À l’heure où la guerre au Moyen-Orient révèle les failles et la fragilité des économies modernes, The Shift Project présente, ce mardi 14 avril, le premier volet de son nouveau plan « robuste » de décarbonation de la France.

Quatre ans après son Plan de transformation de l’économie française, publié en 2022, The Shift Project revient en force. Le groupe de réflexion présidé par Jean-Marc Jancovici dévoile, ce mardi 14 avril, le premier volet de son « Plan robuste pour l’économie française » (PREF), au sein duquel sont listés vingt chantiers nécessaires pour réussir la transition énergétique du pays.

Tandis que la baisse des émissions de gaz à effet de serre ralentit en France (-1,6 % entre 2024 et 2025 selon une estimation datant de janvier dernier effectuée par le Citepa, chargé de l’inventaire national des émissions), malgré les objectifs de neutralité carbone d’ici 2050, The Shift Project veut marquer les esprits… et alimenter les débats en vue de la prochaine élection présidentielle. « Cette initiative poursuit un objectif clair : donner à la France les moyens de faire face aux crises énergétiques et climatiques et de reprendre son avenir en main », précise le groupe de réflexion, dont le plan robuste découle d’un consortium de dizaines de milliers de professionnels, de donateurs et des membres du Shift project.

Les clés pour sortir des énergies fossiles

« Il y a 20 chantiers incontournables si on veut réussir la décarbonation de la France et il y a un certain nombre de conditions à aligner pour la réussir », a présenté, au cours d’une conférence de presse, Clément Caudron, chef de projet Stratégie de transition robuste à The Shift Project. Ces programmes prioritaires sont répartis dans un ensemble de six catégories : transports, logement, numérique, industrie, agriculture et énergie.

Au sein de ces diverses rubriques sont listées toute une variété de mesures, parmi lesquelles le déploiement du vélo et de la voiture électrique, l’extension des transports en commun, la rénovation des habitations, le déploiement des pompes à chaleur ou encore la maîtrise du déploiement des centres de données. The Shift Project défend, pour le milieu agricole, la transformation des systèmes d’élevage en réduisant les cheptels bovins ainsi que le développement des puits de carbone naturels, agricoles et forestiers.

Le domaine énergétique fait aussi l’objet de plusieurs recommandations, dont la prolongation et l’extension du parc nucléaire actuel, jugé décisif pour l’électrification de la France. The Shift Project, à rebours de sa position il y a encore quelques années, soutient désormais pleinement le déploiement du photovoltaïque, de l’éolien terrestre et maritime.

Chacun des vingt chantiers du groupe de réflexion a été pensé selon trois trajectoires d’accomplissement différentes : réussite haute, intermédiaire et basse. « Cette approche permet de cartographier les futurs énergétiques possibles pour la France et d’identifier les actions les plus efficaces pour sécuriser la décarbonation », précise The Shift Project, qui prône également la réduction du trafic aérien et l’augmentation de la production d’acier et d’hydrogène bas carbone dans l’industrie.

Les leçons tirées des crises successives

L’invasion russe en Ukraine, la guerre douanière enclenchée par Donald Trump, l’offensive américaine au Venezuela, les menaces d’annexion du Groenland ou encore la guerre au Moyen-Orient soulignent, aux yeux de The Shift Project, la nécessité de soutenir la transition énergétique. Le conflit initié par les forces israélo-américaines en Iran, depuis fin février dernier, couplé à la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, « va accélérer une décrue de la consommation des énergies fossiles », affirme Jean-Marc Jancovici, dans un entretien au Monde. « Donald Trump rend un grand service à la transition énergétique, à son corps défendant ! », se réjouit le président du groupe de réflexion.

Alors que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) fait état de « la plus importante crise énergétique de l’histoire » en raison de la difficulté notoire d’approvisionnement en pétrole et en gaz naturel, le gouvernement français a récemment promis, par la voix de Sébastien Lecornu, de tirer les « leçons ». Le Premier ministre, poussé par l’ambition d’améliorer la souveraineté de la France, entend bien électrifier le pays suite à la guerre au Moyen-Orient, qui « n’est pas la nôtre » mais qui « nous affecte très directement ».

« D’ici à 2030, le soutien à l’électrification de notre pays sera multiplié par deux », en passant de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an, a promis Sébastien Lecornu lors d’un discours prononcé vendredi 10 avril. Un « choix fort », selon le Premier ministre, qui veut « agir vite », à l’heure où 60 % de la consommation de l’énergie tricolore reste d’origine fossile. « Il faut être prêt. Être prêt, c’est anticiper davantage les prochaines crises. Notre responsabilité, c’est agir là où c’est utile », a-t-il prononcé depuis Matignon.

Ce plan d’électrification comprend, entre autres, l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs dès fin 2026, ainsi que l’électrification de deux millions de logements sociaux d’ici à 2050. Sébastien Lecornu ambitionne enfin une proportion de vente de deux véhicules électriques sur trois à horizon 2030. La part de marché de l’électrique tricolore atteint désormais 20 % en 2025, avec 327 000 nouvelles immatriculations, contre 16,6 % l’année précédente.

The Shift Project prévoit d’autres rapports

Dans le cas où les vingt chantiers suivent la trajectoire « réussite haute », le scénario de la neutralité carbone en 2050 deviendra, selon The Shift Project, une réalité. Le groupe de réflexion de Jean-Marc Jancovici, qui publie son plan robuste à un an de la prochaine élection présidentielle, entend bien influencer les débats politiques pour les campagnes à venir. « Ce travail collectif et inédit par son ampleur poursuit un objectif clair : donner à la France les moyens de faire face aux crises énergétiques et climatiques et de reprendre son avenir en main », précise The Shift Project.

Le think tank n’est pas en reste et prévoit, très prochainement, de publier d’autres rapports plus sectoriels, sur l’industrie, la santé, le fret ou encore l’emploi. Le Plan robuste se présente aujourd’hui comme le premier socle d’un livre sur le sujet, Réussir à l’ère des crises : le Plan robuste pour l’économie française, prévu pour paraître en octobre prochain.