Le discret mais très attendu Édouard Philippe s’est jeté dans le grand bain de la présidentielle. Le maire du Havre et prétendant à l’Élysée a tenu, ce dimanche 5 juillet, un grand meeting décisif pour le lancement de sa campagne, face à une assemblée de quelque 5 000 spectateurs. À neuf mois du scrutin, dont le premier tour est prévu le 18 avril 2027, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron s’est plu, pendant près d’une heure et demie, à esquisser les premières grandes lignes de son programme tout en évoquant sa propre histoire personnelle.
Plongé au centre de l’Adidas Arena, dans le 18e arrondissement de Paris, Édouard Philippe a dessiné peu à peu les traits de sa campagne, incarnée par le slogan « Croire en nous ». Loin de tomber dans la nostalgie d’une France idéale, le candidat semble préférer se tourner vers des horizons optimistes et conquérants : « Nous lançons l’effort collectif qui va nous permettre de reprendre en main le destin de notre pays », a-t-il assuré devant une foule conquise. Cet élan d’espoir est d’autant plus important pour le maire du Havre que sa candidature suscite de nombreux soutiens dépassant les rangs de son parti. Certains élus, issus du parti présidentiel Renaissance ou des Républicains, déclarent les uns après les autres se ranger derrière l’édile, affichant une distance croissante avec leurs propres candidats pour 2027.
Les enfants, « boussoles du prochain quinquennat »
Sans grandes annonces, le discours d’Édouard Philippe s’est attardé sur quelques projets majeurs dont les contours demeurent encore flous. L’édile a notamment pris le temps, au cours de son discours, d’identifier sa priorité de campagne, qui ciblera l’école. Projetant une « refonte massive » du système scolaire, le président d’Horizons ne manque pas de superlatifs en évoquant la réforme « la plus importante peut-être depuis Jules Ferry », laquelle avait rendu l’enseignement primaire obligatoire, gratuit et laïc pour tous. L’intérêt des enfants français est érigé au rang de « boussole du prochain quinquennat ».
Tout en évitant d’entrer profondément dans les détails, Édouard Philippe souhaite aider les directeurs à avoir « les moyens d’être des patrons » de leurs établissements, augmenter la rémunération des professeurs, repenser le rythme scolaire et intégrer l’intelligence artificielle dans la pédagogie.
« La vérité est que nous ne faisons pas assez pour nos enfants. Nous ne faisons pas assez pour la France de demain : on ne fait pas assez pour les former et les préparer au monde qui vient, on ne fait pas assez pour leur indépendance financière et leur capacité à investir, on ne fait pas assez pour leur protection sociale », regrette Édouard Philippe, qui avait occupé le rôle de Premier ministre pendant trois ans.
En parallèle de l’école, le thème de l’immigration s’est lui aussi invité à l’Adidas Arena, Édouard Philippe maintenant un discours ferme tout en affirmant « ne pas renoncer à l’intégration ». Le candidat a également promis de « remettre de l’ordre dans les affaires de la France », notamment en matière de justice et de frontières, en défendant l’application de courtes peines et l’expulsion des étrangers délinquants.
Face à une collection de drapeaux tricolores et européens brandis dans la foule, le quinquagénaire a aussi esquissé des mesures d’économie alors que la France affiche un déficit public élevé, établi à 5,1 % du PIB en 2025. Le maire du Havre ambitionne de le réduire à 2 % d’ici 2032 et évoque une voie alliant « la vérité, la lucidité, le travail, l’effort, la liberté », qui inclut des « efforts justes, partagés et étalés dans le temps ».
Omettant soigneusement d’aborder sa perception de l’âge de départ à la retraite, qu’il dit vouloir relever à 67 ans depuis 2021, Édouard Philippe promet « aux cadres et aux employés du secteur public et privé qu’il faudra travailler plus longtemps » et demande aux retraités de « contribuer davantage au financement de notre modèle social ». À l’inverse, le candidat affirme vouloir préserver « les ouvriers, les salariés modestes, les indépendants » et ne pas taxer davantage « les entreprises qui payent déjà trop d’impôts ».
