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Emmanuel Macron rend visite à Donald Tusk pour renforcer la coopération défensive et nucléaire franco-polonaise

Le président de la République Emmanuel Macron et le Premier ministre polonais Donald Tusk au palais de l’Élysée, à Paris, le 6 janvier 2026. (Photo par Eric BERACASSAT/Gamma-Rapho via Getty Images)
Alors que les deux pays fêtent ce lundi 20 avril la journée de l’amitié franco-polonaise, Emmanuel Macron est en visite accompagné de quatre de ses ministres ainsi que du groupe français EDF afin de discuter avec le Premier ministre polonais Donald Tusk de coopération nucléaire pour une Europe plus « forte » et plus « souveraine ».

Emmanuel Macron se rend en Pologne pour renforcer les liens franco-polonais… et pour une sécurité commune européenne. Les deux dirigeants pro-européens Emmanuel Macron et Donald Tusk vont discuter ce lundi 20 avril de dissuasion nucléaire, de satellites militaires ou encore de l’industrie de défense à Gdansk en Pologne afin de renforcer la coopération franco-polonaise pour une Europe plus « forte » et plus « souveraine » dans un contexte où la Russie et les États-Unis y sont hostiles. Un sommet qui intervient dans cette période tendue, et agit comme une concrétisation du traité d’amitié et de coopération renforcée de Nancy, signé vendredi 9 mai 2025 entre les deux pays. Un accord qui a permis à la Pologne de s’élever au rang des grands alliés de la France.

Alors que la guerre en Ukraine menace l’équilibre sur le Vieux Continent et que de vives tensions persistent avec les États-Unis dans la guerre au Moyen-Orient, « les questions de sécurité et de coopération militaire seront les questions clés » lors de ces discussions dans cette ville portuaire au bord de la Baltique, a déclaré le Premier ministre polonais, ajoutant la veille de ce sommet : « Nous avons des points de vue très proches sur la manière de construire la force de l’Europe […] la souveraineté de la Pologne, de la France et de l’Europe. »

Une dissuasion nucléaire « avancée » à 150 km de Kaliningrad

Le grand fil conducteur de ces discussions concerne la dissuasion nucléaire « avancée » proposée lundi 2 mars par Emmanuel Macron à huit pays européens, comprenant en premier lieu l’Allemagne et la Pologne avec de possibles exercices conjoints et avec des stationnements d’avions français équipés de la bombe sur le territoire de ces deux alliés. Le président français, accompagné des ministres des Armées, des Affaires étrangères, de l’Énergie et de la ministre de la Culture, doit arriver à Gdansk dans la matinée. Emmanuel Macron se rendra d’abord dans un cimetière où reposent des soldats français tués à l’époque napoléonienne avant des entretiens avec Donald Tusk. Ce sera à la suite de ces échanges que l’accord sera signé et que le chef de l’État doit rencontrer le prix Nobel de la paix et ancien président de la Pologne, Lech Walesa.

La grande cité balte de Gdansk est connue pour ses chantiers navals et le berceau du mouvement pro-démocratie Solidarnosc quand la Pologne était sous contrôle soviétique pendant la guerre froide. La ville portuaire est également à portée immédiate des missiles Iskander stationnés à seulement 150 km de Kaliningrad en Russie, ce qui fait que la ville est exposée à une éventuelle menace russe.

Un « projet de satellite de communication militaire » européen

Les deux dirigeants européens ont prévu de discuter aussi d’une possible « participation conventionnelle » de la Pologne à la dissuasion française. L’Élysée souligne toutefois que la France restera souveraine dans l’emploi de l’arme nucléaire. Le rôle des forces polonaises n’est à l’avenir pas à négliger : elles pourraient en effet apporter une contribution sur « l’alerte avancée, la défense aérienne ou les frappes dans la profondeur » en cas de guerre nucléaire, indique Paris, ce qui augmentera l’efficacité opératoire des forces armées françaises dans la défense du continent européen. La signature d’un partenariat sur un « projet de satellite de communication militaire » est également promise par l’Élysée avec « des opérateurs français, polonais et autres européens » déployés, alors que la Pologne développe de son côté des capacités en la matière.

La « préférence européenne » dans l’acquisition de matériels de défense sera également au cœur des discussions, un sujet pour lequel Emmanuel Macron a ces derniers temps bataillé pour qu’il soit abordé par ses partenaires au risque de les braquer, notamment les alliés situés à l’est de l’Europe qui sont très attachés à la protection des États-Unis. La Pologne a massivement investi ces dernières années dans son armée. Une volonté de la moderniser à hauteur de 4,8 % du PIB dans ses dépenses militaires en 2026. Un budget accordé qui place le pays loin devant ses partenaires européens, faisant de ses dépenses les plus élevées des membres de l’OTAN. Elle a aussi surtout passé des « commandes pharaoniques de F-35, hélicoptères d’attaque Apache, missiles Patriot et chars Abrams » américains, indiquait un diplomate européen proche du dossier à l’AFP. Le président conservateur Karol Nawrocki dénonçait une menace sur « l’indépendance » de son pays, et s’opposait vivement à la participation de la Pologne au programme Safe de l’UE, un projet qui fait dépenser des dizaines de milliards d’euros à l’État dans sa défense.

Une attache particulière au parapluie américain

Malgré l’élan pro-européen de la Pologne avec le mandat actuel de Donald Tusk, le pays reste toutefois très attaché aussi à ses relations avec les États-Unis. « La stratégie de Washington a changé » vis-à-vis des Européens, que le président américain, Donald Trump, traite régulièrement rudement, concède le Premier ministre polonais. Mais les « relations polono-américaines, euro-américaines » doivent rester « très importantes », concède-t-il. Emmanuel Macron et Donald Tusk vont aussi se féliciter du retour de la Hongrie dans le rang des partisans de l’UE la semaine passée, alors que les élections législatives hongroises ont permis au pro-européen Péter Magyar d’être élu à la majorité face à l’ancien pro-russe et symbole d’extrême droite en Europe, Viktor Orban.

Côté business, le groupe français EDF espère décrocher des offres en matière de nucléaire et signer pour une deuxième centrale nucléaire en Pologne. Les deux pays entretiennent un lien culturel historique : la journée de l’amitié franco-polonaise a lieu ce lundi 20 avril, en mémoire de la physicienne et double récompensée du prix Nobel, Marie Sklodowska Curie, à la double nationalité franco-polonaise. L’occasion d’évoquer ces différents sujets liés à la sécurité commune du continent et le nucléaire, mais aussi avec la première remise du prix Geremek, qui récompense une personnalité qui a permis de renforcer l’amitié franco-polonaise. Cette visite du président français devrait se conclure par l’annonce d’une saison culturelle croisée des deux pays prévue en 2027.

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