Le détroit d’Ormuz bientôt rouvert ? Donald Trump a déclaré qu’il serait « complètement ouvert » vendredi 19 juin, jour de la cérémonie de signature formelle, à Genève, du mémorandum d’entente conclu entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Le texte a déjà été signé électroniquement par Donald Trump, son vice-président JD Vance et le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.
« Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit », s’est réjoui le président américain dans un message publié sur Truth Social, avant de lancer : « Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! »
Plusieurs médias iraniens ont annoncé dans la soirée du lundi 15 juin que trois pétroliers et deux cargos chargés de marchandises avaient traversé une zone jusque-là soumise au blocus naval américain. Les données de suivi maritime consultées lundi par Reuters n’avaient toutefois permis d’identifier qu’un seul passage significatif, celui d’un méthanier à destination de l’Inde, de nombreux navires continuant à naviguer sans transmettre leur position.
Des contreparties économiques encore incertaines
Le texte n’a pas encore été rendu public, ce qui entretient de nombreuses incertitudes sur les compromis conclus après plusieurs semaines de négociations. « Ce texte apportera la paix dans la région », a assuré lundi 15 juin Donald Trump, qui avait lancé avec Israël les premières frappes contre l’Iran le 28 février. Le président américain a également laissé entendre que l’accord pourrait être publié avant vendredi, date de la cérémonie formelle à Genève, qui doit ouvrir une période de soixante jours de négociations en vue d’un accord final.
« Nous avons un passif d’engagements non tenus, non appliqués, abandonnés. Tout cela est présent dans notre esprit », a déclaré le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d’État, appelant à la prudence dans la mise en œuvre du texte. « En même temps, nous faisons tout ce qui est possible pour créer, à travers ce processus, des opportunités économiques pour notre pays », a-t-il ajouté.
Les premières informations sur le contenu de l’accord sont principalement venues d’Iran. La diplomatie iranienne a notamment indiqué que le texte prévoyait « la fin immédiate et définitive de la guerre et des opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban ». Concernant le détroit d’Ormuz, les modalités financières restent cependant à préciser. Washington affirme que le passage sera sans péage pendant les soixante jours de négociations et souhaite qu’il le reste à long terme, tandis que l’Iran a suggéré qu’il conserverait, avec Oman, un rôle dans le contrôle du détroit. « Nous nous attendons à ce que le détroit soit rouvert sans péage à long terme », affirmait lundi 15 juin le vice-président américain JD Vance.
Des relations israélo-américaines tendues avant les législatives
La diplomatie iranienne a également assuré que « la partie américaine s’était engagée » à débloquer des fonds iraniens gelés à l’étranger ainsi qu’à verser des réparations pour les dégâts causés par la guerre. « Ils ne recevront jamais le moindre dollar du contribuable américain. Jamais », s’est insurgé JD Vance sur la chaîne américaine Fox News. Aucun avoir iranien gelé sous sanctions américaines n’a été débloqué à ce stade. Washington affirme que tout allègement des sanctions ou déblocage de fonds dépendra du respect par Téhéran de ses futurs engagements.
Les États-Unis doivent aussi garantir qu’Israël mette fin aux bombardements qui se poursuivent au Liban, a affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï. Une brève accalmie dans les affrontements entre Israël et le Hezbollah, mouvement chiite libanais soutenu par l’Iran, a pris fin lorsqu’une frappe de drone israélienne a tué une personne dans le sud du pays, lundi 15 juin à la mi-journée.
Le Hezbollah a ensuite annoncé avoir « repoussé », à l’aide de roquettes et de drones, une force israélienne qui tentait de progresser dans le sud du Liban. L’armée israélienne restera dans les zones de sécurité établies au Liban « aussi longtemps que nécessaire », comme en Syrie et à Gaza, a affirmé lundi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
L’accord irano-américain est accueilli avec une forte hostilité en Israël. Un haut responsable israélien l’a qualifié de « terrible pour Israël » auprès de Reuters, tandis que plusieurs responsables estiment qu’il ne répond pas aux objectifs initiaux de la guerre, notamment concernant les programmes nucléaire et balistique iraniens ainsi que le soutien de Téhéran au Hezbollah.
Le président américain, aux côtés duquel Israël a lancé les premières frappes contre l’Iran, prend désormais ouvertement ses distances avec Benjamin Netanyahu.
« J’étais furieux », a déclaré Donald Trump à propos de l’attaque israélienne du dimanche 14 juin sur Beyrouth, estimant qu’elle « n’aurait pas dû avoir lieu ». « Il n’a aucun putain de jugement. Je le lui ai fait savoir. C’est un type très difficile », a-t-il également lancé auprès d’Axios.
La question de l’uranium iranien sur la table des négociations
Le Premier ministre israélien a affirmé que la guerre avait permis de sauver son pays d’une potentielle « destruction nucléaire ». Il a également confirmé qu’il se présenterait aux prochaines élections législatives, qui doivent se tenir au plus tard le 27 octobre, malgré les critiques visant sa coalition, la plus à droite de l’histoire d’Israël, et son procès pour corruption. Âgé de 76 ans, Benjamin Netanyahu est le Premier ministre ayant gouverné le plus longtemps le pays, avec plus de dix-huit années cumulées au pouvoir.
Selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, les soixante jours de négociations prévus après la cérémonie de signature doivent permettre de traiter quatre sujets : la levée des sanctions contre l’Iran, le nucléaire, la « reconstruction » et le « développement économique » du pays, ainsi que « la mise en place d’un mécanisme de suivi » des engagements pris. L’Iran cherchera « à ce que l’accord final soit soutenu par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies », a précisé sa diplomatie.
Dans un entretien accordé au New York Times, Donald Trump a indiqué que les négociations portaient notamment sur une suspension de vingt ans de l’enrichissement d’uranium par l’Iran, tout en laissant entendre qu’il pourrait accepter une durée de quinze ans. Selon JD Vance, des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique et des États-Unis seraient autorisés à se rendre en Iran afin d’aider Téhéran à détruire « son stock d’uranium hautement enrichi ». Le texte du mémorandum n’ayant pas encore été rendu public, les modalités précises de cette disposition restent toutefois à confirmer.





