Plus de cinq cent morts. C’est le bilan, toujours provisoire, de la coulée de boue qui a frappé la frontière entre le Népal et le Tibet ce 26 août. Un chiffre qui grimpe d’heure en heure, à mesure que les secours progressent dans les vallées dévastées de Trishuli et de Bhotekoshi, au nord de Katmandou. Selon la police népalaise, plus de 500 corps ont été retrouvés côté népalais. Trois autres victimes sont recensées côté chinois, au Tibet. Le plus inquiétant reste ailleurs : environ 1 400 personnes sont toujours portées disparues, trois jours après la catastrophe.
Cette région himalayenne, prisée des randonneurs, des alpinistes en route vers l’Everest et des pèlerins hindous se rendant au mont Kailash, comptait ce 26 août-là une foule de visiteurs venus du monde entier. Plus de 570 étrangers figurent parmi les disparus. Le bureau népalais du tourisme recense 178 Indiens, ainsi que des dizaines d’Ukrainiens, de Malaisiens, de Britanniques, de Canadiens et d’Australiens. Washington fait état de 90 ressortissants américains manquants. Quatre Français sont également portés disparus, dont trois membres d’un même groupe de pèlerins en route vers le Tibet. Le Quai d’Orsay, qui a pu joindre l’essentiel des 80 Français signalés dans la zone via le dispositif Fil d’Ariane, poursuit ses recherches.
Une menace d’inondation qui va et vient
Le pire n’est peut-être pas passé. À Gyirong, principal poste-frontière touché par le drame, un lac de retenue s’est formé après l’effondrement du glacier à l’origine de la catastrophe. Selon l’agence Chine nouvelle, ce bassin pourrait atteindre trois millions de mètres cubes d’ici trois jours, sous l’effet de pluies continues. Ce 28 août, la Chine a suspendu les opérations de secours au cœur de la zone sinistrée. L’eau, selon un journaliste de la télévision d’État CCTV présent sur place, avait commencé à déborder en direction de Gyirong. Consigne donnée aux équipes : ne plus bouger, et attendre de nouvelles instructions.
Quelques heures plus tard, la tension est retombée. Le niveau du lac a baissé de dix mètres par rapport à la veille au matin, la retenue se vidant plus vite qu’elle ne se remplit, selon CCTV. Les secours ont repris, qualifiés d’« ordonnés » par les autorités locales. La vigilance reste toutefois de mise : une rupture reste possible dans les prochaines heures, voire les prochains jours, préviennent les autorités chinoises comme népalaises, qui ont ordonné l’évacuation en urgence des zones à risque.
Xi Jinping en première ligne, Paris en alerte
Le président chinois Xi Jinping a personnellement dirigé, ce 28 août, une réunion consacrée aux opérations de secours au Tibet. Les responsables locaux ont reçu l’ordre de mobiliser tous les moyens disponibles pour retrouver les disparus, chinois ou étrangers, selon l’agence Chine nouvelle. Côté chinois, où les journalistes étrangers n’ont pas accès, les médias d’État évoquaient, le 27 août, 558 personnes toujours portées disparues au Tibet, dont 260 étrangers. Plus d’un millier de personnes, touristes bloqués et résidents confondus, ont depuis été évacuées de la zone.
En France, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a confirmé qu’un nombre encore indéterminé de ressortissants français manquaient à l’appel, tout en assurant que Paris se tenait prêt à envoyer de l’aide, tant au Népal qu’au Tibet. À Katmandou, à l’hôpital universitaire Bir, des familles épluchent chaque jour les listes de victimes affichées à l’entrée, dans l’attente d’un nom. L’établissement, qui soigne gratuitement les blessés, se dit prêt à absorber un afflux de patients supplémentaires. Le gouvernement népalais mène, en parallèle, une autre course contre la montre : l’évacuation d’une centaine d’ouvriers bloqués dans un tunnel, sur le chantier d’un barrage hydroélectrique emporté par les eaux. Un front de plus, dans une région où les secours avancent sur plusieurs tableaux à la fois : compter les morts, sauver les vivants, et surveiller un lac qui pourrait, à tout moment, rouvrir la catastrophe.






