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Alertes à la bombe dans les avions : pourquoi les autorités ne peuvent pas les ignorer

Boeing 737-800 Air Europa Express (Crédits : Mondadori Portfolio / Getty Images)
Au moins 34 vols ont été perturbés en Europe par des alertes à la bombe depuis le début de la semaine. Même lorsqu’elles se révèlent infondées, ces menaces imposent des contrôles et des déroutements qui désorganisent le trafic aérien.

« C’était inquiétant parce que nous ne savions pas ce qui se passait, mais nous essayions tous de rester aussi calmes que possible. » Auprès de la BBC, Emily Noble, 26 ans, raconte les heures d’incertitude vécues à bord du vol EI402 d’Aer Lingus. Le 5 novembre, cet Airbus A320 reliant Dublin à Rome a été dérouté vers la base militaire d’Évreux, dans l’Eure, après une alerte à la bombe.

La passagère explique avoir d’abord été informée d’un problème technique, avant que le pilote n’évoque un problème de sécurité. Escorté par deux chasseurs français, l’appareil a atterri vers 10 heures. Les 151 passagers et les six membres d’équipage ont ensuite dû patienter à bord pendant environ deux heures et demie, le temps que les forces de sécurité inspectent l’avion, notamment à l’aide de chiens renifleurs.

Cet incident s’inscrit dans une vague d’alertes qui a visé au moins 21 appareils et plusieurs aéroports le 5 novembre, dans huit pays européens : l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la République tchèque, la France, l’Italie, la Pologne et la Roumanie. Au total, au moins 34 vols avaient été perturbés depuis lundi, selon un bilan publié le 5 novembre par le Guardian. Plusieurs compagnies, dont Finnair, Ryanair, LOT, Wizz Air et easyJet, ont été concernées. Des avions ont été escortés par des chasseurs, déroutés ou inspectés à leur arrivée. Aucun explosif n’a été découvert lors des inspections rapportées.

D’où viennent les menaces ? L’enquête est en cours.

Qui se cache derrière ces menaces ? Pour l’heure, les autorités n’ont pas identifié publiquement leurs auteurs ni établi de lien définitif entre tous les incidents. Le commissaire européen aux Transports, Apostolos Tzitzikostas, a déclaré : « Il est trop tôt pour tirer des conclusions sur le fait que les incidents signalés soient liés. Les enquêtes nationales sont toujours en cours. » Il a également rappelé que « toute menace contre des civils est inacceptable », en soulignant que la sécurité des citoyens demeurait une priorité.

Un élément attire néanmoins l’attention. À Rome, la société Aeroporti di Roma (ADR), qui gère les aéroports de la capitale italienne, a reçu des courriels menaçant plusieurs vols, dont ceux reliant Helsinki et Dublin à Rome. Selon l’AFP, l’un des messages affirmait : « L’explosion se produira dans 60 minutes. Aujourd’hui, votre ciel deviendra rouge. » Les courriels étaient signés au nom des « combattants du Male State », un mouvement ultranationaliste russe connu pour ses positions misogynes.

Cette signature ne constitue toutefois pas une preuve de responsabilité. Plusieurs scénarios restent possibles : des individus agissant seuls, des auteurs imitant les premières alertes ou une opération concertée visant à perturber les transports.

Une perturbation aux lourdes conséquences

Les fausses alertes ne sont pas nouvelles dans le transport aérien. « La plupart viennent de personnes qui trouvent cela amusant ou qui veulent retarder un vol pour une raison quelconque », explique Philip Baum, professeur invité spécialisé dans la sécurité aérienne à l’université de Coventry, au Guardian. Mais l’expert ajoute que le déroutement de certains appareils « laisse penser que les menaces sont crédibles et précises, et qu’il faut donc réagir en conséquence ».

C’est tout le paradoxe de ces incidents. Une menace peut être mensongère, mais les autorités ne peuvent pas prendre le risque de l’ignorer. Elles doivent évaluer le signalement, coordonner leur réponse avec la compagnie aérienne, organiser si nécessaire un déroutement, puis inspecter l’appareil et les bagages. Les passagers doivent parfois débarquer. Les équipages peuvent dépasser leurs horaires de service et les correspondances être manquées.

Le coût peut être considérable. Interrogé par ABC News, Philip Baum estime qu’une seule perturbation peut coûter jusqu’à 250 000 dollars à une compagnie, selon les circonstances. « Vous pouvez vous retrouver avec un équipage qui dépasse ses horaires de service. Vous pouvez avoir besoin d’un équipage de remplacement. Des passagers peuvent manquer leurs correspondances », explique-t-il. Au-delà des pertes financières, la répétition des alertes pose un problème de sécurité. Philip Baum avertit que si les autorités étaient amenées à réagir à chaque signalement non étayé, « les vols finiraient par être paralysés ».

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