Une issue diplomatique à la guerre qui secoue le Moyen-Orient depuis plus de trois mois ? Les États-Unis et l’Iran ont annoncé, dans la nuit de dimanche à lundi, être parvenus à un accord-cadre destiné à mettre fin au conflit. Le texte prévoit, selon le Pakistan et l’Iran, l’arrêt immédiat et permanent des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban. Israël, qui n’était pas partie aux négociations, n’a toutefois pas confirmé qu’il respecterait ce volet de l’accord. Une cérémonie de signature est prévue vendredi 19 juin en Suisse. Cet accord a été annoncé dans la matinée par le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays a joué un rôle central de médiateur depuis le début du conflit, avant d’être confirmé par Washington et Téhéran.
« L’accord avec la République islamique d’Iran est désormais finalisé », a notamment écrit sur son réseau Truth Social le président américain. « J’autorise pleinement la réouverture du détroit d’Ormuz sans droits de passage et, parallèlement, la levée immédiate du blocus naval américain. Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! », s’est réjoui Donald Trump, avant de préciser que cette ouverture interviendrait « dès la signature de l’accord vendredi afin de permettre le déminage ».
Les cours du pétrole chutent
L’annonce a déclenché une chute de plus de 4 % des cours du pétrole, qui avaient flambé depuis le déclenchement de la guerre le 28 février dernier et le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitait en temps normal environ un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures. La Bourse de Tokyo a notamment bondi de plus de 4 % et celle de Séoul de plus de 5 % ce lundi 15 juin dans la matinée. Vers 23 h 50, dimanche 14 juin, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, reculait de 3,89 %, à 83,93 dollars, tandis que celui du WTI, la référence américaine, perdait 4,45 %, à 81,10 dollars, après avoir chuté de près de 5 % à l’ouverture.
« Avant le conflit, environ 140 navires transitaient chaque jour par le détroit. Le trafic s’est amélioré mais reste bien en deçà de la normale. Une véritable réouverture aurait donc un impact immédiat : elle réduirait l’incertitude pour les transporteurs, apaiserait les marchés de l’assurance […] et permettrait de commencer à réduire la “prime de risque” liée au conflit » dans les cours du pétrole, avait analysé dès dimanche 14 juin Stephen Innes, associé de la société de gestion de fortune SPI Asset Management. Toutefois, « si les États-Unis et leurs alliés souhaitent un retour à des niveaux de trafic normaux dans le détroit d’Ormuz environ un mois après la signature de l’accord, cela dépend du déminage, de la confiance dans la sécurité maritime et de la mise en place d’un cadre de sécurité crédible », a-t-il toutefois averti.
Le document sur lequel Washington et Téhéran se sont entendus n’a pas été rendu public dans l’immédiat, mais le vice-ministre des Affaires étrangères iranien, Kazem Gharibabadi, assure que l’accord vise à mettre fin immédiatement et définitivement à « la guerre et aux opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban », a-t-il affirmé à la télévision d’État. « Les négociations débuteront dans un délai de 60 jours en vue de parvenir à un accord définitif », a également précisé le responsable iranien, avant d’énumérer quatre sujets qui devraient prochainement être évoqués entre les parties : la levée des sanctions contre l’Iran, la question du nucléaire, la « reconstruction » et le « développement économique » du pays, ainsi que « la mise en place d’un mécanisme de suivi » des engagements pris.
