Une vague de chaleur record fait souffrir des millions de personnes cette semaine dans toute l'Europe. La France a connu mercredi la journée la plus chaude de son histoire, avec des températures dépassant les 43,3°C dans certaines régions du pays. La Grande-Bretagne a enregistré sa température la plus élevée jamais observée en juin, soit 38,8°C, dans le sud de l'Angleterre, tandis que l'Espagne a connu sa température moyenne quotidienne la plus élevée en juin depuis 1950, avec 28,08°C.

La chaleur extrême est en train de devenir la nouvelle norme. Les vagues de chaleur qui balayent le continent ont été considérablement amplifiées par le changement climatique. L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde : le continent se réchauffe le plus rapidement au monde et c’est la deuxième région la plus touchée après l’Arctique. Alors que le sud de l’Europe a toujours connu des vagues de chaleur, une grande partie de l’Europe et du Royaume-Uni bénéficiait historiquement d’un climat plus frais, et ses infrastructures ont été construites dans ce contexte. Conjugué au réchauffement rapide, cela a laissé les pays mal préparés face aux vagues de chaleur multiples et sans précédent qui se produisent chaque été, et cela met la vie des personnes en danger.

Au cours des quatre dernières années, plus de 200 000 personnes sont décédées dans l’Union européenne des suites de la chaleur extrême, et bon nombre de ces décès auraient pu être évités. « D’une certaine manière, l’Europe subit de plein fouet les effets du réchauffement climatique global bien plus rapidement que le reste du monde », explique Malcolm Mistry, maître de conférences à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, dont les recherches portent sur l’épidémiologie environnementale. Dans de nombreux pays européens, les logements et les bâtiments sont anciens, et conçus pour un climat très différent. Dans certains pays, tels l’Angleterre et la France, les logements « font office de fournaise », indique-t-il, car ils sont conçus pour retenir la chaleur. « Ils ont été conçus pour résoudre un problème tout à fait opposé », décrit Ronita Bardhan, professeure spécialisée dans l’environnement bâti durable et la santé à l’université de Cambridge, ajoutant que la mise à jour du parc immobilier existant ne sera pas aisée. « Celui-ci est en grande partie déjà construit, ce qui représente une situation très différente de celle où l’on dispose d’un terrain vierge pour construire du neuf. »

Les anciens bâtiments n’ont pas été conçus pour intégrer des systèmes de refroidissement, et le climat autrefois tempéré de la région rendait la climatisation superflue. « La plupart des villes européennes n’ont historiquement guère eu besoin de refroidissement ; les normes de conception des bâtiments n’ont donc jamais prévu l’intégration de systèmes de refroidissement », explique Mme Bardhan. Aujourd’hui, seules environ 20 % des habitations européennes sont équipées de climatisation, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie, contre 90 % des foyers américains. Cependant, certains pays l’ont adoptée plus rapidement que d’autres. Près de 50 % des Italiens disposent désormais de la climatisation chez eux, tandis que 7 % des foyers britanniques sont équipés de climatisation, soit le double du taux enregistré il y a à peine trois ans.

Pourtant, même si le continent continue de faire face à une hausse des températures, il est peu probable que la climatisation se généralise, d’autant plus que l’Union européenne envisage de supprimer progressivement d’ici 2050 les hydrofluorocarbures, un agent réfrigérant polluant couramment utilisé dans les climatiseurs. « Si l’on considère l’Union européenne comme un bloc, elle est très attentive aux politiques susceptibles d’avoir un impact négatif sur le climat », précise M. Mistry. « Ainsi, même si l’on reconnaît que la climatisation est nécessaire pour répondre aux besoins de rafraîchissement, on comprend également que l’on ne peut pas ouvertement encourager son utilisation comme moyen de maintenir la fraîcheur, car cela aura des effets secondaires. »

Au lieu de cela, de nombreux pays se tournent vers d’autres mesures d’adaptation : ombrage artificiel, multiplication des espaces verts et mise à jour des codes de construction afin de garantir que les nouveaux bâtiments soient mieux conçus pour résister à la chaleur.

À plus court terme, les autorités locales prennent des précautions telles que des plans d’action contre la chaleur, la mise en place de centres de rafraîchissement de fortune et la communication bien à l’avance des dangers liés aux vagues de chaleur, mais elles n’ont pas été en mesure de répondre de manière adéquate aux urgences sanitaires résultant de ces vagues de chaleur, selon M. Mistry. « Malgré tous leurs efforts, les autorités locales n’ont pas réussi à préparer à l’avance les services de santé publique et les services d’urgence pour faire face à une hausse attendue, par exemple, des admissions à l’hôpital liées à la chaleur », ajoute-t-il. Cela s’explique en partie par le vieillissement de la population de l’Union européenne : le nombre de personnes âgées, qui sont plus vulnérables aux effets de la chaleur extrême, a augmenté d’environ 40 % au cours des deux dernières décennies. De plus, de nombreux systèmes de santé européens sont déjà à bout de souffle, même sans avoir à faire face à un événement météorologique extrême.

Au final, une atténuation significative nécessitera une action mondiale visant à réduire les gaz à effet de serre, afin de ralentir le rythme du réchauffement. « Le changement climatique est, en somme, un problème mondial, et ce que j’entends par là, c’est que les mesures prises par un pays en particulier n’ont en réalité que peu d’impact », explique Malcolm Mistry. « Si les autres pays ne se joignent pas à nous, nous continuerons à mener un combat solitaire. »