À compter du 1er juillet, Bruxelles supprime ses droits de douane sur les produits industriels américains et ouvre un accès préférentiel à certains produits agricoles et de la mer, comme promis dans l’accord de Turnberry. En échange, Washington maintient un plafond de 15 %, toutes taxes comprises, sur presque tous les biens européens, mais Donald Trump maintient la pression sur l’acier et le numérique.

Bruxelles passe à l’acte. Depuis ce mercredi 1er juillet, les droits de douane appliqués aux produits industriels américains entrant sur le marché européen ont disparu, tandis qu’un accès préférentiel est accordé à une large gamme de produits agricoles et de la mer. Les textes d’application, publiés mardi au Journal officiel de l’Union européenne, sont entrés en vigueur dès le lendemain. Un geste longtemps réclamé par Washington, qui concrétise l’un des principaux engagements de l’accord commercial conclu à Turnberry, en Écosse, en juillet 2025, entre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président américain Donald Trump.

Pour Bruxelles, la portée est autant politique qu’économique. « Promesse faite, promesse tenue », a salué le porte-parole de la Commission chargé du commerce, Olof Gill, évoquant « une bonne nouvelle pour les relations transatlantiques ».

Dans les faits, les entreprises américaines bénéficient désormais d’un accès largement exempté de droits de douane sur les produits industriels exportés vers l’Union européenne. Certains produits agricoles et de la mer sont également concernés, tout comme le homard américain, dont le régime préférentiel est prolongé et étendu au homard transformé. L’objectif affiché est de fluidifier les échanges entre les deux premières puissances commerciales mondiales et d’alléger les coûts pour les entreprises.

Washington a dicté le tempo

Cette ouverture du marché européen n’est toutefois pas une concession unilatérale. Elle répond au principal engagement pris par Washington : plafonner à 15 % les droits de douane appliqués à presque toutes les exportations européennes. Ce taux « tout compris » inclut à la fois les droits de douane classiques et les surtaxes décidées par l’administration Trump.

Le compromis est l’aboutissement de plusieurs mois de bras de fer. De retour à la Maison-Blanche, Donald Trump avait multiplié les menaces de relèvement des droits de douane visant les partenaires commerciaux des États-Unis, dont l’Union européenne. Les annonces successives de surtaxes, jusqu’à 30 %, avaient entretenu une forte incertitude avant qu’un accord ne soit finalement trouvé à Turnberry, en juillet 2025.

Le président américain avait ensuite fixé un ultimatum à Bruxelles, exigeant une mise en œuvre avant le 4 juillet, date du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis. Avec l’adoption définitive des règlements européens fin juin, l’Union respecte finalement ce calendrier.

Le compromis est néanmoins loin de solder tous les contentieux. Les surtaxes américaines de 50 % sur l’acier, l’aluminium et certains produits dérivés demeurent en vigueur. Bruxelles espère toujours obtenir leur alignement sous le plafond négocié et assure que les discussions se poursuivent avec Washington.

Une trêve sous conditions

Le Parlement européen n’a donné son feu vert qu’en échange de plusieurs garde-fous. Les eurodéputés ont notamment obtenu l’ajout d’une clause d’extinction, qui prévoit l’expiration automatique du dispositif à la fin de l’année 2029, sauf prolongation. Une échéance qui laisse ouverte la voie à une renégociation après l’actuel mandat de Donald Trump.

La Commission pourra également suspendre les préférences tarifaires si Washington ne respecte pas ses engagements, notamment si les États-Unis maintiennent, au-delà du 31 décembre 2026, des droits supérieurs à 15 % sur certains produits dérivés de l’acier et de l’aluminium. D’autres clauses permettent de réagir en cas d’afflux massif de produits américains susceptibles de déstabiliser certains secteurs européens.

L’accord dépasse toutefois la seule question des droits de douane. L’Union européenne s’est engagée à accroître ses achats d’énergie américaine – pétrole, gaz naturel liquéfié et produits nucléaires – pour une valeur attendue de 750 milliards de dollars d’ici à 2028, ainsi qu’à acheter au moins 40 milliards de dollars de puces destinées à l’intelligence artificielle. Les entreprises européennes sont également appelées à investir 600 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis dans plusieurs secteurs stratégiques.

Reste que l’apaisement demeure précaire. Vendredi encore, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 100 % aux pays européens qui instaureraient une taxe sur les services numériques visant les entreprises américaines. De quoi rappeler qu’en dépit de l’entrée en vigueur de l’accord, les relations commerciales entre Bruxelles et Washington restent suspendues aux rapports de force politiques. Les barrières douanières tombent. Les tensions, elles, persistent.