L’ambassadeur israélien veut garder la France sur le banc de touche. À la suite de discussions à Washington avec son homologue libanaise Nada Hamadeh Moawad, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis Yechiel Leiter a fustigé mardi 14 avril le rôle de la France dans les discussions avec le Liban. Il a affirmé que Paris n’avait rien à faire dans les négociations entre Israël et le Liban : « Il est certain que nous ne voulons pas voir les Français s’immiscer dans ces négociations », a-t-il déclaré. Il a également partagé devant la presse sa découverte avec le Liban : les deux pays seraient selon lui « du même côté de l’équation ». « C’est l’issue la plus positive que nous pouvions espérer. Nous avons le même objectif », qui est « de libérer le Liban d’une force d’occupation appelée Hezbollah », a-t-il déclaré.
« Nous aimerions garder les Français aussi loin que possible de pratiquement tout, mais surtout lorsqu’il s’agit de négociations de paix », a poursuivi lors de son élocution le diplomate israélien. Interrogé par les journalistes sur les efforts « concertés » ou non par le gouvernement israélien pour tenir la France à l’écart des négociations, il a rétorqué qu’une représentation diplomatique française n’est « pas nécessaire », insistant sur le fait que la France n’a « pas d’influence positive, surtout pas au Liban ».
Paris appelle à « saisir l’opportunité »
Paris s’est pourtant associée mardi 14 avril à dix-sept pays dans l’objectif d’appeler le Liban et Israël à « saisir l’opportunité » dans ces pourparlers de paix directs sous médiation américaine. La France, qui possède historiquement des liens forts avec le Liban, s’est aussi voulu pressante dans l’inclusion au sein des discussions du front libanais dans le cessez-le-feu conclu entre les États-Unis et l’Iran, ce qui n’a pas plu à Israël. Paris a par ailleurs jugé « intolérables » les frappes israéliennes sur le Liban mercredi 8 avril dernier alors que le cessez-le-feu était déjà en place. Les frappes ont provoqué la mort de 350 personnes et de plus de 1 200 blessés. L’État français s’est également prononcé contre une offensive terrestre israélienne au Liban. Les relations entre le président Emmanuel Macron et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sont souvent tendues, notamment depuis que la France a reconnu l’État palestinien.
C’est donc sans la participation de la France que les discussions entre Israël et le Liban ont été acceptées mardi 14 avril en vue d’une paix durable à l’issue de « discussions productives » à Washington entre représentants des deux pays, a indiqué la diplomatie américaine à l’AFP. « Toutes les parties sont convenues d’entamer des négociations directes à une date et en un lieu qui restent à fixer d’un commun accord », d’après un communiqué diffusé par le département d’État américain.
La rencontre entre les deux pays est la première à un tel niveau de représentation depuis 1993. Participent aux discussions l’ambassadeur israélien Yechiel Leiter et l’ambassadrice libanaise Nada Hamadeh Moawad, ainsi que des ambassadeurs des États-Unis au Liban, Michel Issa, et à l’ONU, Mike Waltz. « Les États-Unis ont exprimé leur espoir que les négociations puissent dépasser le cadre de l’accord de 2024 et déboucher sur un accord de paix global », selon le communiqué. Washington a également réaffirmé son « soutien au droit d’Israël à se défendre contre les attaques incessantes du Hezbollah ».
Une « étape historique » encadrée par les États-Unis
Les États-Unis se sont « félicités » de ces discussions qu’ils considèrent comme étant une « étape historique » et « ont exprimé leur soutien à la poursuite des pourparlers, ainsi qu’aux projets du gouvernement libanais visant à rétablir le monopole de la force et à mettre fin à l’influence excessive de l’Iran », explique le communiqué. Pour les Américains, tout accord de cessez-le-feu au Liban doit « être conclu entre les deux gouvernements, sous l’égide des États-Unis, et non par le biais d’une voie parallèle », en référence au fait que l’Iran réclame que le cessez-le-feu actuel avec les États-Unis soit aussi compris pour le Liban.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient et des échanges de frappes entre le Hezbollah chiite et le pouvoir israélien, une opération militaire a été entreprise par Israël en territoire libanais. Selon les autorités sur place, environ un million de personnes ont été déplacées, ce qui équivaut à un cinquième de la population, rapporte l’ONU. Du côté israélien, l’armée a fait état de treize soldats tués au Liban et dix ont été blessés mardi 14 avril lors d’affrontements dans la ville de Bint Jbeil dans le sud du Liban.