Un ton inhabituellement plus personnel
Au-delà des lignes de sa campagne pour la présidentielle, le réservé Édouard Philippe s’est livré sur un plan inhabituellement personnel face à ses quelque 5 000 spectateurs. Le candidat, sensible à la protection de sa vie privée et particulièrement absent des réseaux sociaux, a marqué son premier meeting par un écart avec sa retenue habituelle. Né en Normandie auprès de deux parents professeurs de français, l’ancien Premier ministre s’est tout d’abord décrit comme « fils de la classe moyenne ». Son grand-père, docker et membre de la CGT au Havre, illustre, selon le candidat, comment sa famille a opéré un transfuge de classe surprenant en l’espace de trois générations.
Outre son passé, Édouard Philippe est revenu sur son présent d’époux et de père de famille, prononçant quelques mots à l’égard de sa femme et de ses trois enfants. Estimant qu’exhiber sa vie privée n’est « pas le genre de la maison », le candidat s’interdit d’exposer ses enfants publiquement et entend bien esquiver la traditionnelle une de Paris Match. Une pique partiellement adressée au président du Rassemblement national (RN) Jordan Bardella, dont la relation avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles avait été officialisée à travers ce journal en avril 2026. Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron s’étaient, eux aussi, prêtés à cet exercice avant leur accession respective à l’Élysée.
Le grand meeting sous le toit de l’Adidas Arena a également vu Édouard Philippe évoquer sa maladie, « très visible mais sans gravité ». Malgré un visage transformé en l’espace de quelques années en raison de son vitiligo puis de son alopécie, le candidat Horizons certifie avoir dépassé la crainte du regard des autres. « À 55 ans, je sais où j’habite. Je sais en quoi je crois », assure-t-il en promettant de ne pas jouer un personnage au cours de sa campagne. « Un responsable politique est beaucoup plus ce qu’il est que ce qu’il prétend être sur les réseaux sociaux », confirme Édouard Philippe en visant, sans le citer, son opposant Gabriel Attal, friand d’ultracommunication en ligne.
Un candidat aux multiples soutiens
Édouard Philippe tient son premier meeting alors que sa candidature bénéficie d’un élan réel, mais encore fragile, dans les enquêtes d’opinion. Crédité de 14 % des intentions de vote au premier tour dans un scénario où lui et Gabriel Attal seraient tous deux candidats, selon un baromètre IFOP-FIDUCIAL de juin 2026 pour Sud Radio, LCI et Le Figaro, l’édile conserve l’avantage dans le bloc central. Désireux de rassembler le centre et la droite avant l’échéance du scrutin, le quinquagénaire peut se targuer d’attirer les élus d’autres partis, principalement issus de Renaissance et des Républicains.
Recevant une pluie de soutiens, Édouard Philippe a vu défiler à l’Adidas Arena plusieurs visages macronistes comme ceux de Marc Ferracci, Sylvain Maillard, Constance Le Grip, Agnès Buzyn, François de Rugy et quelques députés MoDem tels Maud Petit et Christophe Blanchet. La semaine précédente, le président du groupe Droite républicaine Laurent Wauquiez annonçait son rapprochement avec le prétendant Horizons, tandis que la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon déclarait se ranger derrière sa candidature.
Animé par l’objectif de réunir derrière lui Gabriel Attal et Bruno Retailleau, Édouard Philippe n’a jamais formulé, lors de son meeting, de critiques directes à l’adresse de ses deux concurrents déclarés. Ses principales attaques n’ont pas épargné, au contraire, les partis du RN et de La France insoumise (LFI). Le premier a été accusé de pratiquer un « en même temps qui ne s’assume pas : social dans le Nord, libéral dans le Sud, porte-voix revendiqué des classes populaires dans les campagnes, mais gourmand des petits fours à Monte-Carlo ». Le second ferait « le choix de la division communautaire, en flirtant souvent avec l’antisémitisme le plus rance, en nourrissant à dessein la haine du flic, la haine du riche ».
Dans le cas où il se présenterait aux côtés de Gabriel Attal pour 2027, Édouard Philippe s’inscrirait entre les deux partis qu’il désigne comme ses principaux repoussoirs, selon le dernier baromètre IFOP-FIDUCIAL de juin 2026. Le prétendant à l’Élysée se placerait alors au coude-à-coude avec Jean-Luc Mélenchon, crédité autour de 13 % des intentions de vote, tandis que Jordan Bardella serait donné largement en tête, entre 36 et 37 % selon les scénarios. Dans cette hypothèse, le maire du Havre serait donc en position de viser le second tour, sans que cette qualification puisse être tenue pour acquise à ce stade de la campagne.





