L’épisode caniculaire historique de juin 2026 produit des conséquences de plus en plus lourdes, avec un bilan provisoire de mortalité revu à la hausse et plusieurs incendies qui mobilisent les secours dans le sud de la France.

La canicule de juin 2026 a reflué depuis le début du mois de juillet, mais ce chapitre est-il réellement clos ? La question se pose alors que la France se trouve de plus en plus confrontée aux conséquences de cette vague de chaleur historique, qui a déferlé sur une large partie de son territoire. Si un court répit de relative fraîcheur a gagné l’Hexagone depuis le début du mois de juillet, le contrecoup des fortes températures se fait clairement sentir, que ce soit à travers les nombreux feux de forêt qui touchent le sud du pays ou le bilan provisoire de surmortalité, déjà revu à la hausse.

Plus intenses que la canicule d’août 2003 selon Météo-France, les fortes chaleurs du mois de juin se sont accompagnées, selon des données encore partielles, de 2 025 décès supplémentaires toutes causes confondues sur la semaine du 22 au 28 juin. Inégale selon les régions, la hausse de la mortalité ne sera estimée plus précisément que dans quelques semaines, explique Santé publique France, tandis que le gouvernement appréhende une aggravation du bilan au vu du nouvel épisode de fortes chaleurs attendu dans les prochains jours. En parallèle des dégâts humains, les milieux naturels pâtissent également des fortes chaleurs, sources d’« épisodes de feux de forêt assez violents et prématurés », selon le Premier ministre.

Une hausse de 29,1 % des décès pendant la canicule

Le bilan provisoire reste, à ce stade, inférieur à celui de la canicule de 2003, mais il demeure particulièrement inquiétant. D’après le dernier point de situation de Santé publique France, publié le 3 juillet, la semaine du 22 au 28 juin 2026 a enregistré 8 973 décès tous âges et toutes causes confondues, contre 6 948 lors de la semaine du 15 au 21 juin. Les fortes chaleurs de juin se traduisent ainsi, selon ce bilan provisoire, par une hausse de 29,1 %, soit 2 025 décès supplémentaires. Les chiffres sont amenés à augmenter dans les jours à venir, SPF n’ayant pris en compte que les certificats de décès électroniques, qui couvrent habituellement environ 60 % de la mortalité nationale. « Ces chiffres vont évoluer de façon certaine », regrette la ministre de la Santé Stéphanie Rist, invitée sur TF1 ce 3 juillet.

Le point de situation de SPF observe une élévation de la mortalité chez les personnes âgées de 45 ans ou plus, avec une hausse particulièrement marquée à domicile (+91 %). Bien que les données nécessitent d’être consolidées, la hausse apparaît moins forte dans les EHPAD (+37 %) et dans les établissements de santé (+19,7 %). Ce constat « montre l’importance de la solitude dans ce type d’épisodes », constate Stéphanie Rist, qui attend l’arrivée de 6 000 à 10 000 appareils climatiseurs dès ce week-end pour les hôpitaux. La mortalité s’avère tout autant inégale à travers les différentes régions de France, s’élevant par exemple à +62,8 % en Île-de-France contre +28,1 % en Nouvelle-Aquitaine. Au-delà du centre parisien, SPF constate une hausse particulièrement visible dans les Pays de la Loire (+62 %), en Normandie (+53,1 %), dans le Centre-Val de Loire (+47,3 %), en Bretagne (+36 %) et dans les Hauts-de-France (+27,7 %).

Le bilan humain de la canicule de juin n’a pas manqué de s’imposer sur le terrain politique, l’opposition dénonçant farouchement l’« impréparation » du gouvernement, accusé d’avoir minoré la gravité des fortes chaleurs.

« Les morts, vous les avez sur la conscience, la politique que vous menez est une politique inégalitaire ! », s’est écriée la présidente du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, depuis les bancs du Palais-Bourbon.

