La décision de la FIFA de suspendre l’exécution de la sanction visant l’attaquant américain Folarin Balogun, malgré son carton rouge, fait couler beaucoup d’encre dans le monde du ballon rond. Derrière cette décision rare, présentée comme inédite depuis 1962, se dessine, une fois n’est pas coutume, la figure de Donald Trump.

Après vingt-quatre jours d’étonnante tranquillité, la Coupe du monde 2026 connaît sa première grande polémique disciplinaire. Après la suspension du joueur américain Folarin Balogun à la suite d’un tacle appuyé face à la Bosnie-Herzégovine, Donald Trump est intervenu directement auprès de Gianni Infantino. Initialement censé manquer le huitième de finale face à la Belgique, le buteur sera finalement bien sur le terrain, après un appel du président américain au patron de la FIFA, son proche ami Gianni Infantino.

« Merci à la FIFA d’avoir pris la bonne décision et d’avoir réparé une grave injustice ! », s’est félicité le président des États-Unis, désormais au cœur de soupçons d’ingérence dans la Coupe du monde. La disponibilité de Folarin Balogun, qui avait écopé d’un carton rouge après avoir planté ses crampons sur la cheville du défenseur Tarik Muharemović, fait enfler un vent d’indignation sur la compétition et sur Donald Trump, dont l’intervention est fustigée de toutes parts. Selon l’Associated Press, il pourrait s’agir de la première fois depuis 1962 qu’un carton rouge distribué pendant une Coupe du monde ne débouche pas sur une suspension immédiate. Cet épisode reflète, au-delà du cas sportif, les relations étroites qu’entretient l’organisation avec le président des États-Unis.

Une intervention de la Maison Blanche au cœur du dossier

Après consultation du VAR, l’arbitre brésilien Raphael Claus avait exclu Folarin Balogun après un tacle jugé dangereux sur le Bosnien Tarik Muharemović. « C’était totalement involontaire », s’est défendu l’Américain, meilleur buteur de son équipe depuis le début de la Coupe du monde avec trois réalisations, dont deux face au Paraguay (4-1). Il estimait qu’un carton jaune aurait été plus juste.

Selon plusieurs médias, dont Reuters et l’Associated Press, Donald Trump a appelé Gianni Infantino pour lui demander le réexamen de la suspension de l’attaquant américain, quelques heures à peine après la fin du match contre la Bosnie-Herzégovine. Dimanche 5 juillet, la FIFA a publié un communiqué annonçant une modification de la sanction par sa commission de discipline. Le carton rouge reste inscrit au dossier du joueur, mais l’exécution de la suspension est différée : Folarin Balogun est désormais soumis à « un match de suspension avec sursis, assorti d’une période probatoire d’un an ».

L’affaire bute toutefois sur le propre cadre réglementaire de la FIFA. L’article 9 de son Code disciplinaire prévoit que les décisions prises par l’arbitre sur le terrain sont définitives et ne peuvent être réexaminées par les organes juridictionnels de la FIFA, sauf erreur manifeste portant notamment sur l’identité du joueur sanctionné. La FIFA s’est, elle, appuyée sur l’article 27, qui permet de suspendre totalement ou partiellement l’exécution d’une sanction disciplinaire. C’est cette articulation entre sanction automatique et suspension de son exécution qui nourrit aujourd’hui la controverse.

Une décision qui lève un vent de colère

La polémique autour de la Coupe du monde de football gronde jusqu’en Europe. Dans un long communiqué aux phrases fortes et inquiètes, l’UEFA fait part d’« une ligne rouge » dangereusement franchie. « Le football, comme tout autre sport, repose sur des règles, qui sont la base d’une compétition juste, honnête et transparente. Parfois, les règles sont ouvertes à l’interprétation. Dans ce cas, non », fustige l’organisation, selon qui « l’intégrité du jeu est en jeu » et « la crédibilité d’une compétition […] minée ».

La Belgique, qui doit affronter les États-Unis dans la nuit du 6 au 7 juillet à 2 heures du matin, heure française, ne manque pas de rappeler à la FIFA son propre règlement. Faisant état de sa « stupéfaction », la Fédération royale belge de football rappelle le fondement de l’article 66.4 du Code disciplinaire, qui prévoit qu’un « carton rouge (expulsion) entraîne automatiquement une suspension pour le match suivant. Il en a d’ailleurs été ainsi pour tous les cartons rouges distribués jusqu’à présent lors de cette Coupe du monde de la FIFA ». La Fédération, qui dit avoir contesté l’éligibilité du joueur après n’avoir reçu ni décision motivée ni explication complète de la FIFA, assure vouloir poursuivre son combat « en défense des principes fondamentaux d’éthique, de compétition équitable et des intérêts du football dans son ensemble ».

La colère dépasse les simples frontières du sport et s’invite jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir belge.

« Si vraiment c’est un coup de fil qui explique cette décision incompréhensible, cela serait bafouer les règles les plus élémentaires du football et du sport », s’est étonné le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, tandis que sa collègue chargée des Sports de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jacqueline Galant, a rappelé que « la vraie force, c’est de gagner avec fair-play (et en respectant toutes les règles) ».

La proximité Trump-Infantino en toile de fond

À rebours de la contestation belge, la réaction américaine se montre naturellement plus joyeuse. « C’est une décision juste car il n’y aurait pas dû y avoir carton rouge », s’est félicité Mauricio Pochettino, sélectionneur argentin de la Team USA. Aux yeux de l’administration Trump, le retour de Folarin Balogun apparaît surtout comme une décision logique. Les États-Unis « se sont fait entuber avec ce carton rouge », critiquait avec familiarité le secrétaire d’État Marco Rubio lors d’une discussion informelle avec la presse.

La présence de Folarin Balogun face à la Belgique apparaît aussi comme une nouvelle illustration de la proximité entre Gianni Infantino et Donald Trump, dont la relation avait culminé lors de la cérémonie de tirage au sort de la compétition, en décembre 2025. C’est au cours de cette soirée que le président des États-Unis, qui convoitait publiquement le prix Nobel de la paix, s’est vu remettre le premier prix de la paix de la FIFA par le patron de l’organisation. Quelques semaines plus tard, les États-Unis capturaient Nicolás Maduro, Donald Trump relançait ses ambitions sur le Groenland et engageait son pays dans la guerre contre la République islamique d’Iran.