Ads

Édition française du magazine TIME – Abonnement 1 an 4 n°, 41 € (économisez 10%)

Pétrole au Groenland : pourquoi les activités d’une compagnie américaine attirent l’attention

Groenland - Halorache, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons
Le projet de forage pétrolier de la société texane Greenland Energy au Groenland est repoussé à 2027, après un déplacement de matériel sans autorisation et un avertissement du gouvernement groenlandais. Cette affaire s'inscrit dans un contexte de tensions persistantes, le président américain ayant plusieurs fois menacé d'annexer l'île.

Une compagnie pétrolière américaine reporte son projet de forage dans l’Arctique à la suite de débats sur l’octroi des permis et d’une dénonciation publique de la part du gouvernement du Groenland pour avoir déplacé du matériel sans autorisation. Greenland Energy, la société texane à la tête du projet, espérait commencer les opérations de forage dès octobre dans le bassin de Jameson Land, à l’est du Groenland. Une estimation citée là-bas évoquait jusqu’à 13 milliards de barils de ressources pétrolières potentielles, mais les analystes à l’origine de ce chiffre l’ont qualifiée de « hautement spéculative ».
Le calendrier a désormais considérablement changé et le projet ne pourra pas démarrer avant l’hiver 2027, au plus tôt.

Le gouvernement groenlandais a publié mercredi une déclaration précisant que le « processus réglementaire nécessaire ne peut être mené à bien et les autorisations requises ne peuvent donc pas être obtenues avant le début prévu des forages ». Il a souligné que « les activités préparatoires ne peuvent pas non plus être lancées » et que « plusieurs volets du projet font actuellement l’objet d’un examen juridique ». Le partenaire de Greenland Energy, la société britannique 80 Mile, a déclaré que l’équipe restait « pleinement engagée dans le projet et avait l’intention de commencer le forage dès que les autorisations nécessaires auront été reçues et que le programme pourra être lancé de manière sûre et responsable ». Le cours de l’action de Greenland Energy a chuté à la suite de cette annonce.

Le projet est au point mort à un moment où les États-Unis manifestent un vif intérêt pour le potentiel pétrolier du Groenland. En mai, interrogé sur les intérêts stratégiques que les États-Unis pourraient avoir au Groenland, Jeff Landry, l’émissaire du président Trump pour le Groenland, a mis l’accent sur les possibilités liées au pétrole. « Le Groenland pourrait exporter deux millions de barils de pétrole par jour dès maintenant. Imaginez ce que cela signifierait. Imaginez le soulagement que cela apporterait au niveau du détroit d’Ormuz », a-t-il déclaré, faisant référence aux perturbations persistantes de cette voie commerciale vitale. « Nous pourrions mettre ces barils en production d’ici une dizaine de mois. »

L’intérêt des États-Unis s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, Donald Trump ayant menacé à plusieurs reprises d’annexer le Groenland, un territoire semi-autonome du Danemark, depuis son retour au pouvoir. Les responsables groenlandais et danois ont clairement indiqué qu’ils n’étaient pas disposés à envisager une telle option. Le Groenland a cessé de délivrer de nouvelles licences pétrolières en 2021. Cependant, Greenland Energy y a toujours accès, car son partenaire de coentreprise, 80 Mile, a hérité d’une licence par l’intermédiaire de sa filiale White Flame Energy, qui avait acquis les droits d’exploration de Jameson Land avant la date butoir.
Mais il faut bien plus qu’une licence pour que le forage puisse commencer. Il s’agit d’un processus complexe comportant diverses étapes autorisations qui doivent être franchies au préalable. Le projet de cette compagnie pétrolière américaine a achoppé sur l’une de ces étapes au début de l’été, ce qui a conduit le gouvernement groenlandais à émettre un avertissement sévère et a suscité de nombreuses réactions.

Voici ce qui s’est passé et ce qu’il faut savoir sur l’entreprise à la tête de cet ambitieux projet pétrolier.

