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Budget : la France devra patienter pour regagner la confiance des marchés, prévient le FMI

Kristalina Georgieva, Présidente du FMI. (Crédits: Peerapon Boonyakiat/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)
Alors que les députés ont commencé l’examen du budget 2027, Kristalina Georgieva a prévenu que la dette et le déficit français ne retrouveront pas de sitôt des niveaux rassurants, avec un taux à dix ans proche de 5 %.

Le taux français à dix ans atteint 4,81 % ce 14 octobre, selon l’Agence France Trésor, et Kristalina Georgieva n’y voit pas un simple accident de parcours. Ce 14 octobre, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) a jugé qu’il « faudra du temps » à Paris pour ramener dette et déficit à des niveaux inspirant « une entière confiance, tant à la population qu’aux investisseurs ».

Devant la presse, en marge de l’assemblée annuelle du Fonds à Bangkok, elle a pourtant commencé par une concession : « La France cherche actuellement à adopter un budget » qui placerait ses comptes sur une trajectoire descendante. Le « toutefois » qui suit pèse bien plus lourd.

54 milliards d’efforts, aucune majorité

Le calendrier n’aide pas. Présenté en Conseil des ministres le 1er octobre par Sébastien Lecornu, le projet de loi de finances 2027 est arrivé, ce 13 octobre, devant l’Assemblée nationale. Le 9 octobre, en commission, les députés avaient rejeté la partie « recettes » à la quasi-unanimité. Le revers est sans conséquence immédiate, puisque le texte revient en séance dans sa version initiale. Il annonce toutefois des tractations longues.

L’objectif affiché est un déficit public de 5 % du PIB en 2027, contre 5,4 % attendus par Bercy cette année et 5,1 % en 2025. Pour y parvenir, le gouvernement met sur la table 54 milliards d’euros d’efforts, dont 43 milliards de mesures inscrites dans les projets de budget de l’État et de la Sécurité sociale, le reste provenant de mesures déjà engagées. Il prévoit notamment un gel du point d’indice des fonctionnaires, dont il espère 2 milliards d’euros d’économies, et un gel de la revalorisation des aides personnelles au logement. Sans ces mesures, assure le Premier ministre, le déficit « tutoierait les 6,5 % ». L’exécutif met également en avant un déficit de 4,8 %, calculé hors hausse des dépenses militaires.

Face à lui, une Assemblée sans majorité. L’adoption du texte apparaît incertaine. Le gouvernement pourrait recourir aux ordonnances budgétaires, une procédure jamais utilisée pour mettre en vigueur un projet de loi de finances. L’article 47 de la Constitution permet ce recours si le Parlement ne s’est pas prononcé dans un délai de soixante-dix jours, dont l’échéance est prévue le 18 décembre. Et la présidentielle de 2027 plane sur chaque amendement : Sébastien Lecornu a promis des mesures « pour beaucoup, réversibles par la nouvelle majorité qui sortira des urnes ».

La conjoncture complique l’équation. La croissance a été nulle au deuxième trimestre, après un recul de 0,2 % au premier. Le gouvernement a abaissé à 0,5 % sa prévision de croissance pour 2026. Et la charge de la dette, alourdie par la hausse des taux, grève un peu plus le budget.

« Les plus mauvais élèves » : la France n’est pas seule

Georgieva a élargi le tableau. Les gouvernements des économies avancées doivent selon elle restaurer « d’urgence » leur discipline budgétaire, faute d’avoir profité de la reprise post-pandémie pour reconstituer leurs marges. « Chaque nouveau choc a fait grimper davantage le niveau d’endettement », a-t-elle observé, rangeant ces pays parmi « les plus mauvais élèves ». Leurs ratios dette/PIB ont fortement augmenté depuis la crise de 2008, puis avec le Covid et les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.

La pression se manifeste sur les marchés obligataires. Des États-Unis à l’Europe, en passant par le Japon, les rendements ont fortement augmenté : ceux des bons du Trésor américain à 10 et 30 ans ont atteint des sommets depuis 2002. Les taux français à dix ans, eux, tutoient les 5 %. Plusieurs facteurs s’additionnent : l’inflation énergétique, qui pousse les banques centrales à relever leurs taux directeurs, les levées de dette des géants de l’IA, qui concurrencent les émissions publiques, et le doute sur le sérieux budgétaire des États.

Le FMI plaide pour « réparer d’urgence les fondations budgétaires avant que les fissures ne s’élargissent », en augmentant les recettes, en rationalisant les dépenses et en améliorant la gestion des finances publiques. La facture déborde les frontières des pays riches. La hausse des taux de référence réduit les marges de manœuvre des pays émergents et à faible revenu et renchérit le service de leur dette, a averti la patronne du FMI. Le problème s’aggrave quand s’ajoutent conflits, prix de l’énergie ou effets d’El Niño sur la sécurité alimentaire.

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