Des sirènes hurlent à Manama à l’aube. À Koweït City, un complexe résidentiel prend feu après l’impact d’un drone. À Amman, l’armée annonce avoir intercepté dix des treize missiles entrés dans son espace aérien. En l’espace de quelques heures, l’Iran a transformé sa promesse de représailles en une opération coordonnée touchant cinq pays du Moyen-Orient. Les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime, ont revendiqué des frappes contre des bases américaines aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Koweït, après avoir déjà visé, dans la nuit, un camp d’entraînement américain en Jordanie et des positions à Erbil, dans le Kurdistan irakien. Des dizaines de drones ont ciblé les systèmes radar et les positions des forces américaines sur les bases d’Al-Dhafra et Al-Minhad, ainsi que la base aérienne de Cheikh Isa à Bahreïn, selon un communiqué de l’armée iranienne. Téhéran a qualifié l’opération de « décisive ».
Cette flambée n’est pas un accident isolé. Elle s’inscrit dans la continuité d’une guerre déclenchée fin février, lorsque des frappes israélo-américaines avaient tué le guide suprême Ali Khamenei et des dizaines de responsables iraniens. Un accord de cessez-le-feu signé en juin avait mis fin aux hostilités ouvertes, mais les violations se sont multipliées ces dernières semaines autour du détroit d’Ormuz, artère vitale du transport pétrolier mondial. Deux navires-citernes y ont été touchés par des projectiles non identifiés juste avant cette nouvelle escalade.
Les civils en première ligne
Washington a justifié sa dernière salve, la deuxième en quelques jours, par la nécessité de frapper des cibles liées au Corps des gardiens de la révolution : sites de défense aérienne, radars, installations maritimes. Le bilan humain, lui, dépasse largement le cadre militaire. Les autorités iraniennes font état d’au moins douze morts. Quatre d’entre eux ont péri lors d’un mariage dans la région d’Hormozgan, où 68 invités ont été blessés. Ce bilan n’a pas pu être vérifié de manière indépendante.
Sept autres ont été tués dans le Khouzestan lors d’attaques de missiles ayant fait huit blessés supplémentaires, selon l’agence de presse officielle iranienne IRNA. Des explosions ont également été signalées près de Bandar Abbas, sur l’île de Qeshm et sur l’île de Lavan, qui abrite un terminal d’exportation pétrolière iranien. Un aéroport de la province de Kerman aurait aussi été visé.
Trump joue la carte de l’usure
Quelques heures avant les frappes américaines, le président iranien Massoud Pezeshkian avait pourtant tendu une perche depuis le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, au Kirghizistan. Si Washington revenait à ses engagements du protocole d’accord de juin, avait-il assuré, « la République islamique d’Iran prendra immédiatement des mesures réciproques ». L’offre n’a manifestement pas suffi. Donald Trump, de son côté, a opté pour la fermeté théâtrale sur Truth Social. Il a prévenu que toute riposte iranienne serait suivie de frappes « beaucoup plus dures et d’un niveau bien supérieur », avant d’expliquer qu’il préférait la situation actuelle, avec un « contrôle quasi total du détroit d’Ormuz » et une économie iranienne en train de « s’effondrer complètement ». Il a même interpellé directement la population iranienne, lui demandant quand elle allait « se soulever et se battre ».
Le porte-parole du commandement militaire central iranien, Ebrahim Zolfaghari, a répliqué en promettant des « ripostes plus larges et plus destructrices » en cas de poursuite des bombardements américains, menace étendue à « tout pays coopérant avec l’armée américaine agressive », un avertissement qui plane désormais sur l’ensemble des monarchies du Golfe abritant des troupes américaines. Dans la région, la panique a précédé les communiqués officiels. Le Qatar a temporairement fermé son espace aérien dès l’annonce des premiers tirs. Au Koweït, l’agence de presse officielle KUNA a confirmé qu’un drone hostile avait déclenché un incendie dans un complexe résidentiel de la capitale, rapidement maîtrisé et sans faire de victime. Six mois après la mort de Khamenei et l’arrivée au pouvoir de son fils Mojtaba, jugé plus intransigeant, l’accord de juin censé stabiliser le détroit d’Ormuz apparaît chaque semaine plus fragile.