En quoi consiste ce projet de forage et pourquoi le gouvernement groenlandais a-t-il émis un avertissement public ?

En mars, les dirigeants de Greenland Energy ont déclaré avoir obtenu de 80 Mile et de sa filiale les droits liés aux licences du bassin de Jameson Land, situé à l’est du Groenland. La société pétrolière établie au Texas a décrit la perspective d’explorer le Groenland comme « une occasion rare d’exploiter l’un des plus grands bassins terrestres non forés de l’Arctique grâce à une approche rigoureuse et respectueuse de l’environnement ».

Le 30 juillet, le ministère de l’Industrie et des Ressources minérales du Groenland a émis un avertissement sévère après avoir appris que du matériel destiné au projet de forage avait été acheminé vers la côte est de l’île sans autorisation. « Un avertissement ferme sera adressé au titulaire de la licence, lui indiquant que toutes les futures questions logistiques doivent être notifiées à l’autorité chargée des ressources minérales et approuvées par celle-ci avant d’être mises en œuvre », indiquait le communiqué rendu public. Le gouvernement a ajouté que « le titulaire de la licence ne disposait pas des autorisations nécessaires de l’autorité chargée des ressources minérales avant de lancer cette opération », mais il a toutefois choisi de ne pas exiger le retour du matériel, estimant qu’il ne s’agissait pas d’une demande justifiée.

À la suite de cela, Greenland Energy a déclaré le 6 août que les récentes réunions avec les responsables groenlandais avaient été « constructives ». 80 Mile a pris acte des préoccupations du gouvernement concernant le déplacement du matériel, affirmant qu’elle « prenait cet avertissement au sérieux ». TIME a contacté Greenland Energy et 80 Mile pour obtenir leurs commentaires.

Que sait-on de Greenland Energy, et cette société a-t-elle des liens avec l’entourage de Trump ?

Certains articles consacrés aux activités de Greenland Energy ont présenté l’entreprise comme une « société liée à Trump », en mettant l’accent sur d’éventuels liens avec le président. Lorsque ce lien a été évoqué auprès du directeur général Robert Price lors d’une interview accordée en juillet à la société de radiodiffusion groenlandaise KNR, celui-ci a déclaré que la direction de l’entreprise avait rencontré Jeff Landry, l’émissaire de Donald Trump, mais a souligné que ce projet pétrolier n’avait « absolument rien à voir avec le gouvernement Trump ».

Carol Craig, qui a été nommée au conseil d’administration de Greenland Energy en juin, est la fondatrice, directrice générale et présidente de Sidus Space, société qui, fin 2025, a été sélectionnée parmi les entreprises retenues pour soutenir la stratégie de défense antimissile « Golden Dome » de Donald Trump. Une autre personnalité associée à Trump et liée à cette société pétrolière basée aux États-Unis est le Dr Phil McGraw, ancien animateur du célèbre talk-show Dr. Phil. La société Envoy Media de cette personnalité de la télévision a conclu un partenariat avec Greenland Energy pour la création d’une série documentaire en six épisodes consacrée à « l’exploration arctique » de l’entreprise. Phil McGraw a reçu Robert Price et le président exécutif de Greenland Energy, Larry Swets, dans The Dr. Phil Podcast pour discuter du projet lors d’un épisode du 22 juin intitulé : « Frozen Gold ». « Je pense que ce sera un voyage fascinant et je vous remercie de nous permettre d’y prendre part », a-t-il conclu.

En 2025, il a été nommé par Trump pour siéger au sein de la Commission de la liberté religieuse de la Maison-Blanche. Le médecin de la télévision s’est récemment exprimé sur son travail au sein de cette commission présidentielle lors d’un événement organisé dans le Bureau ovale.

Tensions entre les États-Unis et le Groenland

Robert Price et Larry Swets ont précisé que leurs activités d’exploration au Groenland n’avaient aucun lien avec une annexion américaine. Malgré tout, ce projet de forage fait l’objet de discussions dans un contexte de fortes tensions géopolitiques attisées par les menaces répétées de Donald Trump d’annexer le Groenland.