Mettre fin à une guerre « coûteuse », y compris au Liban
L’agence de presse iranienne Mehr a fait état d’un texte qui n’a pas été confirmé officiellement, selon lequel l’accord devrait aussi prévoir « le déblocage de 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés au cours de la période de négociation de 60 jours », dont la moitié serait débloquée avant le début des pourparlers. Dans des déclarations accordées au New York Times, Donald Trump a indiqué qu’un volet des négociations allait porter sur l’acceptation par l’Iran d’un moratoire de 20 ans sur l’enrichissement d’uranium. Il a également laissé entendre qu’un compromis autour d’une durée de 15 ans pourrait être trouvé.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a de son côté salué l’accord, qu’il considère comme une « étape cruciale vers un règlement pacifique du conflit ». L’Iran a « imposé sa volonté divine et d’acier à des ennemis américains et sionistes humiliés. L’ennemi n’a d’autre choix que d’accepter la défaite et de se rendre », a affirmé pour sa part l’état-major iranien dans un communiqué diffusé par la télévision d’État. Le vice-président américain JD Vance a, quant à lui, déclaré qu’il prévoyait d’assister à la signature de l’accord, vendredi 19 juin à Genève, et que la participation du président américain restait « possible ».
« J’attends avec impatience la fin de cette guerre coûteuse et la pleine restauration de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », a déclaré sur X le président du Conseil européen, António Costa, quelques heures après l’annonce de l’accord. « La priorité est désormais » la mise en œuvre « rapide et complète » de l’accord « par toutes les parties », a pour sa part estimé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avant d’ajouter qu’« il ne peut y avoir de paix au Moyen-Orient tant que le Liban est en flammes ».
Avant le G7, Donald Trump hausse le ton contre Israël
Peu de temps avant l’annonce d’un accord, la plus haute instance de sécurité iranienne, le Conseil suprême de sécurité nationale, avait averti sur le réseau social X qu’une réponse « imminente » à un raid israélien ayant fait plusieurs morts dimanche 14 juin dans la banlieue sud de la capitale libanaise, bastion du mouvement chiite Hezbollah, allait être lancée. Donald Trump avait jugé plus tôt sur Truth Social que l’attaque israélienne « n’aurait pas dû avoir lieu, surtout en ce jour particulier », qui était aussi celui de son 80ᵉ anniversaire. « J’étais furieux », a-t-il ensuite révélé au média Axios, affirmant avoir réprimandé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu : « Il n’a aucun putain de jugement. Je le lui ai fait savoir », avant d’ajouter au New York Times : « C’est un type très difficile. »
Le gouvernement israélien redoute de son côté un compromis qui ne répondrait pas à ses exigences concernant son ennemi iranien. Israël a affirmé avoir frappé la banlieue sud de Beyrouth en riposte à des tirs du Hezbollah contre son territoire. Sous la pression de l’opinion publique, Donald Trump cherche désormais à sortir d’une guerre déclenchée conjointement par les États-Unis et Israël et devenue impopulaire auprès d’une partie de la population américaine comme du camp républicain. Le président américain, dont le conflit a fortement perturbé les marchés mondiaux de l’énergie, doit participer ce lundi 15 juin au sommet du G7 à Évian, en France.
« L’objectif sera de voir les conséquences de cet accord, le soutien au Liban, la réouverture d’Ormuz dans la durée, et évidemment la conclusion d’un accord sur le nucléaire et le balistique en Iran », a déclaré le président français Emmanuel Macron après l’annonce de l’accord. Dans un communiqué publié conjointement par le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Italie, les quatre pays européens ont assuré être « disposés à lever les sanctions pertinentes en réponse à des mesures claires et vérifiables de la part de l’Iran concernant son programme nucléaire ».
« Les moyens sont en place et prêts à être engagés », a assuré Emmanuel Macron dans un message publié sur X, avant de réaffirmer la nécessité de la « réouverture urgente et inconditionnelle du détroit d’Ormuz ». « La reprise du trafic maritime, sans restriction ni péage, est une condition indispensable à la stabilité régionale et à l’économie mondiale », a-t-il également déclaré. La France et le Royaume-Uni ont proposé, avec d’autres pays, une mission internationale de déminage et de sécurisation du passage stratégique. Cette mission pourrait être déployée après la signature de l’accord entre les États-Unis et l’Iran. Une option qui sera au cœur des débats de ce lundi au sommet du G7.





