L’urgence climatique oblige une décarbonation rapide de nos modes de production et de consommation. Si l’électrification bénéficie d’une notoriété évidente, un autre levier – pourtant majeur lui aussi, reste largement sous-exploité. En effet, la biomasse et en particulier la biomasse ligneuse, est encore absente des débats publics, bien qu’elle soit reconnue par les organismes clés en matière de transition écologique. Si cette dernière, n’est pas une solution unique et qu’il est nécessaire d’en hiérarchiser les usages, il devient urgent de lui donner un cadre et une place dans les débats, en tant que pilier indispensable de la transition écologique.
La biomasse ligneuse désigne la matière organique végétale riche en cellulose, hémicellulose et lignine. Elle provient du bois, de certains résidus agricoles mais aussi de plantes comme le miscanthus ou le bambou. Contrairement aux énergies fossiles, la biomasse recapture le carbone atmosphérique via la photosynthèse, sur des échelles de temps réduites. Ressource renouvelable au service de la bioéconomie émergente, elle permet de sortir progressivement de l’économie extractiviste qui utilise, elle, des ressources fossiles non renouvelables et accumulées sur des millions d’années.
Si l’électrification représente un levier central de la transition énergétique, elle ne sait répondre à l’ensemble des besoins, notamment dans des secteurs considérés comme difficiles à décarboner. La biomasse se pose alors comme une solution précieuse pour les secteurs tels celui de l’aviation, avec les biocarburants de seconde génération, de la construction, avec les biomatériaux ou de la biochimie avec les plastiques biosourcés.
Alors que la Stratégie Nationale Bas Carbone prévoit que la France puisse s’appuyer sur 400 TWh de biomasse d’ici 2050 pour atteindre ses objectifs climatiques, le potentiel annuel réel de biomasse forestière et agricole est estimé à environ 70 Mt de matière sèche. Cela correspond à une production d’énergie finale comprise entre 170 et 250 TWh, principalement sous forme de biocarburants, de biométhane ou via la combustion directe (source).
Il est donc essentiel d’anticiper les conflits d’usages pour opérer des choix stratégiques. D’abord en identifiant les besoins prioritaires, puis en étudiant les finalités et les usages, selon leur contribution à la neutralité carbone. Certains secteurs, comme celui de la construction, permettent via l’utilisation de matériaux biosourcés, une séquestration plus durable du carbone. Ces usages sont à privilégier par rapport aux usages plus éphémères, de biomasse énergie ou biocarburants.
Le rôle clé de l’agriculture pour l’essor de la filière
Dans ses scénarios prospectifs, l’ADEME estime que la mobilisation de la biomasse pour l’énergie ou les matériaux pourrait doubler d’ici 2050 sous condition d’évolution des pratiques agricoles et sylvicoles ainsi que de la répartition entre usages.
Or les forêts, ainsi que les flux de déchets et de résidus de l’UE, ne pourront fournir qu’une augmentation modeste de l’offre. Dépasser les 10 à 15 % d’approvisionnement supplémentaire entraînerait rapidement à des compromis majeurs en termes d’impacts environnementaux ou se heurterait à des contraintes pratiques et économiques. À cela s’ajoutent la baisse de la production de biomasse forestière en raison du dérèglement climatique et le temps long de la croissance des forêts.
Il est donc important de s’appuyer sur une ressource additionnelle et les agriculteurs ont ici un rôle majeur. Certes, cela suppose une mutation nécessaire du paysage agricole avec le développement de cultures dédiées à la biomasse. Sans venir concurrencer la production alimentaire, cette mutation entraînerait un remaniement profond du paysage agricole européen, mobilisant jusqu’à 30 millions d’hectares, soit environ 20 % des terres cultivées actuelles.
Voyons ici l’opportunité de renforcer la résilience économique des exploitations, si dépendantes des cours mondiaux. En diversifiant leurs cultures, les agriculteurs pourront miser sur le marché croissant de la biomasse comme opportunité de revenus complémentaires et pérennes.
La nécessité de structurer le cadre et d’impulser des dynamiques
Pour toutes ces raisons, il devient urgent de positionner la biomasse parmi les leviers clés de la transition écologique. Un engagement politique fort en sa faveur n’est plus une option.
Rendons d’abord plus lisible la stratégie nationale de la bioéconomie en y intégrant les enjeux de la filière biomasse : elle viendra structurer et fixer des indicateurs et objectifs.
Activons le levier de la subvention pour accélérer le développement de la filière, comme nous l’avons fait pour les marchés du photovoltaïque et de la méthanisation.
Fixons un cadre réglementaire cohérent et incisif qui prendra en compte les externalités négatives. Il permettra notamment de réguler les secteurs fortement émetteurs, et devra encourager les alternatives sobres en carbone.
Communiquons ! Pour que la bioéconomie devienne une priorité partagée, dont les enjeux et les bénéfices environnementaux, économiques et sociaux sont compris, il sera capital de développer une pédagogie adaptée à tous les publics.
Enfin, donnons aux agriculteurs une visibilité claire sur les débouchés, les volumes, les soutiens disponibles et leurs perspectives de revenus, pour leur donner envie de s’engager dans cette dynamique.
La biomasse est une ressource précieuse, encore trop invisible de la transition écologique. Il est temps de la reconnaître à sa juste valeur pour qu’elle puisse pleinement contribuer à un futur vivable.
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