Ads

Édition française du magazine TIME – Abonnement 1 an 4 n°, 41 € (économisez 10%)

Lara Gervaise veut faire progresser le dépistage médical grâce à la voix

À l’occasion de son prix Technologie aux European Women in STEM Awards 2026, organisés en partenariat avec TIME France, Lara Gervaise revient sur les ambitions de Virtuosis AI et sur la place des femmes dans l’ingénierie.

La première édition des European Women in STEM Awards s’est tenue le 22 octobre 2026 au Work Palace, à Paris. Organisée par Women in STEM Europe, présidée par Angélique Gérard, en partenariat avec TIME France, la cérémonie a distingué sept lauréates pour leurs parcours dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques.

Parmi elles, Lara Gervaise a reçu le prix Technologie pour Virtuosis AI, qu’elle a cofondée. L’entreprise développe une intelligence artificielle qui analyse les caractéristiques acoustiques de la voix pour rechercher des signes associés à différents problèmes de santé. Elle présente cette technologie comme un outil d’appui aux professionnels de santé, dont les résultats ne remplacent pas une évaluation clinique. Nous avons échangé avec l’ingénieure sur les perspectives de ces biomarqueurs vocaux et sur la visibilité des femmes dans son secteur.

Avec Virtuosis AI, vous cherchez à repérer des signes de maladie dans la voix. Comment vous est venue cette idée ?

Pendant ma thèse, je cherchais à rendre objectif quelque chose de très subjectif : l’état psychologique. En entraînant des modèles d’intelligence artificielle à prédire l’état psychologique de personnes, j’ai découvert que les caractéristiques acoustiques de la voix étaient particulièrement prédictives, davantage que les expressions faciales, le langage corporel ou les mots. J’ai ensuite découvert que des recherches existaient depuis des décennies sur le sujet. C’est ainsi que je me suis progressivement orientée vers la santé.

Comment fonctionne concrètement votre technologie ?

Nous avons besoin d’environ 30 secondes d’enregistrement vocal, réalisables avec n’importe quel micro. Nous analysons ensuite des caractéristiques acoustiques, comme la hauteur du ton et les variations des pauses. Un modèle entraîné sur de nombreuses données estime alors la probabilité de signes associés à différents états de santé. Pour les professionnels, nous fournissons également des indicateurs acoustiques qui permettent de comprendre les résultats, plutôt que de donner simplement un score opaque.

Que pourrait-elle changer pour les patients ?

L’enjeu, c’est vraiment le dépistage précoce des maladies.

L’enjeu, c’est vraiment le dépistage précoce des maladies. Pour la dépression, une prise en charge rapide peut faciliter le rétablissement. […] La voix peut aussi aider les médecins à suivre objectivement l’évolution d’une maladie et la réponse aux traitements. Virtuosis AI fournit notamment un score de sévérité, comparable aux échelles d’évaluation que les médecins utilisent déjà.

Où en est Virtuosis AI aujourd’hui ? Quelles étapes vous reste-t-il à franchir avant un déploiement à grande échelle ?

La technologie est notamment déployée en France, en Suisse et en Allemagne. Nous travaillons encore à valider nos modèles dans différentes langues, car celles-ci influencent les caractéristiques acoustiques. Nous développons aussi l’analyse de nouveaux états de santé : l’objectif est de pouvoir détecter 25 états de santé différents à partir d’un seul enregistrement.

En France, une centaine d’aides-soignants à domicile utilisent déjà notre technologie dans le cadre d’études consacrées à la détresse psychologique des personnes âgées vivant seules. Nous visons un déploiement à l’échelle nationale de cette initiative, soutenue par le ministère de la Santé.

D’où vous vient cette passion pour l’ingénierie ?

J’ai longtemps hésité entre la médecine et l’ingénierie. Mais je remarquais que les femmes scientifiques autour de moi s’orientaient davantage vers la médecine, tandis que les hommes choisissaient l’ingénierie. Je n’avais pas envie de choisir la médecine simplement parce que c’était la voie vers laquelle les femmes étaient davantage orientées. Cela m’a confortée dans mon envie de prendre une autre direction. Mes parents, qui sont tous deux ingénieurs, m’ont probablement aussi transmis cet intérêt. Enfant, je demandais même des robots pour Noël !

Quel a été le plus grand obstacle dans le développement de votre projet ?

Ne pas être prise au sérieux, notamment parce que j’étais jeune et une femme, a parfois été frustrant.

