C’est dans un contexte singulièrement tendu que s’inscrit le prochain sommet du G7. Vingt-trois ans après la réunion du G8, qui s’était tenue en 2003, la ville d’Évian-les-Bains, en Haute-Savoie, se prépare à nouveau à accueillir les chefs d’État et de gouvernement des grandes puissances économiques du G7. Les dirigeants de la France, des États-Unis, du Canada, du Japon, du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Allemagne, accompagnés des représentants de l’Union européenne, se réuniront du 15 au 17 juin dans un climat de tension notable, avec une relation transatlantique plus que détériorée depuis les soubresauts des derniers mois.
Trois jours durant, Emmanuel Macron profitera de la présidence du G7, dont bénéficie la France depuis le 1er janvier 2026, pour donner le « la ». L’enjeu de ce sommet est majeur : il marquera les premières retrouvailles entre Donald Trump et ses homologues depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février dernier. Tandis que le fossé transatlantique se creuse, le président français dirige un G7 fracturé mais pourtant confronté à de nombreux sujets, comme la guerre en Ukraine, les tensions dans le Golfe, autour du détroit d’Ormuz, et la hausse notoire des prix de l’énergie.
Un sommet confronté à de grands enjeux
Avant même la tenue du G7 dans la ville d’Évian, Emmanuel Macron donne le ton. À quelques jours du sommet, le président de la République française a exhorté les États-Unis, la Chine et l’Europe à agir avec « urgence ». Tandis qu’il participait à un « sommet de convergence mondiale pour la croissance » en visioconférence pour renforcer la coopération économique, le locataire de l’Élysée s’est fait le porte-parole de la dangerosité du climat actuel. « Les déséquilibres mondiaux sont persistants et se sont creusés ces dernières années, mettant en danger la croissance économique et la stabilité financière », a-t-il averti, soulignant l’importance de la « resynchronisation » et de la « coordination » entre tous les pays.
C’est en tant que médiateur qu’Emmanuel Macron semble vouloir s’imposer à l’approche du G7. Face aux déséquilibres mondiaux majeurs, le président prône les valeurs du multilatéralisme et du ralliement. Le sommet d’Évian sera l’occasion d’inciter la Chine à relancer son marché intérieur et d’inviter les États-Unis à comprendre que la guerre tarifaire initiée par Donald Trump doit être abandonnée. Les dirigeants européens, quant à eux, doivent accorder plus d’importance à l’investissement et à la simplification.
L’ambition d’Emmanuel Macron se heurte toutefois au tempétueux Donald Trump, dont la présence au G7 fait craindre un nouvel embrasement des relations. Le président des États-Unis, dont l’agenda était perturbé par la guerre menée avec Israël contre l’Iran, avait précipitamment quitté le dernier sommet, organisé au Canada. Il avait alors esquivé une rencontre avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, avant de critiquer Emmanuel Macron sur son réseau Truth Social :
« Le président Emmanuel Macron, toujours en quête de publicité, a déclaré à tort que j’avais quitté le sommet du G7, au Canada, pour retourner à Washington afin de travailler sur un « cessez-le-feu » entre Israël et l’Iran. Faux ! […] Que ce soit intentionnel ou non, M. Macron ne comprend jamais rien. »
Le sommet 2026 du G7 ressemble étrangement, sur certains points, à celui de 2025. Donald Trump est de fait toujours empêtré dans le conflit contre l’Iran, tandis qu’une nouvelle rencontre avec Volodymyr Zelensky est attendue mardi 16 juin. Emmanuel Macron tient à « recréer de la convergence » sur l’Ukraine en sensibilisant son homologue américain, dont le soutien a toujours été fluctuant.
De nombreux leaders attendus à Évian
Toujours dans une logique de rassemblement et de multilatéralisme, Emmanuel Macron a opté pour un sommet du G7 élargi. Aux côtés de Mark Carney ou de Giorgia Meloni se tiendront, lors de certaines séquences, les dirigeants du Brésil, de la Corée du Sud, de l’Inde et du Kenya. Derrière cet élargissement se cache la volonté de ne pas exclure les pays dits « émergents » dans une réunion entre nations industrialisées.
Sont également attendus les patrons de grandes entreprises tech, dont le Français Arthur Mensch, fondateur de Mistral AI, et l’Américain Sam Altman, PDG d’OpenAI. Tous deux sont conviés à participer à un déjeuner, mercredi 17 juin, sur la protection des mineurs dans l’espace numérique, les initiatives de régulation et l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ou 16 ans. Si le Canada a récemment annoncé vouloir adopter un âge minimal pour l’accès à ces plateformes, le débat pourrait s’annoncer houleux avec Donald Trump, qui s’est montré ostensiblement réticent à ces régulations.
L’Élysée, qui a fait état d’un sommet « d’ores et déjà réussi » lors d’une discussion avec la presse ce 11 juin, a révélé négocier en ce moment des « textes significatifs sur les minerais critiques, la souveraineté économique, sur le cancer et l’accélération de la recherche, sur la protection de l’enfance en ligne, sur la solidarité internationale, sur l’investissement solidaire ». Au-delà de ces sujets, la France veut peser sur les discussions géopolitiques, en particulier sur la guerre au Moyen-Orient, en définissant des objectifs communs, notamment autour du détroit d’Ormuz. Même ambition vis-à-vis de Gaza ou du Liban, « théâtre d’opérations militaires qui s’intensifient » et « sujet de préoccupation » pour le G7.
Si tant est qu’il ne se défile pas avant la fin du sommet à Évian, Donald Trump devrait participer à un dîner avec Emmanuel Macron à Versailles. La présidence américaine n’a encore rien confirmé sur cet événement. Les déclarations officielles du G7 seront, elles, certainement publiées le 17 juin prochain.





