Avant même que le G7 n’ouvre ses portes à Évian-les-Bains le 15 juin dernier, l’Élysée vantait un sommet « d’ores et déjà réussi ». Emmanuel Macron, à qui revenait cette année la présidence de ce groupe réunissant les pays les plus industrialisés au monde, confirmait encore une fois, lors de la conférence de presse de clôture, que ce « G7 était objectivement un succès ». Les enjeux étaient pourtant de taille lors de cette édition 2026, du fait notamment de la venue de l’éruptif Donald Trump, qui avait précipitamment quitté le sommet en 2025.
Au menu de ce « sommet des crises », comme l’a qualifié Emmanuel Macron à l’aube de la réunion de trois jours, moult sujets ont pu être abordé par les dirigeants, parmi lesquels les brûlantes guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, l’intelligence artificielle ou encore le numérique. Si la participation du président des États-Unis faisait craindre le pire des scénarios en interne, un surprenant mais honnête vent de cohésion a soufflé sur la ville d’Évian, renforçant légèrement la tumultueuse relation transatlantique.
Un succès évident pour Emmanuel Macron
Bien loin des craintes partagées en amont de ce sommet décisif, Emmanuel Macron a fait de son dernier grand évènement diplomatique une réussite affirmée. « Ce G7 est objectivement un succès », s’est-il félicité au cours de la conférence de presse de clôture tenue ce 17 juin. Et pour cause : les dirigeants de la France, des États-Unis, du Canada, du Japon, du Royaume-Uni, de l’Italie, de l’Allemagne et de l’Union européenne sont parvenus à afficher un rare moment d’unité sur des sujets pourtant clivants : notamment la guerre en Ukraine.
« Il y a eu un moment Évian. Nous avons tout dit lors de ce G7 : on va accroitre notre soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie », a assuré Emmanuel Macron.
L’invasion russe en Ukraine s’imposait pourtant comme l’un des thèmes les plus inflammables de ce G7, Donald Trump ayant tourné le dos à ce conflit larvé depuis maintenant quatre ans. Le président des États-Unis, dont la position alterne entre pressions sur Kyiv et critiques contre Moscou, a visiblement tendu l’oreille auprès de ses homologues européens en ce début de semaine. Une force de dissuasion inattendue manœuvrée par les figures d’Emmanuel Macron, de Giorgia Meloni, de Keir Starmer, de Friedrich Merz et de Volodymyr Zelensky, invité à Évian.
Le président ukrainien, qui n’avait pas eu l’occasion de dialoguer avec son homologue étasunien lors du dernier G7 à Kananaskis, au Canada, est finalement parvenu, cette année, à s’asseoir à la même table que lui. Ce temps d’échange avec l’ensemble des forces de G7 a permis d’aboutir à de nombreuses garanties pour Kyiv, parmi lesquelles le renforcement des défenses aériennes ukrainiennes, la garantie de son approvisionnement énergétique et l’intensification de la pression économique sur Moscou.
« Je suis reconnaissant au président Trump pour son attention à l’Ukraine et sa disponibilité à aider à rapprocher la paix. Je suis reconnaissant à Emmanuel pour l’excellente organisation du Sommet et pour les efforts conjoints constamment forts. Nous travaillons à renforcer l’Ukraine, notre coopération et les perspectives diplomatiques », s’est réjoui Volodymyr Zelensky sur son compte X.
Emmanuel Macron salue de son côté des discussions « extrêmement franches qui auraient permis de « resynchroniser» l’ensemble des membres du G7. Une cohésion d’ensemble qui s’est traduite notamment par un compliment général vis-à-vis de l’accord conclu entre Washington et Téhéran à l’aube du sommet d’Évian.
Vers un rapprochement solide de Donald Trump ?
Le chef de l’État français se montre d’autant plus fier qu’il boucle son probable dernier grand sommet diplomatique par un rapprochement décisif avec Donald Trump. Habitué à fracturer la relation des États-Unis avec les Vingt-Sept (en menaçant d’annexer le Groenland ou en entretenant sa stratégie de guerre commerciale), le magnat républicain s’est manifestement aligné sur les stratégies européennes.
L’alignement de Donald Trump résulte, entre autres, des nombreux arrangements orchestrés par Emmanuel Macron. Sommet décalé pour ne pas empiéter l’anniversaire du président étasunien, abandon pur et dur de la thématique du réchauffement climatique, invitation à diner au château de Versailles… le tapis rouge a été déployé pour la venue du chef d’État, dont la sensibilité aux flatteries n’est plus un secret. « C’est un dîner pour célébrer les 250 ans de l’indépendance américaine, parce que la France y a joué un rôle. Ce sera notre moment de célébration de cette amitié », s’est défendu Emmanuel Macron.
Quand bien même cette stratégie a été qualifiée de naïve et obséquieuse par certains membres de l’opposition, le dîner sous les dorures de Versailles a indéniablement joué à garder Donald Trump jusqu’au bout du G7. Il aura également permis la signature, par les présidents étasunien et iranien, de l’accord de paix de la guerre au Moyen-Orient, initiée il y a 107 jours. Ledit accord devrait être formellement signé en Suisse, ce vendredi, dans le complexe hôtelier du Bürgenstock.
Malgré une période « marquée plutôt par de la fragmentation, des divisions ou des désaccords », Emmanuel Macron se félicite d’avoir pu, trois jours durant, unifier un G7 auparavant fragmenté. Une unité partagée par Donald Trump, pourtant peu avare en critique à l’égard de son homologue français, qui fait état d’un « sommet du G7 extrêmement réussi », voire même « l’un des plus réussis ». Malgré le rapprochement transatlantique évident constaté lors de ces trois jours à Évian, la pérennité de cette entente reste à prouver. Si des avancées concrètes ont été signées à Évian, les errements fréquents du président étasunien ne manquent jamais de surprendre ses plus proches alliés.





