« On a entendu des cris dans l’avion. Après ils ont ouvert le cockpit et on a vu du sang », a raconté une passagère à la télévision israélienne. Ce 30 septembre, le Boeing 737 MAX de Flydubai, parti de Dubaï pour Tel-Aviv avec 174 personnes à bord selon Benyamin Nétanyahou, venait de perdre plus de 4 000 mètres d’altitude en moins de deux minutes, selon les données de suivi de vol. Il s’est posé en urgence à Tabuk, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, où un correspondant de l’AFP a vu des policiers et une ambulance devant le terminal. Deux pilotes à l’hôpital, un copilote arrêté, aucun passager grièvement blessé. Et une question qu’aucune autorité n’a encore tranchée : pourquoi ?
Une chute de plus de 4 000 mètres
Le FZ1073 avait décollé à 7 h 05, heure de Dubaï, sur une ligne desservie plusieurs fois par jour depuis la normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis en 2020. Pendant le vol, l’appareil perd brutalement de l’altitude. Son transpondeur émet ensuite le code d’urgence 7700, puis le 7500, qui signale une intervention illicite, selon les données de suivi aéronautique. Dans la cabine, des hurlements se font entendre. Le commandant de bord indien, Smit Machchhar, blessé au couteau et aujourd’hui « dans un état stable » selon l’ambassade d’Inde en Arabie saoudite, aurait réussi à déverrouiller la porte du cockpit, d’après un porte-parole de Nétanyahou.
Benyamin Nétanyahou, qui dit tenir son information d’un passager, décrit la suite : un plombier israélien se glisse jusqu’au poste de pilotage, tire l’assaillant en arrière, s’assoit à la place du pilote et ramène le manche vers lui, pendant que d’autres passagers immobilisent le copilote. Des pilotes de la compagnie, présents à bord, prennent ensuite les commandes et posent l’appareil. Flydubai confirme que des membres de son équipage voyageant sur ce vol ont sécurisé l’avion et l’ont fait atterrir à Tabuk.
À Tabuk, les passagers attendent un second avion. « L’avion était vraiment sur le point de s’écraser », dit Miriam Shira Ohayon. Chaim Nazarovitz évoque un vol « absolument terrifiant ». Yasmine Abécassis, venue attendre sa fille à Tel-Aviv, rapporte que les passagers « ont cru qu’ils allaient mourir ». Dans la soirée, ils atterrissent à l’aéroport Ben-Gourion, où Nétanyahou vient les accueillir. Le président israélien veut décorer quatre d’entre eux. Le premier ministre indien, Narendra Modi, a salué le commandant de bord comme un « HÉROS ».
Des accusations de terrorisme, un mobile encore inconnu
Plusieurs responsables israéliens évoquent une tentative d’attentat dès le jour même. Benyamin Nétanyahou affirme que le copilote a « apparemment tenté de faire crasher l’avion ». Le ministre de la défense, Israel Katz, parle de « tentative d’attaque djihadiste », sans dire sur quels éléments il s’appuie ; Itamar Ben Gvir, le ministre de la sécurité nationale, accuse un « terroriste » d’avoir voulu assassiner les occupants de l’avion. Le directeur général du ministère des affaires étrangères, Eden Bar Tal, y voit une attaque visant aussi les Émirats arabes unis et les accords d’Abraham, qui ont normalisé les relations entre Israël et les Émirats en 2020 sous l’égide de Washington. Donald Trump, interrogé à la Maison-Blanche, a, lui, hésité entre « un terroriste » et « un cinglé ». Flydubai évoque une altercation entre pilotes aux motifs « inconnus » et appelle à s’abstenir de « toute spéculation prématurée ». Ni la compagnie ni Riyad n’ont corroboré la thèse terroriste. Le 1er octobre, les Émirats arabes unis ont annoncé une enquête destinée notamment à déterminer si l’incident était lié à une activité terroriste.
Du suspect, on sait peu. Un responsable israélien cité par Reuters le dit de nationalité omanaise. Selon des médias israéliens, il travaillait pour la compagnie depuis neuf mois. Arrêté et interrogé par les autorités saoudiennes, il ne fait, à ce stade, l’objet d’aucune inculpation annoncée publiquement. Les premières versions évoquant un pilote russe et un copilote ukrainien ne correspondent pas aux informations désormais disponibles sur les deux hommes impliqués dans l’altercation. Son nom n’a pas été rendu public. La nature exacte de l’arme, la façon dont elle a pu entrer dans le cockpit et le mobile restent à établir ; les résultats de l’analyse des enregistreurs de vol n’ont pas été rendus publics. Le contexte, lui, pèse : conflit régional, élections israéliennes en vue, et Nétanyahou qui évoquait ce 29 septembre des « indices » d’attaques possibles avant le scrutin. Aucun lien avec ces avertissements n’est établi. Nétanyahou a ordonné aux services de sécurité de se préparer à « toute menace potentielle supplémentaire ». Flydubai, compagnie low cost émiratie, a suspendu ses vols vers et depuis Israël, le temps de l’enquête.





