2004 – constitue une vitrine diplomatique autant qu’une opportunité industrielle. Recep Tayyip Erdoğan y voit l’occasion de conforter son image de défenseur des intérêts turcs sur la scène internationale. En coulisses, la Turquie espère aussi obtenir un assouplissement des restrictions occidentales pesant sur son industrie de défense. Cette crédibilité se joue aussi sur le terrain industriel, avec un forum des industries de défense organisé à l’ATO Congresium, à Ankara.

Des annonces industrielles sont attendues au cours de ces deux journées, mais l’essentiel se jouera surtout ailleurs : dans la capacité des 32 alliés à afficher une ligne commune malgré des intérêts parfois divergents. Les dirigeants de l’OTAN devront convaincre que l’unité de l’Alliance résiste encore aux crises qui la traversent.