Des discussions qui pourraient mettre le feu aux poudres. Le président iranien, Massoud Pezeshkian a annoncé dans un message publié sur X ce mardi 3 février avoir mandaté le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, pour des négociations directes et « équitables » avec les États-Unis, « à condition qu’existe un environnement approprié, sans menaces ni demandes déraisonnables ». Une source diplomatique iranienne a indiqué à Reuters que l’Iran était prête militairement à n’importe quel scénario et juge que cette réunion devrait montrer si Washington souhaite des discussions sérieuses et concrètes.
Une source proche du dossier a indiqué à l’AFP que ces discussions seraient organisées grâce à la médiation de l’Égypte, du Qatar, de la Turquie et d’Oman et auraient « probablement » lieu le vendredi 6 février en Turquie. Les pays médiateurs devraient aider à finaliser le cadre des pourparlers entre les deux pays concernés qui, depuis quatre décennies, n’ont pas de relation diplomatique directe a expliqué Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne.
Selon le site américain Axios et l’agence iranienne Tasnim, Abbas Araghchi fera face à l’émissaire américain Steve Witkoff. Le Qatar a déclaré ce mardi 3 février que des « efforts diplomatiques » se poursuivaient de manière « très intense ». Donald Trump a menacé à nouveau Téhéran en cas d’échec de la diplomatie. Pour lui, si le dialogue aboutissait, ce serait « super ». Au contraire, si ça n’aboutissait pas, « de mauvaises choses se produiraient probablement », a-t-il prévenu le lundi 2 février. Les tensions entre le président américain et la République islamique d’Iran sont montées d’un cran ces derniers temps. Donald Trump a notamment envoyé des navires de guerre dans la région et les deux pays s’échangent régulièrement des menaces depuis plusieurs jours.
Une situation humanitaire alarmante
La République islamique iranienne subit une pression importante de la communauté internationale, spécifiquement des pays occidentaux, depuis que de violentes répressions sur des manifestants à Téhéran ont lieu au début de janvier 2025. Le vaste mouvement de contestation contre le régime a été déclenché le 28 décembre dernier par des manifestations contre le coût de la vie, mais avait ensuite été généralisé contre le pouvoir iranien. L’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) a recensé plus de 50 000 personnes arrêtées et 6 854 morts dans les contestations, la grande majorité étant des manifestants. Les autorités iraniennes disent reconnaître la mort de milliers de personnes, mais affirment que la majorité d’entre elles étaient des forces de sécurité ou des passants tués par des « terroristes » agissant dans l’intérêt des États-Unis et d’Israël. Parmi les personnes arrêtées par les forces iraniennes, se trouvent « un large éventail de citoyens, notamment des étudiants, des écrivains et des enseignants », déplore l’ONG HRANA.
L’organisation basée aux États-Unis ajoute que certaines arrestations ont été accompagnées de « perquisitions de domiciles et de confiscation d’effets personnels », selon Le Figaro. Le gouvernement français a réagi ce mardi 3 février, estimant que les discussions irano-américaines doivent avant tout viser à « mettre fin à cette répression ». La diplomatie française a également appelé à « libérer les prisonniers, rétablir les communications, rendre sa liberté au peuple iranien » avant de « traiter des questions du nucléaire, des missiles et du soutien aux organisations terroristes ».
L’arme nucléaire au cœur des pourparlers
Les pays occidentaux accusent l’Iran de chercher à détenir l’arme nucléaire, ce que Téhéran dément catégoriquement. Des négociations entre les Iraniens et les Américains s’étaient déjà tenues au printemps 2025 avant la guerre de douze jours déclenchée en juin par Israël. Le conflit s’était cependant heurté à la question de l’enrichissement d’uranium. Les États-Unis demandaient que l’Iran y renonce. En réponse, Téhéran s’y refuse et invoque son droit au nucléaire civil en vertu du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont il est signataire.
Sur la chaîne américaine CNN, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté dimanche 1er février sur une levée des sanctions du président américain : « Le président Trump dit « pas d’armes nucléaires » et nous sommes tout à fait d’accord avec ce point. […] En contrepartie, nous attendons une levée des sanctions. Cet accord est donc possible. » L’Iran a également exclu de discuter de ses capacités de défense et balistiques. En 2025, la République islamique avait conclu un accord encadrant strictement ses activités nucléaires. Un accord devenu caduc après que Donald Trump a annoncé s’en retirer lors de son premier mandat en 2018.
Ce mardi 3 février, un important incendie s’est déclaré dans un bazar de l’ouest de Téhéran, selon un média local. Aucune victime n’a été recensée, mais le feu était d’une telle ampleur qu’il était visible depuis différents endroits de la ville, a indiqué à la télévision nationale le porte-parole des pompiers de Téhéran, cité par Le Monde. En janvier, la contestation iranienne avait notamment été portée par les petits commerçants du grand bazar de Téhéran, situé dans le centre-ville, permettant la mobilisation de différentes classes appauvries.




