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Ce nouvel outil d’IA vise à collaborer avec les réalisateurs, pas à les remplacer

Crédit photo : Unsplash

La relation entre Hollywood et l’intelligence artificielle est particulièrement tendue. De nombreux réalisateurs et professionnels du secteur rejettent corps et âme l’idée d’avoir recours à des IA pour la création d’un film et s’inquiètent de son utilisation pour remplacer pâlement la créativité humaine. En juin dernier, Disney et Universal ont d’ailleurs attaqué la société d’intelligence artificielle Midjourney pour infraction au droit de propriété intellectuelle.

De nombreuses entreprises d’IA tentent néanmoins de se frayer un chemin vers Hollywood, et c’est notamment le cas de Moonvalley, une start-up qui a publié il y a quelques mois un modèle vidéo professionnel dont le contenu est protégé par des licences.

Moonvalley a été fondée par des chercheurs de DeepMind et entretient des liens étroits avec l’industrie du cinéma : l’entreprise possède en effet le studio d’IA Asteria Film Co., cofondé cette année par Natasha Lyonne (actrice et réalisatrice) et Bryn Mooser (réalisateur). Asteria a donc pu conseiller Moonvalley au sujet du développement de son modèle d’IA, intitulé Marey, qui est aujourd’hui disponible sur abonnement pour des tarifs allant de 14,99 $, 34,99 $ à 149,99 $ par mois.

Marey pourrait ainsi devenir le principal point de contact entre l’IA et Hollywood, l’outil étant développé avec l’approbation de réalisateurs et entraîné avec du contenu sous licence. Cela permet théoriquement aux studios d’éviter tout problème éthique et tout procès pour violation des droits d’auteur comme le secteur de l’IA en connaît par légions.

Naeem Talukdar, PDG et cofondateur de Moonvalley, a expliqué à TIME : « Nous devons nous assurer que nous concevons ces outils de la manière appropriée : en travaillant avec le réalisateur et l’artiste au cœur du projet, plutôt qu’en automatisant leur rôle ».

À ce jour, Moonvalley a levé plus de 100 millions de dollars d’investisseurs, dont Khosla Ventures et Bessemer Venture Partners. D’ailleurs, Asteria utilise déjà Marey pour produire un nouveau documentaire sur Carl Sagan, afin de restaurer et d’ajuster des séquences. Naeem Talukdar précise aussi que plus d’une dizaine de « grands studios » réalisent actuellement des tests de Marey sur des programmes pilotes, et que c’est aussi le cas de grandes entreprises de publicité.

Pour aller dans les détails, la plupart des modèles vidéo d’IA fonctionnent sur la base d’un système de boîte noire : vous saisissez un prompt et l’outil génère une scène. Mais si vous essayez d’ajuster le moindre détail, tout le reste peut bouger, ce qui complique le travail lorsque l’on veut garder le contrôle sur tout ce qui a été filmé.

Naeem Talukdar ajoute : « Si vous êtes un studio indépendant qui ne possède pas de grande infrastructure, vous pouvez désormais créer et modifier des scènes de façon très granulaire, même dans un petit espace ».

Tout le contenu qui sert à l’entraînement du modèle est protégé par des licences, et selon Naeem Talukdar, environ 80 % proviennent d’un groupe de réalisateurs indépendants et d’agences qui ont accumulé des bobines B-roll au fil des années. Cette approche implique que Marey est entraîné sur environ 5 fois moins de données que ses concurrents, comme Veo 3 de Google. Naeem Talukdar assure toutefois que Moonvalley compense ce chiffre par une meilleure technologie, développée par des anciens de DeepMind, de Meta et d’autres entreprises renommées.

Certes, de nombreux réalisateurs hollywoodiens voient en l’IA une antithèse au processus créatif. Cet argument était d’ailleurs central lors des grèves d’Hollywood en 2023, de nombreux grévistes exprimant leur inquiétude quant à la disparition de leur emploi au profit de l’automatisation. Naeem Talukdar estime quant à lui que les outils d’IA vont en réalité créer de nouveaux emplois et permettront aux studios d’augmenter leur budget plutôt que de le réduire.

Le PDG poursuit : « On dit souvent que plutôt que de dépenser 50 millions de dollars pour un film, on peut aujourd’hui faire la même chose pour 5 millions. Et c’est en partie vrai. Mais une autre manière d’aborder le problème (et qui est commune à tous les studios avec qui nous collaborons), est qu’aujourd’hui, pour 50 millions de dollars et avec 100 personnes, on pourra faire ce qui aurait coûté 100 millions auparavant. Le même effectif produira plus de contenu, et de meilleure qualité ».

Parmi ses soutiens dans le secteur, Marey peut compter sur Ángel Manuel Soto, réalisateur entre autres de Blue Beetle. Dans un e-mail au TIME, il explique : « Je pense que Moonvalley et Asteria ont entendu les inquiétudes des artistes au sujet d’une IA éthique, et ce qu’ils ont mis au point avec Marey est une vraie avancée. Marey est le premier exemple d’IA générative qui propose ce que l’on veut vraiment : une manière d’aller plus vite, de façon responsable et avec moins de moyens, tout en assurant les arrières des personnes qui donnent à cette industrie son caractère humain ».

De nombreux réalisateurs restent toutefois sceptiques quant à cette logique et craignent qu’il ne s’agisse que d’une publicité mensongère. Raphael Bob-Waksberg, créateur et show runner de BoJack Horseman, a déclaré l’an dernier au think tank Brookings : « Quand on regarde l’application plus générale de ces technologies, les entreprises et les studios ne veulent jamais les utiliser pour permettre aux artistes de faire plus de choses avec le même budget. Au contraire, ils veulent réduire les coûts, supprimer les artistes de l’équation, payer moins les gens et utiliser ces technologies d’une façon qui n’améliore pas la qualité du travail produit ».

 

 

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