Ads

Édition française du magazine TIME – Abonnement 1 an 4 n°, 41 € (économisez 10%)

Climat : le seuil de 1,5 °C sera dépassé, mais tout n’est pas perdu

Des sols craquelés en Espagne. (Crédits: Felipe Rodriguez/VW Pics/Universal Images Group via Getty Images)
Dans un rapport publié ce 2 septembre, le PNUE acte le dépassement désormais inévitable du seuil de 1,5 °C fixé par l’accord de Paris. L’agence dessine une trajectoire de retour sous ce seuil d’ici à la fin du siècle, à condition d’agir vite.

Quelques dixièmes de degré. C’est peu en apparence, mais cela suffit à aggraver considérablement les conséquences du réchauffement climatique. Ce 2 septembre, le Programme des Nations unies pour l’environnement a posé un constat sans ambiguïté : le seuil de 1,5 °C, pierre angulaire de l’accord de Paris, sera franchi. Pas dans un scénario pessimiste, mais bien dans les faits. L’agence onusienne ne s’arrête pas là. Elle ouvre un chantier resté tabou jusqu’ici : que faire une fois la ligne dépassée ? Son rapport, baptisé Limiting Overshoot, décrit une trajectoire en trois actes – dépassement, pic, puis décrue – et soutient qu’un retour sous 1,5 °C demeure possible avant la fin du siècle. À condition d’agir vite et fort.

Le chiffre a longtemps fonctionné comme une ligne rouge quasi mythique. Près de 200 pays s’étaient engagés, à Paris en 2015, à contenir l’élévation de la température moyenne mondiale nettement en dessous de 2 °C et à poursuivre leurs efforts pour la limiter à 1,5 °C. Sur une année entière, ce dernier seuil a pourtant déjà été dépassé en 2024, l’année la plus chaude jamais mesurée. À l’échelle de plusieurs décennies, celle à laquelle s’évalue l’objectif de l’accord de Paris, son franchissement est désormais attendu dans les prochaines années.

Un basculement, pas une capitulation

Face à ce constat, le PNUE refuse le mot d’échec. Sa directrice exécutive, Inger Andersen, insiste : « Chaque fraction de degré évitée, chaque année de dépassement raccourcie et chaque mesure d’adaptation prise sauveront des vies, protégeront les écosystèmes et réduiront les pertes économiques. » Dans le meilleur des scénarios envisagés par les auteurs, le pic de réchauffement pourrait être contenu autour de 1,8 °C avant d’entamer sa descente. Avec les politiques actuellement menées, le réchauffement devrait toutefois atteindre au moins 2,3 °C.

« L’enjeu n’est plus d’éviter le dépassement, mais de le gérer. »

La nuance compte, mais elle ne doit rien cacher. Un réchauffement prolongé au-dessus de 1,5 °C rapproche mécaniquement la planète de plusieurs points de bascule : fonte accélérée des calottes glaciaires, effondrement des récifs coralliens tropicaux et multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes. Plus le pic sera haut, plus la note sera salée. Plus le dépassement durera, plus les risques de changements irréversibles augmenteront.

Côté scientifique, le changement de posture est assumé. Richard Betts, coauteur du rapport et professeur à l’université d’Exeter, résume la bascule intellectuelle en cours : « L’enjeu n’est plus d’éviter le dépassement, mais de le gérer. C’est un rappel à la réalité : nous devons vivre avec ce monde plus chaud, mais nous pouvons encore faire beaucoup pour limiter le réchauffement. » Sa collègue Debra Roberts va plus loin : « Nous devons désormais reconfigurer notre gouvernance climatique autour d’une trajectoire de dépassement. Aucun de nos plans n’y est préparé. »

Retour sous la barre : à quel prix ?

Redescendre sous 1,5 °C d’ici à 2100 suppose un outil que le rapport assume pleinement : l’élimination massive du dioxyde de carbone déjà présent dans l’atmosphère. Concrètement, il faudra que l’humanité retire de l’air davantage de CO2 qu’elle n’en émet. La neutralité carbone, longtemps présentée comme un horizon final, ne serait alors qu’une étape intermédiaire avant un basculement vers des émissions nettes négatives. Le PNUE mise sur un cocktail de solutions naturelles – reforestation, restauration des sols et des zones humides – combinées à des technologies de captage encore balbutiantes. L’agence elle-même reconnaît leur fragilité : leur capacité à fonctionner de façon fiable à très grande échelle reste incertaine.

Cette dépendance à des technologies immatures irrite une partie du monde associatif, qui redoute qu’elle serve d’alibi à l’inaction immédiate. Lili Fuhr, directrice du programme sur l’économie fossile au Centre pour le droit international de l’environnement, résume la critique :

« Le seul moyen de réduire au minimum les dommages est de diminuer les émissions dès maintenant, et non de retarder l’action en misant sur des solutions technologiques spéculatives. »

Le climatologue Bill Hare, directeur général de Climate Analytics, redoute quant à lui que les lacunes du rapport ne le transforment « en un appel à l’apathie plutôt qu’en un appel aux armes ».

Du côté de Greenpeace, le ton se veut plus mesuré. Jasper Inventor, directeur adjoint des programmes de Greenpeace International, admet que ce basculement politique et symbolique fait mal, mais refuse d’y voir une raison d’abandonner l’objectif de 1,5 °C : « C’est un moment déchirant, mais le dépassement n’est pas une raison pour renoncer et abandonner l’objectif de 1,5 °C. » Une chose au moins fait consensus, jusque dans les rangs des détracteurs du rapport : même si le thermomètre finit par redescendre, il n’effacera pas les dégâts accumulés pendant la période de dépassement. Sécheresses, inondations, pertes agricoles, déplacements de populations : les dommages, eux, ne s’effaceront pas.

Partagez cet article : 

PEOPLE

Bérengère Krief.

Bérengère Krief

Niels Schneider. (Crédits: Nicolas Valois, Charlotte Studio)

Niels Schneider

Céline Dion. ( Crédits: Roy Rochlin via WireImage)

Céline Dion

Isabelle Adjani. (Crédits: Stéphane Feugère)

Isabelle Adjani

George Clooney assiste à la cérémonie des « Albies », organisée par la Fondation Clooney pour la justice, à la Bibliothèque publique de New York, le 28 septembre 2023, à New York. (Photo : Gotham/FilmMagic)

George Clooney

Bonnie Tyler. (Crédits: Aldara Zarraoa/Redferns)

Bonnie Tyler

Jeudi 11 juin, David Guetta a performé au Stade de France, un accomplissement qu’il considère comme « le moment le plus important de [sa] vie ». (Photo by Kristy Sparow/Getty Images)

David Guetta

L'acteur John Travolta, connu pour son rôle dans Pulp Fiction sera présent sur la Croisette pour présenter son premier long-métrage. (Crédit@ Amanda Edwards/[Getty Images pour ABA])

John Travolta