Dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne à Paris, la conférence avait des airs de meeting Dominique de Villepin, autrefois Premier ministre de Jacques Chirac, est venu y « parler de la France, parce que personne n’en parle plus vraiment », annonce-t-il à la salle bondée de curieux venus écouter celui qui opère un retour à la politique. Les organisateurs précisent qu’en comptant les personnes présentes dans des salles où le discours est retransmis, le total s’élève à 1 500 personnes venues écouter celui qui, un an auparavant, a lancé son mouvement, La France humaniste Autour de lui, on prévient que le discours sera un moment important pour l’homme politique âgé de 72 ans.
Celui qui est habitué à délivrer son analyse sur la situation internationale dans les médias est donc venu donner son regard sur la situation en France. « Pas de la nouvelle France, je n’y crois pas. Pas de la France de souche, elle n’existe pas. Non, la France tout court », précise-t-il, formulant ainsi une réponse indirecte au concept de la France insoumise d’une part et au Rassemblement national de l’autre.
Pendant plus d’une heure et demie, l’ancien locataire du Quai d’Orsay dessine les contours d’un programme qui ne dit pas encore son nom. Il souligne l’existence de plusieurs « menaces » qui pèsent, selon lui, sur le pays : « le réchauffement climatique », « le retour de la force » sur le plan international, mais aussi le « populisme identitaire » et « l’emprise sur les esprits », affirme-t-il, faisant référence aux réseaux sociaux. Plus largement, l’ancien chef de gouvernement dresse un constat sévère des derniers gouvernements. « Depuis 2007, la France n’est ni gouvernée, ni réformée, piégée entre l’hyperprésidentialisation de la fonction et la banalisation de la parole des chefs d’État successifs », a-t-il griffé. Quand il évoque le macronisme, à quelques mois de la fin du second mandat d’Emmanuel Macron, c’est pour le déclarer « mort ».
60 000 adhérents revendiqués
Pour Dominique de Villepin, la solution se trouve alors dans le « gaullisme », qualifié de « repère dans un monde bouillonnant » permettant un « redressement républicain ». Face à un auditoire largement composé d’étudiants, celui-ci fait valoir son expérience : « Il vient un moment dans une vie où l’on n’a plus d’autre devoir que de transmettre ce que l’on a reçu de meilleur ». Via une candidature à l’élection présidentielle ? L’ancien membre du RPR ne lève pour le moment pas le voile, aussi fin soit-il, sur son hypothétique candidature. Autour de lui, quelques jours seulement après la fin des élections municipales, on glisse tout de même que cela ne fait que commencer.
Alors que La France humaniste s’est dotée de locaux à Paris, le mouvement créé en juin 2025 revendique 60 000 adhérents. Quelques mois plus tôt s’était créé le Forum Villepin, une communauté en ligne qui s’apprête à devenir l’organisation de jeunesse officielle du mouvement. Elle revendique 94 000 abonnés sur les réseaux sociaux et, s’il fallait un signe que cette campagne présidentielle se jouera aussi en ligne, se présente comme le « premier compte d’organisation de jeunesse sur les réseaux sociaux ».
Le dossier des parrainages
Environ une heure avant sa prise de parole, l’initiateur de la France humaniste a publié une vidéo sur ses réseaux sociaux dans laquelle il appelle à créer des « cercles humanistes », déclinaisons locales de son mouvement, qui en revendique déjà 700. Composés de 5 à 20 personnes, ils sont déterminés géographiquement ou thématiquement. Sur son site, le mouvement les a mis en avant sous forme de carte. Pour les mois à venir, l’entourage du candidat putatif l’affirme, Dominique de Villepin aura un planning en « accélération », dixit son entourage. Pour le mois d’avril, deux déplacements sont déjà prévus : Caen vendredi 10 avril et Fort-Mahon-Plage samedi 25 avril. L’objectif : « récolter des témoignages » et « prendre le pouls du pays ».
Pour le candidat putatif, l’enjeu est aussi de récolter les 500 parrainages d’élus nécessaires pour officialiser une candidature. Dominique de Villepin connaît l’importance de ces soutiens : ce dernier n’avait pas réussi à les réunir en pour l’élection présidentielle de 2012 quand il avait tenté de se présenter face à Nicolas Sarkozy. Cette fois-ci, son équipe se montre sereine et affirme que « c’est en cours ». En interne, un « conseil national humaniste et républicain » a pour objectif d’assurer le lien avec les élus locaux. Ces liens seront bien nécessaires pour passer cette étape, qui sépare Dominique de Villepin d’une candidature officielle, qui ne semble plus faire aucun doute.






