Pendant plus de soixante ans, elle aura accompagné l’ascension, les victoires, les revers et les dernières années de Jacques Chirac. Décédée vendredi à 93 ans, Bernadette Chirac laisse derrière une véritable empreinte à l’histoire politique française : celle d’une femme initialement réduite au rôle d’épouse de président avant de s’imposer comme une figure politique à part entière, dont les avis tranchés auront fait, aussi, des étincelles.
Le président Emmanuel Macron a immédiatement salué « une grande dame de coeur » qui « a marqué notre histoire »
Installée à l’Élysée durant douze années (1995-2007), Bernadette Chirac, adepte des réceptions tenues rue du faubourg Saint – Honoré, ne s’est jamais cantonnée à son simple rang protocolaire.
Conseillère de l’ombre de son mari, elle ne manquait jamais d’exposer ses avis tranchés parfois dissonants avec ceux de l’ancien chef de l’État.
Ce fut le cas au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997, soutenue par Dominique de Villepin alors secrétaire général de l’Élysée, qu’elle considérait comme une large erreur.
Une décennie plus tôt lors de la défaite de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1988, elle confiait son découragement, persuadée que les Français n’aimaient pas son mari et devait également composer avec sa réputation de séducteur.
Lorsque Jacques Chirac évoquait dans ses mémoires celle qu’il avait rencontrée à Sciences Po au milieu des années 1950, il évoquait « la femme de sa vie ». « À 19 ans, c’était déjà un rassembleur, un organisateur, un séducteur aussi. Il avait un succès incroyable auprès des filles. De son côté, je crois qu’il y a eu un léger malentendu. Le hasard a voulu que nous soyons dans la même conférence, sans quoi il ne m’aurait probablement jamais remarquée » précisait-elle en 2001 dans l’ouvrage Conversation.
Femme sensible et pudique, Bernadette Chirac devra faire face « au drame de sa vie » en 2016 avec la disparition de sa fille aînée Laurence, atteinte d’anorexie depuis l’adolescence.
« Les gens se rendent très vite compte si vous êtes quelqu’un d’authentique ou si vous jouez la comédie »
Née Bernadette Chodron de Courcel le 18 mai 1933 dans une famille de diplomates et d’industriels, elle obtiendra son premier mandat politique en Corrèze dès 1979 où elle est élue conseillère générale de Corrèze dans le canton de Sarran jusqu’en 2015.
Alors que Jacques Chirac restait profondément marqué par la rupture avec Édouard Balladur et continuait de soutenir Alain Juppé, Bernadette Chirac ne cachait pas l’admiration qu’elle portait à Nicolas Sarkozy, devenu persona non grata aux yeux de Jacques Chirac.
En 2012, elle ira jusqu’à affirmer publiquement que François Hollande ne possédait pas, selon elle, la stature nécessaire pour devenir président, prenant ainsi ses distances avec son mari qui avait annoncé son intention de voter pour le candidat socialiste.
Durant les années passées au palais présidentiel, elle se considérait comme la gardienne de l’équilibre familial et institutionnel. Dans un Élysée où sa fille Claude occupait également un rôle central, notamment sur le volet de la communication, elle se définissait comme le « point fixe » du dispositif. Jacques Chirac sollicitait fréquemment son avis, convaincu de la pertinence de son intuition . À l’approche du scrutin présidentiel de 2002, elle fut l’une des premières voix à s’inquiéter de la montée du Front national et de la progression de Jean-Marie Le Pen dans l’opinion.
Son engagement public ne s’est pas limité à la politique. À travers l’opération Pièces Jaunes, qu’elle a portée pendant de longues années, Bernadette Chirac est devenue l’un des visages les plus familiers des Français.
En 2001, elle confiait au journaliste Patrick de Carolis : « Les gens se rendent très vite compte si vous êtes quelqu’un d’authentique ou si vous jouez la comédie. (…) Ils observent votre comportement, lorsque vous marchez dans la rue, que vous entrez dans les commerces, que vous faites une visite dans un hôpital. A force de vous voir dans différentes circonstances, à différentes époques, ils finissent par se faire une idée de qui vous êtes vraiment ». Une femme de caractère.






