Cet été encore, les évènements climatiques extrêmes ont frappé de nombreux pays avec une intensité particulière : canicules, sécheresses, tensions sur la ressource en eau, pluies intenses et incendies majeurs. Au-delà des images et des pertes humaines, ces phénomènes ne relèvent plus d’un risque lointain : ils transforment déjà profondément nos territoires et nos conditions de vie. Chaque fraction de degré supplémentaire en accroît l’intensité et la fréquence. Adapter nos villes, nos infrastructures et nos modes d’aménagement devient dès lors une urgence.
Dans les 50 pays où Colas opère, nous constatons chaque jour combien infrastructures, villes et populations sont en première ligne. Excès ou pénuries d’eau, recul du trait de côte, îlots de chaleur urbains ou événements extrêmes constituent désormais des défis récurrents pour les collectivités et les gestionnaires d’infrastructures.
Pendant trop longtemps, l’adaptation a été reléguée au second plan des politiques climatiques. Elle est pourtant indissociable de l’atténuation. Si cette dernière vise à limiter l’ampleur du changement climatique, l’adaptation répond à ses effets déjà visibles et à ceux qui sont désormais inévitables.
Cette prise de conscience progresse dans les politiques publiques comme dans les stratégies d’investissement. Singapour a, par exemple, fait de la résilience un véritable projet de développement. Confrontée à la montée du niveau de la mer, aux fortes chaleurs et à la pression sur la ressource en eau, la cité-État investit massivement dans l’adaptation de ses infrastructures, la gestion de l’eau, les solutions fondées sur la nature et l’innovation. Une conviction s’en dégage : investir aujourd’hui dans la résilience coûtera moins cher que réparer demain les dommages causés par le dérèglement climatique. À titre d’illustration, l’organisation internationale CDP1 estime à près de 600 milliards de dollars d’ici à 2050 les impacts financiers potentiels liés aux risques sur l’eau, contre environ 100 milliards nécessaires pour les atténuer.
Les acteurs des infrastructures ont, dans ce contexte, une responsabilité nouvelle : aider les territoires à se préparer, à s’adapter et à se transformer. Cette responsabilité commence naturellement par l’adaptation de nos propres activités et de la protection de nos équipes. Mais elle va au-delà. Elle consiste également à mettre nos savoir-faire au service de territoires capables de mieux résister aux chocs climatiques et de préserver le fonctionnement de leurs infrastructures essentielles.
Cette action doit s’inscrire dans deux temporalités complémentaires. À court terme, nous devons pouvoir intervenir rapidement pour limiter les conséquences des crises et préserver les infrastructures essentielles. Sur l’île d’Oléron, sur la côte atlantique française, le recul du trait de côte menaçait ainsi le fonctionnement d’une station d’épuration. Des dispositifs de protection ont été installés sur près de 600 mètres de littoral, avec des gabions remplis de pierres naturelles capables d’absorber l’énergie des vagues et de ralentir l’érosion. Cette réponse immédiate prépare aussi le temps long, avec la relocalisation d’installations d’épuration conçues pour s’adapter durablement à la montée du niveau de la mer. Cet exemple illustre la nécessité d’articuler protection à court terme et transformation structurelle.
À moyen et long terme, nous devons concevoir différemment nos infrastructures et nos espaces urbains. Cela suppose de mieux intégrer l’eau, les sols et les écosystèmes dans les choix d’aménagement, mais aussi d’adapter les méthodes de construction et les dispositifs d’entretien aux nouvelles réalités climatiques.
Nous devons désormais changer d’échelle. La résilience ne peut plus être traitée projet par projet. Elle doit être intégrée en amont des politiques d’aménagement, des choix d’investissement et de la conception des infrastructures. Une telle transformation suppose une vision de long terme et une coopération étroite entre acteurs publics, entreprises, investisseurs et citoyens.
Elle impose aussi de repenser les modèles de financement. Investir dans une infrastructure plus résiliente peut représenter un coût supplémentaire à court terme, mais constitue une protection économique et sociale sur le long terme.
La résilience repose enfin sur les compétences. Nos équipes sont régulièrement sensibilisées et formées aux enjeux climatiques afin que cette exigence irrigue durablement nos métiers et nos pratiques. Car la résilience ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, par la connaissance, l’innovation et l’action sur le terrain.
J’en suis convaincu : la résilience climatique dépasse désormais la seule gestion des risques. Elle devient un levier de transformation de nos modèles d’aménagement et de développement.
Agir sur le carbone, l’eau, les sols et la biodiversité, c’est construire des territoires plus robustes, plus attractifs et mieux préparés aux chocs futurs. Notre capacité collective à anticiper et à nous adapter devient ainsi un enjeu de compétitivité, de cohésion sociale et de qualité de vie. Plus qu’une réponse au changement climatique, la résilience est désormais une condition de la pérennité de nos territoires et des infrastructures qui les font vivre.
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