Emmanuel Macron et Keir Starmer veulent ouvrir une « troisième voie ». Le président de la République a accueilli ce vendredi 17 avril le Premier ministre britannique à l’Élysée pour un sommet en visioconférence qui réunit une « cinquantaine de pays et organisations internationales […] dont plus d’une trentaine au niveau des chefs d’État et de gouvernement », précise la présidence française. Des volontaires « non belligérants » aux quatre coins du monde ont discuté de la mise en place d’une mission de sécurisation de la circulation des navires dans le détroit d’Ormuz, une fois que le cessez-le-feu irano-américain sera consolidé. Une réunion qui se déroule donc sans la présence des États-Unis. La visioconférence a démarré aux alentours de 14H40, heure française, quelques minutes après l’arrivée respective de la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, ainsi que de l’homologue allemand, Friedrich Merz.
« La réunion d’aujourd’hui d’un groupe d’États indépendants distinct des hostilités [adresse] un message simple : nous demandons la pleine réouverture immédiate et inconditionnelle par toutes les parties du détroit d’Ormuz », a déclaré ce vendredi 17 avril Emmanuel Macron quelques minutes après la fin de la réunion par visioconférence.
« Donner un coup de pouce diplomatique à la paix »
« Nous demandons la restauration des conditions de libre passage qui étaient en vigueur avant la guerre […] Nous nous opposons tous à toutes restrictions, tout régime de conventions qui équivaudrait dans les faits à une tentative de privatiser le détroit et évidemment tout système de péage », a déclaré le président français, en référence aux dernières mesures mises en place par le président américain, Donald Trump, sur le passage stratégique, où en temps normal, 20 % du passage de pétrole et de gaz liquéfié mondiaux circulent. Le Premier ministre britannique a lui expliqué vouloir « donner un coup de pouce diplomatique à la paix », en passant par la réouverture du détroit « sans péages ni restrictions au droit de passage ». Keir Starmer souhaite aussi éviter « toutes restrictions commerciales inutiles, en soutenant la sécurité énergétique et alimentaire », ajoutant vouloir au plus vite « accélérer notre planification militaire » européenne.
La réunion a réuni des participants « européens, moyen-orientaux, asiatiques et même latino-américains », qui suivait la réunion à distance, selon la présidence française. Parmi les participants, plusieurs acteurs importants au Moyen-Orient y figuraient, comme la Jordanie, l’Arabie saoudite ou encore le Koweït. Un représentant chinois, pour qui les importations de pétrole dans cette zone sont très importantes, était aussi présent, relate Le Monde. Le Pakistan, médiateur clé dans les négociations entre Téhéran et Washington, n’a pas été mentionné dans la liste des participants.
Pendant que la réunion s’est déroulée à Paris, sur les réseaux sociaux les hommes politiques iraniens et américains se sont échangés des messages. « Conformément au cessez-le-feu au Liban, le passage de tous les navires commerciaux à travers le détroit d’Ormuz est déclaré complètement ouvert pour la durée restante du cessez-le-feu [entre l’Iran et les États-Unis] », a notamment annoncé dans un message publié sur X le ministre des Affaires étrangères iranien, Seyed Abbas Araghchi. Le cessez-le-feu doit prendre fin mercredi 22 avril. Sur son réseau social Truth, Donald Trump a remercié dans son message le ministre iranien : « L’Iran vient d’annoncer que le détroit […] est entièrement ouvert et prêt à la navigation. Merci ! ».
Allemands, Italiens et Britanniques « prêts à apporter [leur] contribution »
Même si un cessez-le-feu a été mis en place pour une durée de deux semaines depuis le mercredi 8 avril, la situation reste très fragile après l’échec de premiers pourparlers en vue d’une paix dans la région entre l’Iran et les États-Unis au Pakistan. Face aux difficultés de navigation persistantes au détroit d’Ormuz, l’Élysée met en avant l’importance d’« une troisième voie entre la pression maximale pratiquée précédemment par les États-Unis sur l’Iran et la reprise de la guerre, y compris les destructions iraniennes contre les pays du Golfe ».
Dans le cadre de cette mission, le détroit d’Ormuz ne devra en aucun cas être miné, « aucun péage ne sera accepté », une supposition qui vient du camp des Iraniens, et le statu quo du passage avant que la guerre éclate doit être rétabli à la normale, fait savoir l’Élysée. Chaque pays qui souhaite être candidat à la mission de sécurisation s’engage « selon ses moyens ». L’Élysée a notamment rappelé que la France disposait à titre d’exemple d’un porte-avions, d’une dizaine de navires et d’une cinquantaine d’avions déjà postés dans la région.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni a affirmé après la visioconférence que « l’Italie est prête à jouer son rôle », notamment en « se concentrant sur la situation des navires qui se trouvent autour du détroit d’Ormuz. Il faut garantir l’absence de mines et il faut pouvoir rassurer le secteur de la navigation maritime pour garantir la sécurité des navires qui passent par le détroit », a-t-elle expliqué. Keir Starmer a assuré qu’avec la France, ils allaient prendre les commandes d’une mission multinationale « strictement pacifique et défensive ».
Donald Trump mis volontairement à l’écart
Emmanuel Macron avait déjà insisté vouloir que toute future mission tienne à l’écart des « belligérants » de la guerre qui a été lancée à la suite de frappes israélo-américaines sur l’Iran. « Nous le ferons certainement en bonne intelligence avec les Américains mais nous n’entrerons pas dans une coalition avec les Américains tout simplement parce que nous ne sommes pas parties au conflit », a souligné l’Élysée.
Pourtant, le chancelier Friedrich Merz a affirmé vouloir échanger à propos « de la participation des forces armées des États-Unis », estimant qu’il « existe de bons arguments en ce sens ». Le chancelier allemand a rappelé qu’une seconde conférence allait se tenir « la semaine prochaine à Londres », et que l’Allemagne se tenait « prête à apporter sa contribution pour sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz » et à rappeler vouloir y inclure la « participation des États-Unis ». L’Otan, qui est historiquement l’alliance militaire de défense européenne supervisée par les Américains, ne participera donc pas non plus à la réunion mais a salué « les efforts des alliés pour garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz ». La seule institution multilatérale qui a été conviée aux discussions est l’Organisation maritime internationale.
Avant le début de la visioconférence, la France et le Royaume-Uni ont assuré avoir déjà commencé à élaborer des travaux de planification militaire avec les pays volontaires. Si cette future mission parvient à s’appliquer, elle suppose toutefois qu’un arrêt effectif des hostilités entre les États-Unis et Israël face à l’Iran soit respecté. « Pour l’instant nous avons un cessez-le-feu informel et dont la durabilité n’est pas établie », relève l’Élysée, bien que des discussions entre Téhéran et Washington soient en cours pour reprendre des pourparlers prochainement.