Selon les experts, le fait qu’une entreprise américaine soit à la tête de ce projet a sans doute contribué à attirer davantage l’attention internationale sur l’avertissement lancé par le gouvernement. « N’importe quelle entreprise qui mènerait ce type d’activité au Groenland serait probablement traitée de la même manière par le gouvernement. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une entreprise américaine que cela se produit », explique à TIME Anne Merrild, professeure et directrice du département de durabilité et d’aménagement du territoire à l’université d’Aalborg, mais « si un autre pays venait faire la même chose, cela ne susciterait pas la même attention ».

Donald Trump a choqué ses alliés européens en janvier lorsqu’il a menacé de leur imposer des droits de douane supplémentaires à moins que le Danemark n’accepte de vendre le Groenland. Cette déclaration a ensuite été nuancée, mais cette menace économique a suscité une vive polémique parmi les dirigeants mondiaux.  La menace d’annexion du Groenland a « créé une situation dans laquelle la population du Groenland s’inquiète de ce qui va se passer et ressent davantage le besoin de se sentir maître de la situation », explique Mme Merrild.

Le président a déclaré à plusieurs reprises que les États-Unis devaient acquérir le Groenland pour des raisons de « sécurité nationale ». La position géographique du Groenland, entre les États-Unis, la Russie et l’Europe, en fait un atout géopolitique majeur, et il a fait valoir qu’on ne pouvait pas compter sur le Danemark pour protéger l’île.

Ulrik Pram Gad, chercheur senior à l’Institut danois d’études internationales, explique à TIME que « le système politique et les autorités groenlandaises ont en réalité fait preuve d’une grande résilience » face à ces menaces. « Ils n’ont cessé d’insister sur le fait que nous aiderons les États-Unis à répondre à leurs préoccupations légitimes en matière de sécurité, mais que nous ne voulons pas renoncer à notre autodétermination et à notre souveraineté », précise-t-il.

Pourtant, le sujet revient sans cesse au premier plan du débat politique américain. Lors du sommet de l’OTAN en Turquie en juillet, Donald Trump a de nouveau affirmé que le Groenland « devrait être contrôlé par les États-Unis, et non par le Danemark » ; et pas plus tard que le 1er août, le président a publié une photo retouchée de lui-même surplombant le territoire nordique, accompagnée de la légende : « Bonjour, Groenland ! »

display entrepreneuriat 300x600 vfr Edhec hpu

Partagez cet article : 

PEOPLE

Isabelle Adjani. (Crédits: Stéphane Feugère)

Isabelle Adjani

George Clooney assiste à la cérémonie des « Albies », organisée par la Fondation Clooney pour la justice, à la Bibliothèque publique de New York, le 28 septembre 2023, à New York. (Photo : Gotham/FilmMagic)

George Clooney

Bonnie Tyler. (Crédits: Aldara Zarraoa/Redferns)

Bonnie Tyler

Jeudi 11 juin, David Guetta a performé au Stade de France, un accomplissement qu’il considère comme « le moment le plus important de [sa] vie ». (Photo by Kristy Sparow/Getty Images)

David Guetta

L'acteur John Travolta, connu pour son rôle dans Pulp Fiction sera présent sur la Croisette pour présenter son premier long-métrage. (Crédit@ Amanda Edwards/[Getty Images pour ABA])

John Travolta

Benjamin Biolay présente sur scène son 11ème album. Crédit photo : Chloé Rose

Benjamin Biolay

Madonna assiste au défilé Saint Laurent Womenswear Printemps/Été 2026 dans le cadre de la Fashion Week de Paris le 29 septembre 2025 à Paris, France. (Photo par Dominique Charriau/WireImage)

Madonna

Céline Dion quittant un hôtel le 23 juillet 2024 à Paris. (Photo de MEGA/GC Images)

Céline Dion