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Macron célèbre à Londres le prêt historique de la tapisserie de Bayeux

Le Roi Charles III et Emmanuel Macron. (Crédits: Karwai Tang via WireImage)
Emmanuel Macron a inauguré ce 2 septembre au British Museum l’exposition de la tapisserie de Bayeux, prêtée par la France jusqu’au 11 juillet 2027. Un « geste d’amitié entre nos peuples », aux côtés du roi Charles III et du nouveau Premier ministre Andy Burnham.

Pour la première fois de son histoire, elle est exposée hors de France. La tapisserie de Bayeux, broderie de 70 mètres racontant la conquête normande de l’Angleterre en 1066, s’est offert ce 2 septembre une inauguration à sa mesure : au British Museum, entre Emmanuel Macron et le roi Charles III, avant l’ouverture au public prévue le 10 septembre. Le protocole a d’abord pris des allures d’intimité. Emmanuel et Brigitte Macron ont été reçus loin des caméras par le roi et la reine Camilla, dans leur résidence londonienne de Clarence House. Les deux couples ont ensuite rallié le musée séparément, le président et le souverain dans une voiture, les deux épouses dans une autre.

Sur place, Andy Burnham et sa femme, Marie-France van Heel, patientaient déjà : c’était la première rencontre entre le chef de l’État français et le Premier ministre travailliste, arrivé à Downing Street mi-juillet en remplacement de Keir Starmer. Devant la presse, Emmanuel Macron a salué un « geste d’amitié entre nos peuples », espérant que cet échange culturel tisse entre les deux pays « un lien aussi étroit que les fils » de l’œuvre. Il a rappelé les réticences longtemps opposées à l’idée même d’un déplacement : « On nous a longtemps expliqué que la tapisserie ne pouvait pas voyager. » Le roi Charles III lui a emboîté le pas, en français, se disant heureux d’admirer l’œuvre « pour la première fois en Grande-Bretagne ».

Un prêt longtemps jugé trop risqué

Rien d’improvisé dans cette opération. Emmanuel Macron avait relancé le projet dès 2018, avant d’officialiser ce prêt lors de sa visite d’État au Royaume-Uni, en juillet 2025, avec l’ambition affichée de « revivifier la relation culturelle » entre les deux pays. La pièce a quitté la Normandie dans la nuit du 9 au 10 juillet dernier pour rejoindre Londres, malgré les réserves exprimées par plusieurs experts et défenseurs du patrimoine français, qui redoutaient une dégradation irréversible d’une broderie vieille de près de mille ans.

Odon, évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume le Conquérant, l’aurait commandée dans les années 1070. Longue de 68,3 mètres, elle met en scène 626 personnages et 202 chevaux sur 58 tableaux brodés. Un transport jugé si périlleux que son prêt au Royaume-Uni avait déjà été envisagé à deux reprises sans jamais aboutir, en 1953 pour le couronnement d’Elizabeth II, puis en 1966 pour le 900e anniversaire de la bataille d’Hastings. La tapisserie avait auparavant été exposée au Louvre en 1803, sur ordre de Napoléon Bonaparte, puis de nouveau à la fin de 1944, après avoir été transférée à Paris sous l’Occupation. Cette fois, elle a voyagé dans une caisse anti-vibrations conçue sur mesure et est présentée à plat, sur toute sa longueur, pour la première fois de son histoire.

Un million de visiteurs espérés

Le British Museum voit dans cette exposition son événement de la décennie. Son président, George Osborne, table sur plus d’un million de visiteurs et évoque déjà « la plus grande exposition de l’histoire de la Grande-Bretagne ». De quoi menacer le record vieux de 1972, établi par une exposition consacrée à Toutânkhamon, qui avait attiré 1,69 million de personnes. Signe de cet engouement, tous les billets proposés pour la période allant de septembre à décembre ont été vendus en deux jours après l’ouverture de la billetterie, le 1er juillet. De nouveaux créneaux doivent s’ouvrir le 21 octobre.

Ce succès a un prix pour les visiteurs. Comptez entre 25 et 33 livres, soit environ 29 à 38 euros, pour observer la broderie à Londres, contre 12 euros auparavant à Bayeux. L’exposition bénéficie par ailleurs d’un mécénat estimé à 5 millions de livres, accordé par le milliardaire américano-biélorusse Igor Tulchinsky. Il s’agit de l’un des plus importants contrats de mécénat jamais conclus par l’institution pour une exposition. L’œuvre est également couverte à hauteur d’environ 800 millions de livres par le dispositif d’indemnisation du gouvernement britannique en cas de dommage ou de perte.

Au-delà du symbole culturel, la visite avait aussi une dimension géopolitique. Andy Burnham a salué la coopération franco-britannique en matière de lutte contre l’immigration clandestine, évoquant un nombre de traversées estivales de la Manche au plus bas depuis sept ans. Le directeur du British Museum, Nicholas Cullinan, a de son côté estimé que l’accord conclu autour de la tapisserie pouvait offrir une « lueur d’espoir » dans les négociations sur un éventuel prêt des frises du Parthénon à la Grèce, un dossier vieux de deux siècles. La tapisserie, elle, doit rester à Londres jusqu’au 11 juillet 2027, soit après la fin du mandat présidentiel d’Emmanuel Macron.

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