La France et les Philippines ont conclu, ce jeudi 26 mars, un accord militaire historique face aux « manœuvres dangereuses » de Pékin. Jamais l’archipel n'avait signé de tel pacte avec un pays européen.

Les Philippines et la France ont conclu, ce jeudi 26 mars, un accord pour le moins historique. Les deux alliés se sont réunis pour signer un texte permettant aux soldats des deux pays de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires respectifs.
L’accord franco-philippin s’inscrit dans un cadre plutôt tendu en mer de Chine, Pékin étant accusé de mener des « manœuvres dangereuses » par l’armée de Manille. C’est la première fois que les Philippines aboutissent à un accord avec un pays européen.

Les enjeux du texte

C’est à Paris que Catherine Vautrin, ministre française des Armées, et Gilberto Teodoro, le secrétaire philippin à la Défense, se sont engagés sur un nouvel « accord de statut des forces en visite ». Les Philippines et la France en ont profité pour poser les enjeux et les défis liés à la sécurité de la région.

Le texte « servira de document de référence pour faciliter un éventail plus large d’activités de coopération en matière de défense entre les forces armées philippines et françaises sur le territoire de l’un ou l’autre pays », précise le ministère de la Défense philippin dans un communiqué.

Dans les faits, l’accord veut renforcer la coopération militaire entre les deux pays, dont les exercices conjoints en mer de Chine n’ont pas manqué ces dernières années. La marine française s’est déjà rendue, aux côtés de flottes en provenance de Manille et de Washington, vers des potentielles zones de tension, en avril 2024. Ces exercices ont pu mobiliser 11 000 soldats américains et 5 000 philippins et ont servi, implicitement, à décourager la puissance chinoise dans ses ambitions territoriales. Un an plus tard, la France avait autorisé le déplacement du porte-avions Charles de Gaulle dans la baie philippine de Subic Bay.
L’accord militaire franco-philippin doit encore être ratifié par les assemblées des deux pays. Depuis 2016, Paris et Manille n’ont de cesse de renforcer leurs liens de défense.

La menace chinoise crispe les tensions

Le texte signé avec la France est, pour les Philippines, le dernier d’une longue liste régulièrement rallongée au cours des deux dernières années. Manille officialise, les uns à la suite des autres, les accords militaires avec divers alliés à travers le monde, parmi lesquels le Japon, le Canada, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Cette stratégie philippine traduit une tension latente dans la région asiatique, précisément dans les eaux de la mer de Chine méridionale. Cette zone maritime, qui s’étend entre Taïwan, Bornéo, le Vietnam, les Philippines et la Chine, se présente comme un espace crucial pour l’économie régionale et mondiale. Elle est également le théâtre de conflits géopolitiques majeurs puisque convoitée dans sa quasi-totalité par Pékin, malgré une décision de justice internationale statuant que ces prétentions sont dénuées de fondement juridique.

La Cour permanente d’arbitrage de La Haye tend plutôt à désavouer la Chine dans le cadre de son différend avec les Philippines, estimant en 2016 que Pékin n’avait pas de « droits historiques » sur la majorité des eaux stratégiques de cette zone.

Les revendications de Pékin dans la mer de Chine se traduisent pourtant par des incursions répétées autour d’îles contestées, ainsi qu’une escalade des tensions avec ses voisins d’Asie du Sud-Est et les États-Unis. Malgré son rôle de maintien de la paix et de la sécurité internationale, l’Organisation des Nations Unies (ONU) peine à s’imposer comme médiateur.
La Chine, membre permanent du Conseil de sécurité, pourrait profiter de son droit de veto pour contrer toute résolution contraignante à son égard. L’organisme, impuissant, se résout ainsi à promouvoir le dialogue et le respect du droit international, en vain.