Un tribunal de Hong Kong a condamné, ce lundi 9 février, l’ex-magnat des médias prodémocratie Jimmy Lai à une peine totale de vingt ans de prison pour collusion avec l’étranger et publication séditieuse. Pour l’organisation de défense des droits humains Amnesty International, cette condamnation « sonne le glas de la liberté de la presse à Hong Kong ». La peine prononcée, malgré les pressions du Royaume-Uni ainsi que des États-Unis, est la plus lourde jamais prise au titre de la loi sur la sécurité nationale imposée en 2020 par la Chine à la suite de manifestations prodémocratie. Ces manifestations, parfois violentes, avaient agité Hong Kong en 2019, territoire rétrocédé par le Royaume-Uni en 1997.
Le fils de Jimmy Lai, Sebastien, se dit inquiet, tout comme ses proches et ses supporteurs, quant à l’état de santé de son père. Jimmy Lai, âgé de 78 ans, est Hongkongais, de nationalité britannique et taïwanaise. Son fils a affirmé dans un communiqué que « condamner mon père à cette peine de prison draconienne est dévastateur pour notre famille et met sa vie en danger. Cela marque la destruction totale du système judiciaire de Hong Kong et la fin de la justice ». De l’autre côté, un document récapitulatif des juges produit lors d’une audience, qui n’a duré que quelques minutes, justifie sa condamnation : « Après avoir examiné la conduite criminelle grave de Lai […], le tribunal a estimé que la peine totale infligée dans cette affaire devait être de vingt années d’emprisonnement. » Les autorités avaient déployé des dizaines de policiers, un véhicule de déminage et un engin blindé. La cour a tout de même déclaré prendre en compte « le grand âge de Lai, son état de santé ». Elle a également reconnu que le « maintien à l’isolement aura pour effet de rendre un emprisonnement à vie plus lourd que pour d’autres détenus ».
Un « coup de grâce à la liberté de la presse »
Jimmy Lai a été reconnu coupable le 15 décembre dernier de trois chefs d’accusation et risquait la prison à vie. Le jugement de 856 pages prononcé affirmait que le magnat avait « nourri sa rancœur et sa haine envers [la Chine] pendant une grande partie de sa vie d’adulte ». L’accusation ajoutait qu’il avait également cherché à « renverser le Parti communiste chinois », présentant Jimmy Lai comme le cerveau de complots qui avaient pour objectif de commettre des actes hostiles avec l’aide de pays étrangers, sur Hong Kong et sur la Chine, en instaurant notamment des sanctions ou des blocus.
L’homme d’affaires condamné avait plaidé non coupable et dispose à présent de vingt-huit jours pour faire appel. Son avocat, Robert Pang, n’a pas affirmé faire usage de ce droit auprès de l’AFP. Il a cependant déclaré « [ne plus savoir] à quoi m’attendre de nos jours », lorsque l’agence de presse lui demandait s’il s’attendait à une telle peine. Jimmy Lai, détenteur d’un passeport britannique, est emprisonné depuis 2020 et reste maintenu à l’isolement « à sa demande », selon les autorités de Hong Kong. Jodie Ginsberg, directrice générale du Comité pour la protection des journalistes, a exprimé dans un communiqué qu’elle considérait que cette « décision scandaleuse » portait un « coup de grâce à la liberté de la presse à Hong Kong ». Amnesty International parle de « nouvelle date sombre dans la transformation de Hong Kong, d’une ville gouvernée par l’État de droit en une ville gouvernée par la peur », ajoutant que cette peine « illustre parfaitement le démantèlement systématique des droits qui, autrefois, caractérisaient Hong Kong ».
Le soutien britannique et américain dans un contexte tendu
En réponse, les autorités de Hong Kong assurent que la peine de Jimmy Lai n’a « rien à voir avec la liberté d’expression ou de la presse ». Le chef de l’exécutif de la ville, John Lee, réaffirme dans un communiqué que « les crimes » de l’homme d’affaires « sont odieux et extrêmement graves » et que la peine prononcée n’a « rien à voir avec la liberté d’expression ou de la presse ». La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, promet d’« intervenir davantage et sans délai » en soutien à Jimmy Lai, ajoutant également que le gouvernement britannique se tenait « aux côtés du peuple de Hong Kong ». Le Royaume-Uni dénonce le caractère « politique » de ce procès. Une condamnation qui intervient au moment où Londres comptait relancer des échanges avec Pékin après des années de froid dans leurs relations. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a déclaré avoir évoqué le dossier de Jimmy Lai lors de sa visite en Chine à la fin du mois de janvier, au cours de ses entretiens avec le président chinois Xi Jinping. Aux États-Unis, Donald Trump a demandé la libération de Jimmy Lai.
L’un des porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Lin Jian, a rappelé que la condamnation prononcée était « raisonnable, légitime et légale » et a appelé les pays étrangers concernés à « respecter la souveraineté de la Chine », ainsi que la justice de Hong Kong. Il a également demandé aux pays étrangers de « s’abstenir de faire des déclarations irresponsables ». Dans la peine de vingt ans de prison, le tribunal a inclus deux années d’une peine déjà prononcée pour fraude, ce qui signifie que Jimmy Lai purgera dix-huit années supplémentaires derrière les barreaux. Une éternité en somme.




