La jeune fille de 11 ans Lyhanna a-t-elle été retrouvée ? Un corps a été découvert dans le Gers jeudi 4 juin et il pourrait s’agir de celui de la collégienne, disparue depuis le 29 mai. Une autopsie est en cours et doit permettre d’identifier formellement le corps. En parallèle, les critiques se multiplient à propos d’éventuelles failles judiciaires dans cette affaire, alors que le principal suspect, déjà visé par plusieurs plaintes et signalements, est actuellement en détention provisoire.
Le président Emmanuel Macron, en marge d’un sommet UE-Balkans occidentaux au Monténégro, a admis ce vendredi 5 juin qu’« il est clair qu’il y a un dysfonctionnement ». « Des failles se sont révélées, il faut maintenant les clarifier », a-t-il affirmé, avant d’indiquer que les enquêtes lancées devaient permettre de « clarifier les responsabilités à l’œuvre ». « Je veux dire la solidarité et l’affection de la nation tout entière » à la famille et aux proches de Lyhanna, a-t-il ajouté.
C’est dans une exploitation agricole, près du village de Puycasquier, « dans un espace écarté d’une vue directe », précisément au sein d’un silo agricole, que « le corps paraissant être celui d’un enfant a été retrouvé, porteur de vêtements similaires à ceux que la mineure enlevée et séquestrée portait au moment de sa disparition », a déclaré le procureur d’Agen Olivier Naboulet dans un communiqué.
Une enquête administrative sur des éventuelles failles
D’après le maire de Puycasquier, Louis Turchi, le principal suspect habitait « pas loin » de ce silo, ajoutant que dans cette commune, « tout est dans un périmètre assez étroit. Nous sommes à quinze kilomètres de Fleurance. On est tous voisins ». D’après l’élu, le silo où a été retrouvé le corps « ne sert plus maintenant. Il appartenait à une coopérative agricole » et, depuis un moment, « il est vide ». Louis Turchi affirme tout de même que ce silo laissé à l’abandon se situe à seulement « 50 mètres de la départementale. Il est vraiment visible de partout. Il y a un parking devant », a-t-il expliqué auprès des journalistes.
Cette route départementale restera à présent « coupée pour permettre aux investigations de la Justice » de suivre leur cours « normalement jusqu’à demain midi », a indiqué Louis Turchi. Malgré ce drame, le maire salue « l’élan de solidarité énorme » qui a mobilisé les habitants des alentours pour retrouver Lyhanna.
« Je pense que si on arrive à ce résultat, c’est grâce au travail énorme des gendarmes, au travail je pense aussi de mon collègue, du maire de Fleurance, et de toute la population locale », a-t-il tenu à saluer.
À Paris, dans la foulée de cette découverte, Matignon a annoncé que le Premier ministre Sébastien Lecornu réunirait ce vendredi 5 juin les ministres de l’Intérieur et de la Justice pour évoquer d’éventuels dysfonctionnements dans cette affaire, notamment dans le traitement des plaintes pour viols visant le principal suspect. Gérald Darmanin a notamment déclaré être « terrifié » par un tel « dysfonctionnement ». Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait annoncé mercredi 3 juin diligenter, avec le garde des Sceaux Gérald Darmanin, une enquête administrative sur d’éventuels dysfonctionnements.
Un suspect déjà accusé de viols sur mineure
Le principal suspect est un homme âgé de 41 ans, placé en détention provisoire. Il est visé par plusieurs autres plaintes et signalements pour violences sexuelles et avait travaillé dans l’exploitation agricole où le corps a été retrouvé, selon l’un des responsables agricoles du Gers. Père de deux enfants, le suspect, qui connaissait Lyhanna car elle était amie avec sa fille, a été mis en examen lundi 1er juin pour enlèvement et séquestration, puis incarcéré. Depuis sa mise en examen, l’homme n’a fait aucune déclaration devant la juge d’instruction chargée du dossier et n’a répondu à aucune question. Des révélations sur ses antécédents ont dessiné un profil inquiétant. Plusieurs plaintes remontant à 2022 et 2025 ainsi que des signalements pour viols sur mineures ont notamment été évoqués. La première plainte avait été classée sans suite et l’enquête sur la seconde était toujours en cours.
Depuis, un barrage de gendarmerie barre la route à proximité du site agricole, à une quinzaine de kilomètres de Fleurance, où la collégienne a été aperçue pour la dernière fois montant dans la voiture du suspect. L’autopsie doit désormais permettre d’« identifier formellement le corps et de proposer des conclusions médico-légales sur les causes de la mort », a précisé le procureur. L’un des officiers de gendarmerie a également indiqué qu’elle devrait permettre de déterminer si la victime a subi des violences sexuelles. Les prélèvements de traces, d’indices, d’empreintes ou d’ADN sur les lieux de la découverte du corps par les techniciens en investigation criminelle devraient éclairer les enquêteurs de la section de recherche de Toulouse.
Un système qui néglige la « souffrance des victimes » ?
Dans un communiqué publié par leur avocat, la famille de Lyhanna a exprimé « le plus grand effroi » et a expliqué être « dans l’attente de l’autopsie ». Elle a également confié que « le temps est maintenant au recueillement et au deuil. La famille tient à remercier toutes les personnes qui ont participé aux recherches […], la Justice devra faire son œuvre en toute sérénité ».
Au septième jour des recherches, les investigations avaient mobilisé environ 170 militaires de la gendarmerie autour du bourg de Fleurance, dans une zone rurale, boisée et vallonnée située à 80 km à l’ouest de Toulouse. Depuis l’annonce de la disparition de la collégienne de 11 ans, un important dispositif a été mis en place avec des moyens terrestres et aériens, notamment des drones et des hélicoptères. Des plongeurs de la gendarmerie ainsi que des pompiers ont également été mobilisés.
Le mercredi 3 juin dans la matinée, une nouvelle plainte pour viol sur mineure a été déposée à l’encontre du principal suspect, a annoncé la procureure de la République d’Auch, Clémence Meyer. Les lacunes présumées dans le traitement des antécédents alimentent depuis jeudi 4 juin une profonde incompréhension, notamment chez le maire de Fleurance, Grégory Bobbato, qui dénonce un « vrai dysfonctionnement d’État », un « système » négligeant « la souffrance des victimes et des familles ».





