Face à l’explosion des prix du pétrole et du gaz, provoquée par la guerre en Iran, le gouvernement espagnol cherche à protéger ses habitants. Le Premier ministre Pedro Sánchez a annoncé ce vendredi 20 mars 2026 une série de 80 mesures destinées à couvrir le mieux possible les effets du conflit au Moyen-Orient, dont l’escalade fait craindre une montée inédite des prix de l’énergie.
Portée par un budget de 5 milliards d’euros, ce plan promet « une réduction drastique de la fiscalité sur l’énergie » à travers de nombreuses mesures. « Les situations extraordinaires exigent des réponses extraordinaires », a justifié Pedro Sánchez, après un conseil des ministres.
Des mesures pour lutter contre les effets de la guerre
Détaillé dans le Journal officiel espagnol, le plan anti-crise prévoit notamment la baisse de la TVA sur le gaz et les carburants, laquelle permettrait une réduction des prix à la pompe allant jusqu’à 30 centimes d’euro le litre. Pedro Sánchez a également promis une « aide directe de 0,20 euros par litre de carburant » accordée « à tous les transporteurs, agriculteurs, éleveurs et pêcheurs de notre pays, ainsi qu’une aide équivalente à l’achat d’engrais ». En moyenne, un plein d’essence coûterait donc 20 euros de moins pour une voiture moyenne.
Même son de cloche pour l’électricité, dont les impôts diminueront de 60 % et la TVA de 21 % à 10 %. Le Premier ministre espagnol a également promis de plafonner le prix maximal de vente du butane et du propane, deux gaz de pétrole liquéfié (GPL) couramment utilisés comme combustibles. « Évidemment, ces mesures n’empêcheront pas que les effets de cette guerre illégale atteignent l’Espagne, mais elles en atténueront au moins la portée et les rendront un peu plus supportables », a précisé Pedro Sánchez, qui a par ailleurs annoncé la signature d’un décret prévoyant un « gel temporaire » des loyers dans le pays. Celui-ci doit encore être approuvé par le Parlement, dans lequel le gouvernement n’a pas de majorité.
« Je crois que c’est le compromis du gouvernement d’Espagne, mais je tiens aussi à faire savoir aux citoyens et aux citoyennes de notre pays que la guerre coûte des vies et engendre des réfugiés », a tenu à rappeler le Premier ministre espagnol, dont la position est probablement la plus ferme à l’échelle européenne vis-à-vis de la guerre en Iran.
En France, l’hypothèse d’un tel scénario demeure inenvisageable. Le gouvernement refuse pour l’heure de baisser les taxes sur les prix des carburants. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée chargée de l’Énergie, a expliqué sur BFMTV que le pays n’avait « plus les moyens du quoi qu’il en coûte » comme lors de la pandémie de COVID-19. Courbant le dos sous une dette colossale, le gouvernement se doit, selon elle, de tenir le déficit public à 5 % du produit intérieur brut (PIB).
De son côté, l’Italie a pris mercredi 18 mars 2026 un décret visant à réduire de 25 centimes par litre le prix du carburant, pour une durée de 20 jours. Le Japon a rapidement suivi en instaurant, jeudi 19 mars 2026, un programme d’urgence permettant de diminuer les tarifs à la pompe à 170 yens par litre, soit bien moins que les 190,8 yens (l’équivalent de 1,04 euros) enregistrés lundi 16 mars 2026.
L’Espagne, acteur isolé dans l’Union européenne
Pedro Sánchez n’a pas manqué de souligner le caractère « illégal » de l’offensive israélo-américaine sur le sol iranien, déclenchée le samedi 28 février 2026 à la grande surprise des « alliés » européens. « Je suis très, très en colère face à la situation que vit le monde dans laquelle nous précipitent certaines décisions et certains gouvernements », a fustigé le Premier ministre espagnol, qui a ajouté que « les Espagnoles et les Espagnols vont devoir assumer un coût de 5 milliards d’euros. Cinq milliards d’euros que nous pourrions consacrer aux bourses, à la santé, à la dépendance ».
Cette opposition au conflit, marquée dès le premier jour des frappes, s’apparente à une prise de position isolée au sein de l’Union européenne (UE). Fermement pacifiste et contre la guerre au Moyen-Orient, « qui est mauvais pour le monde et qui est également contraire à nos valeurs et à nos intérêts », Pedro Sánchez s’est attiré les foudres de son homologue étasunien Donald Trump après qu’il ait refusé à l’aviation de Washington l’accès à ses bases militaires situées en Andalousie.
Une prise de position qui avait déclenché la colère noire du président Républicain lors d’une réunion dans la Maison Blanche avec Friedrich Merz, le chancelier allemand, le 3 mars 2026. « Nous allons donc couper tous nos échanges commerciaux avec l’Espagne. Nous ne voulons plus rien avoir à faire avec l’Espagne », menaçait Donald Trump, qui déplore la part trop insuffisante, selon lui, du budget espagnol alloué à la Défense.
« Non à la faillite du droit international. Non à l’idée que le monde ne puisse résoudre ses problèmes qu’à coups de bombes. Et, enfin, non à la répétition des erreurs du passé », avait martelé Pedro Sánchez lors d’une brève allocution en début du mois de mars. Le Premier ministre espagnol assume être le seul pays de l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord (OTAN) à ne pas s’engager à atteindre 5 % de son PIB à des dépenses en matière de défense, comme le recommandait pourtant Donald Trump.