Rejoints par La France Insoumise, les Écologistes ont décidé de déposer une motion de censure contre le Premier ministre Sébastien Lecornu, lequel répète à l’envi que l’État « tient face à chaque crise » et que les gouvernements successifs « ont tous, à leur mesure, fait quelque chose contre le réchauffement climatique ».

Chaque été, les fortes chaleurs entraînent une surmortalité importante, si bien que près de 33 000 décès sont attribuables à la chaleur sur les périodes estivales de 2014 à 2022, selon SPF. En 2025, environ 5 700 décès avaient été liés aux fortes températures. Quand bien même l’épisode caniculaire de juin 2026 est présenté comme plus intense que celui de 2003, lequel avait occasionné environ 15 000 décès en France, le bilan sanitaire de cette année devrait rester nettement inférieur.

« On a progressé sur plein de choses », assure le directeur de l’AP-HP Nicolas Revel sur France 2, qui estime toutefois le bilan de cette année 2026 « probablement supérieur à celui de 2025 ».

Six départements en danger très élevé d’incendie

À côté des hôpitaux, les pompiers aussi se placent en première ligne du contrecoup de la canicule. Plusieurs départs de feu ont eu lieu depuis le 1er juillet dans le sud de la France. Les départements des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, de l’Hérault, du Gard, du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône sont tous les six placés en danger très élevé, signalé en rouge par la Météo des forêts de Météo-France.

Un an après le méga-incendie du massif des Corbières, qui avait parcouru plus de 17 000 hectares, le sud de la France est de nouveau touché par un important incendie, parti mercredi après-midi dans l’Hérault. Ayant consumé environ 900 hectares de végétation basse et sèche, l’incendie a rapidement débordé sur l’Aude en raison de conditions climatiques défavorables, entre intense sécheresse et importantes rafales de vent. Toujours « pas fixé » mais « stabilisé » selon la préfecture de l’Aude, l’incendie est combattu par plusieurs centaines de pompiers et des gendarmes, aidés par des renforts du Tarn. Jeudi soir, quatre Canadairs, deux avions Dash et un hélicoptère bombardier d’eau étaient mobilisés sur place.

« Quelques foyers résiduels restent sous surveillance. Les conditions météorologiques sont moins défavorables aujourd’hui, avec des rafales de vent moins violentes et un taux d’humidité plus élevé », précisait la préfecture dans la matinée du 3 juillet.

À Marseille, le Premier ministre Sébastien Lecornu présidait ce jeudi 2 juillet un nouveau comité interministériel de crise sur la canicule et les feux. « Il faut bien reconnaître qu’ils arrivent pratiquement quinze jours, trois semaines en amont des périodes habituelles », avouait-il en faisant état de « feux de forêt assez violents ». Le chef du gouvernement a dénombré, depuis le début de la saison, près de 7 000 départs de feux et « déjà 8 700 hectares brûlés ». Au total, environ 2 000 sapeurs-pompiers « professionnels, volontaires, civils, militaires » ont été mobilisés chaque jour mercredi et jeudi.

Météo-France rappelle que neuf incendies sur dix sont d’origine humaine et « principalement le fait d’une imprudence ». Les conséquences s’avèrent d’autant plus tragiques du fait des conditions climatiques extrêmes auxquelles la France fait face, entre températures très fortes, sécheresse intense et vents forts. L’Hexagone est loin d’être le seul pays exposé : le Portugal, l’Italie et les États-Unis, en proie à des chaleurs étouffantes, sont également confrontés à un risque élevé de feux de forêt. En 2025, 335 millions d’hectares ont brûlé dans le monde, une surface inférieure à la moyenne de long terme mais associée à des dégâts particulièrement lourds, selon une équipe internationale de scientifiques dirigée par des chercheurs de l’université d’East Anglia. Rien qu’en Europe, les incendies ont provoqué 28 morts et plus de 120 000 évacuations, poussant six pays européens à demander simultanément des ressources pour lutter contre des embrasements toujours plus féroces.