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Venezuela: nouvelle colonie américaine

Reportage réalisé avec la contribution de Leslie Dickstein
Le directeur de la CIA John Ratcliffe, Trump et Rubio en train de monitorer le raid contre Maduro le 3 janvier dernier à Mar-a-Lago. (Crédits: MOLLY RILEY—THE WHITE HOUSE/GETTY IMAGES)
Comment une dictature socialiste est devenue un protectorat des États-Unis.

Delcy Rodríguez, la présidente en exercice du Venezuela, conduit les affaires de son pays depuis le Palais de Miraflores, un manoir néoclassique du XIXe siècle situé au cœur de Caracas. Des portraits de Simón Bolívar et de Hugo Chávez ornent les couloirs de l’endroit. Des oiseaux gazouillent dans des jardins impeccablement entretenus. Une équipe de gardes du corps la suit comme son ombre, ce qui semble justifié lorsque l’on sait qu’il y a peu, les États-Unis ont envoyé une unité de leur Delta Force dans la résidence de son prédécesseur Nicolás Maduro afin de l’arrêter.

Cet épisode récent pourrait bien expliquer la prudence de celle qui, durant des années, a servi ce dernier. Mme Rodríguez échange régulièrement avec le président Trump ainsi qu’avec le secrétaire d’État Marco Rubio, et parle un anglais quasi parfait. Pourtant, alors qu’elle s’apprête à accorder l’un de ses seuls entretiens avec un média américain, elle fait appel à un traducteur. Je lui suggère qu’il serait plus facile que nous dialoguions directement en anglais, mais elle répond qu’elle préfère répondre aux questions des journalistes étrangers en espagnol. Je lui avoue que je ne suis pas certain que ce soit là la meilleure solution, ce à quoi elle réplique avec un léger sourire : “C’est mieux pour moi.”

En réalité, sa stratégie peut facilement s’expliquer : passer par un interprète ralentit la conversation et donne à la présidente un plus grand contrôle sur ce qui sera imprimé dans ce magazine. On peut y deviner l’instinct d’une professionnelle disciplinée, qui a passé des décennies à naviguer au sein d’un des systèmes politiques les plus impitoyables au monde, et qui désormais évolue dans une période extraordinaire sur le plan diplomatique. Fidèle socialiste ayant d’abord intégré la garde rapprochée de Chávez avant de devenir le bras droit de Maduro, Delcy Rodríguez, 57 ans, faisait partie des visages les plus identifiables d’un mouvement qui se définissait largement par son hostilité à l’égard des États-Unis.

Caracas, de la ruine au rebond

Aujourd’hui, elle est responsable d’un rapprochement tout à fait notable avec Washington. En échange du soutien états-unien, elle a permis à Trump et Rubio de faire de son pays un État vassal, en leur accordant un pouvoir d’influence sans précédent. Au cours de l’heure que je passe auprès d’elle, Mme Rodríguez me répète qu’elle ne cède pas la souveraineté du Venezuela, et plutôt, qu’elle ouvre son économie pour l’intérêt de ses citoyens.  “J’agis de bonne foi et je crois que ces relations peuvent se développer de bonne foi, annonce-t-elle. Mon objectif pour le présent comme pour le futur a toujours été de faire régner la paix et la tranquillité ici. La tranquillité et le bien-être, social comme économique.”

La nation qu’elle gouverne n’est pas celle qui existait jusqu’à la capture de Maduro. Avant le raid, le Venezuela déclinait sévèrement : corruption généralisée, profonde crise économique, pouvoir autoritariste exercé par un despote que nombre d’observateurs internationaux accusent d’avoir volé son élection en 2024. L’hyperinflation avait effacé les épargnes des citoyens et l’industrie pétrolière, le nerf des finances du pays, s’était effondrée après des années de malversations, de sous-investissements et de sanctions étrangères. Presque huit millions de Vénézuéliens avaient quitté le pays, soit la crise migratoire la plus massive dans l’histoire de l’hémisphère occidental. Pannes d’électricité à répétition, rareté de l’eau, hôpitaux exsangues, pénurie de nourriture et de médicaments : tout cela était devenu la norme. Jadis l’une des plus riches nations d’Amérique latine, le Venezuela faisait désormais partie des plus miséreuses.

Depuis l’arrivée de Delcy Rodríguez, en janvier, des signes d’amélioration sont apparus. Caracas a vu le retour des grues de chantier. Les rayons des magasins sont plus remplis. Des zones pétrolières jusqu’alors en sommeil revivent. Des entreprises américaines – telles qu’ExxonMobil, Conoco Phillips, Halliburton et GE – sont revenues faire des affaires ou ont négocié de nouveaux investissements. Les vols commerciaux depuis les États-Unis, suspendus en 2019, ont repris. Le dollar circule sans se cacher. Des dirigeants, diplomates ou investisseurs étrangers repeuplent les hôtels : dans le lobby du JW Marriott se croisent les cadres du pétrole tandis que le Cayena Caracas rassemble financiers tirés à quatre épingles et représentants du gouvernement qui, sur fond de jazz d’ascenseur, discutent droits d’exploration et contrats d’infrastructures.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le nouveau numéro de TIME France, disponible en kiosque.

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