Ne pas être prise au sérieux, notamment parce que j’étais jeune et une femme, a parfois été frustrant. Il y a aussi les difficultés propres à l’entrepreneuriat : construire une entreprise ambitieuse avec peu de ressources demande énormément de travail. Nous avons choisi de préserver notre indépendance pour rester fidèles à notre objectif : développer une technologie utile à la santé.

Vous souvenez-vous d’un moment où vous vous êtes dit que votre projet pouvait vraiment aboutir ?

Il n’y a pas eu de déclic précis. Il y a deux ans, je me demandais encore si des utilisateurs seraient intéressés. Puis, j’ai réalisé que nous recevions davantage de demandes que nous ne pouvions en satisfaire. Cela m’a permis de prendre du recul et de mesurer le chemin parcouru.

Vous venez de remporter le prix Technologie des European Women in STEM Awards. Que représente cette reconnaissance pour vous et pour la suite de votre projet ?

Je suis très honorée. Avec cette visibilité, j’ai le sentiment d’avoir une mission : montrer l’exemple et encourager d’autres femmes à choisir cette voie. Je n’ai pas forcément eu de modèles féminins auxquels m’identifier, notamment parce que les femmes ont tendance à être plus discrètes et à moins prendre la parole. Je pense que rendre ces parcours plus visibles peut aider à changer les choses.

Avez-vous déjà eu le sentiment de devoir davantage faire vos preuves parce que vous êtes une femme ?

Être une femme dans la technologie n’est pas neutre. J’ai reçu quelques remarques, comme : « Il faudrait plutôt recruter un vrai ingénieur. » Mais le fait d’être jeune a également joué. En parallèle, j’ai bénéficié d’une certaine visibilité et rencontré des personnes très bienveillantes, notamment parce que je suis une femme. Ce n’est donc pas neutre dans les deux sens. Je suis reconnaissante de ce soutien, même si les difficultés restent réelles.

En France, les femmes représentaient 31 % des chercheurs en 2023. Comment expliquer cette sous-représentation ?

Une trentaine de pour cent, c’est déjà beaucoup par rapport à certains domaines ! Quand j’étais étudiante, nous étions seulement 4 % de femmes. Mais je pense qu’il y a de nombreuses raisons à cette sous-représentation, notamment la place historique des femmes. Elles ont longtemps été moins encouragées à se tourner vers les sciences et les carrières ambitieuses. Le manque de modèles féminins rend aussi plus difficile la projection dans ces métiers. Il faut donc rendre davantage visibles celles qui réussissent.

Avez-vous un conseil pour les jeunes filles qui voudraient se lancer dans cette filière ?

Faites-vous confiance, osez prendre une autre direction et rapprochez-vous des personnes qui vous soutiennent.

Osez et ne vous laissez pas influencer par certaines personnes. Je me souviens qu’en troisième, comme je voulais intégrer Polytechnique, mon professeur de mathématiques m’avait dit : « Non, mais vous savez, ils n’acceptent pas les femmes, c’est réservé aux hommes. » Il était resté quelques décennies en arrière ! Alors, n’écoutez pas les personnes qui essaient de vous orienter dans la direction qu’elles souhaitent pour vous. Faites-vous confiance, osez prendre une autre direction et rapprochez-vous des personnes qui vous soutiennent.

Quelle avancée aimeriez-vous accomplir dans les prochaines années ?

Mon rêve est de démocratiser cette technologie des biomarqueurs vocaux. Aujourd’hui, elle constitue une aide au diagnostic ; je voudrais qu’elle puisse, avec davantage de validation scientifique, contribuer directement au diagnostic. À terme, un simple enregistrement pourrait permettre un dépistage ou un suivi régulier, sans nécessairement avoir à se déplacer chez le médecin. Celui-ci pourrait alors se concentrer davantage sur les soins.

Partagez cet article : 

PEOPLE

Mylène Farmer  au 78e Festival de Cannes au Palais des Festivals le 15 mai 2025 (Crédits :  Laurent KOFFEL/Getty Images)

Mylène Farmer

Crédits: Grant Thomas

Angèle

FOR PRINT MOSUKE46557

Mory Sacko

Bérengère Krief.

Bérengère Krief

Niels Schneider. (Crédits: Nicolas Valois, Charlotte Studio)

Niels Schneider

Céline Dion. ( Crédits: Roy Rochlin via WireImage)

Céline Dion

Isabelle Adjani. (Crédits: Stéphane Feugère)

Isabelle Adjani

George Clooney assiste à la cérémonie des « Albies », organisée par la Fondation Clooney pour la justice, à la Bibliothèque publique de New York, le 28 septembre 2023, à New York. (Photo : Gotham/FilmMagic)

George Clooney