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Présidentielle en Colombie : élection du candidat d’extrême droite soutenu par Donald Trump

L’outsider d’extrême droite Abelardo de la Espriella remporte l’élection présidentielle de Colombie avec un écart de 1 % sur le successeur de l’ex-président de gauche Gustavo Petro. (Photo : Sebastian Marmolejo/Long Visual Press/Universal Images Group via Getty Images)
Le candidat d’extrême droite et fervent supporter de Donald Trump et de Javier Milei a été élu ce 21 juin en Colombie. Abelardo de la Espriella a promis dans la foulée une « nouvelle ère » qui s’inscrirait contre les violences commises par les groupes armés et en opposition à l'ancien président de gauche.

La Colombie a élu son nouveau président à 1 % de voix près, ce dimanche 21 juin sous l’œil attentif de Donald Trump. En effet, le candidat d’extrême droite, Abelardo de la Espriella, fervent supporter du président américain et du populiste argentin Javier Milei, a promis une « nouvelle ère » en Colombie après avoir remporté l’élection présidentielle de justesse, faisant ainsi basculer le pays, déjà frappé de plein fouet par les conflits et les violences des groupes paramilitaires, vers une politique à l’extrême droite. Au premier tour de la présidentielle, 14 candidats étaient en lice pour prendre la relève du premier président de gauche sortant, Gustavo Petro.

À la suite de sa victoire, la Colombie, qui est le premier producteur de cocaïne au monde, devient ainsi le dernier pays latino-américain sur une liste importante à virer à son tour très à droite après l’Argentine de Javier Milei, le Chili dernièrement avec José Antonio Kast investi en mars dernier, ou encore l’Équateur de Daniel Noboa, dont les dirigeants sont tous alignés avec l’idéologie trumpienne, se sont empressés de le féliciter chacun à leur tour. Abelardo de la Espriella devrait ainsi prendre ses fonctions le 7 août prochain.

Des mesures sécuritaires rigides face aux violences liées au narcotrafic

Dans un pays où les précédentes promesses de l’ancien président de gauche, Gustavo Petro, de rétablir la paix dans le pays face aux violences des groupes armés, sont perçues par l’opinion publique comme un échec, le grand admirateur des présidents populistes du Salvador, Nayib Bukele, ainsi que de l’Argentine, Javier Milei, Abelardo de la Espriella promet notamment de faire construire des méga-prisons où les détenus seraient nourris « de pain et d’eau » ou encore de bombarder avec le soutien des États-Unis et d’Israël les camps de narcotrafiquants et de réduire de 40 % l’appareil de l’État. Alors que le candidat d’extrême droite surfe également sur un espoir évangélique, alors qu’auparavant, il se présentait comme un fervent défenseur de l’athéisme et comme modèle Nicolas Maduro.

Inconnu dans le milieu politique, cet avocat et millionnaire âgé de 47 ans a battu son opposant de gauche, l’héritier de l’ancien président Gustavo Petro, le sénateur Ivan Cepeda, philosophe et défenseur des droits humains, en particulier des droits des personnes autochtones, avec 49,7 % des voix, contre 48,7 %. Le candidat de gauche a refusé d’admettre sa défaite avant le dépouillement final, qui devrait tomber dans les prochains jours. Il a également contesté les résultats de 33 000 bureaux de vote. « Une fois […] que les vérifications correspondantes auront été effectuées, nous reconnaîtrons le résultat officiel », a assuré le successeur du président sortant de gauche.

Ivan Cepeda, âgé de 63 ans, est soutenu par les classes populaires reconnaissantes d’une réduction de la pauvreté et des salaires plus élevés depuis que le premier gouvernement de gauche de l’histoire de la Colombie a pris les commandes du pays en 2022. La Colombie est l’un des pays les plus inégalitaires au monde et reste plongé dans une guerre interne entre des groupes armés depuis plus de six décennies. Le futur président d’extrême droite a affirmé être favorable à une opposition frontale aux groupes paramilitaires liés au narcotrafic, et ce, en assurant poursuivre « sans relâche les bandits, dans le cadre de la Constitution et des lois de la République », et en gouvernant pour « tous les Colombiens ».

Celui qui se surnomme « Le Tigre », en référence à Javier Milei qui se fait surnommer « Le Lion », a promis que la sécurité serait au cœur des grandes mesures de son investiture, après une campagne aux allures de grandes messes catholiques marquée par des attentats à la bombe de la guérilla ainsi que l’assassinat du sénateur Miguel Uribe Turbay, candidat à la présidence. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a salué sur le réseau social l’élection du nouveau président en vantant notamment une future collaboration « en matière de sécurité » afin de « mettre fin à l’immigration clandestine vers les États-Unis », tandis que le président américain Donald Trump a publié sur son réseau Truth Social une photo du président élu colombien, avec comme description : « Il a gagné, et largement ! ».

La fragmentation idéologique de l’Amérique latine

Les partisans de l’excentrique avocat sont descendus dans les rues de plusieurs villes du pays, afin de laisser éclater leur joie avec sur leur dos le maillot jaune de l’équipe nationale de football qu’il avait, quelques jours avant le second tour, arboré fièrement dans les publications sur les réseaux sociaux entouré de toute sa famille. Au contraire, dans le sud-ouest du pays, dans la troisième ville de Colombie, Cali, des manifestants, opposés au millionnaire d’extrême droite, ont incendié des drapeaux américains et se sont battus avec la police anti-émeute, ont pu rapporter des journalistes de l’AFP. Dans la capitale, Bogota, des protestations ont également eu lieu.

Le futur président s’est affiché lors de la campagne présidentielle comme un partisan de la fracturation hydraulique, un procédé qui consiste à extraire le gaz et le pétrole nocifs pour l’environnement, et qui constitue une ligne rouge pour de nombreux électeurs à gauche. Abelardo de la Espriella a connu une percée fulgurante dans la campagne présidentielle en affirmant des positions virulentes contre les guérillas et contre l’ancien président Gustavo Petro, dont la Constitution a empêché de briguer pour un second mandat. De son côté, Ivan Cepeda défendait une continuité de la stratégie mise en place par le gouvernement Petro qui visait à négocier la paix avec les organisations criminelles comprenant les guérillas, les paramilitaires et les cartels impliqués dans le narcotrafic, malgré de faibles résultats, tout en souhaitant continuer d’approfondir les réformes sociales. Selon des experts, les promesses d’offensive militaire faites par « le Tigre » pourraient plonger la Colombie dans une nouvelle spirale de violence. 

Abelardo de la Espriella n’aura toutefois pas la mainmise sur la gouvernance intégrale du pays, faute de majorité au Parlement. L’opposition à gauche, le parti Pacte historique notamment, regroupe le plus de sièges au sein de l’hémicycle. Au-delà des résultats en Colombie, cette élection présidentielle s’inscrit plus largement dans un phénomène qui divise toute l’Amérique latine : deux idéologies s’opposent dans la région avec d’un côté la gauche progressiste à l’instar du Mexique de Claudia Sheinbaum et du Brésil de Lula face à l’influence conservatrice et populiste de Donald Trump dans la région, comme c’est le cas en Argentine avec Javier Milei ou encore le président du Salvador, Nayib Bukele, connus respectivement pour leur politique économique ultra libérale et une politique sécuritaire visant à une militarisation ultra-répressive.

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