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Portables interdits au lycée : le grand flou de la rentrée 2026

Des téléphones portables rangés dans une caisse. (Crédits: Pressefoto Ulmer/ullstein bild via Getty Images)
Les 11,6 millions d’élèves français retrouvent leurs salles de classe ce 1er septembre. Au lycée, l’utilisation du smartphone est désormais interdite, mais les établissements disposent encore de quelques semaines pour en préciser les modalités. Entre règlements intérieurs à modifier et contraintes pratiques, l’application de la mesure s’annonce progressive.

Sept jours. C’est le délai qui sépare la promulgation de la loi de la rentrée scolaire. L’interdiction de l’utilisation du téléphone portable, étendue aux lycées à partir de ce 1er septembre, entre donc en vigueur alors que nombre d’établissements doivent encore l’inscrire dans leur règlement intérieur. Sur le papier, la mesure n’a pourtant rien d’improvisé. Promise de longue date par Emmanuel Macron, elle a été votée le 21 juillet par le Parlement, puis promulguée le 24 août. Le volet le plus offensif du texte, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, a été censuré par le Conseil constitutionnel. Reste l’article sur le téléphone, déjà en vigueur à l’école et au collège depuis 2018, désormais étendu au lycée. Sur X, le président de la République a défendu la mesure en affirmant : « Une école sans téléphone, c’est retrouver la sérénité de l’apprentissage. »

Face aux critiques, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, assume ce calendrier serré. Lors de sa conférence de presse de rentrée, il a concédé que la règle serait « un peu difficile à faire respecter au début », avant d’ajouter qu’« aucun argument sérieux ne permet de soutenir qu’un téléphone est indispensable en cours ». Pour les 11,6 millions d’élèves qui reprennent le chemin de l’école ce 1er septembre, le ministère promet ainsi, « pour la première fois », une scolarité complète sans téléphone. Une circulaire avait été publiée dès le 2 juillet pour préparer les établissements, mais les équipes syndicales jugent ce délai insuffisant pour consulter les instances lycéennes et modifier les règlements intérieurs. « Le gouvernement fait de la communication politique, du bricolage qui fait fi des réalités du terrain », a dénoncé auprès du HuffPost Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du secondaire.

Un règlement intérieur à revoir en urgence

Sur le terrain, la contrainte est aussi juridique que logistique. Le principe de l’interdiction s’applique à tous les lycéens, y compris lorsqu’ils sont majeurs. En revanche, les établissements accueillant des étudiants de BTS ou de classes préparatoires peuvent prévoir pour eux un régime particulier. Pour modifier un règlement intérieur, le conseil des délégués pour la vie lycéenne doit obligatoirement être consulté avant le vote du conseil d’administration. Audrey Chanonat, secrétaire nationale du SNPDEN-Unsa, estime auprès du HuffPost que ce processus ne pouvait pas être mené correctement pendant les vacances d’été.

La loi prévoit une exception automatique pour les équipements utilisés par des élèves en situation de handicap ou atteints d’un trouble de santé invalidant. Les règlements intérieurs peuvent également autoriser certains usages pédagogiques ou nécessaires au fonctionnement de l’établissement, notamment au centre de documentation, à la cantine ou à l’internat. Au quotidien, les lycéens se servent aussi de leur téléphone pour consulter Pronote, recevoir un changement de salle ou badger à la cantine. « On ne parle pas de la même chose avec des sixièmes qu’avec des terminales », souligne Sophie Vénétitay auprès du HuffPost, regrettant un discours gouvernemental qu’elle juge trop uniforme.

Le précédent qui inquiète les syndicats est celui du dispositif « Portable en pause », généralisé dans les collèges à la rentrée 2025 pour assurer la mise à l’écart effective des appareils. Selon Audrey Chanonat, une large partie des établissements n’a pas acheté les pochettes verrouillables préconisées, faute de moyens. Pour les lycées, le gouvernement évoque plusieurs solutions : des casiers individuels, des boîtes collectives ou des pochettes sécurisées. Les établissements peuvent aussi déterminer les lieux et les circonstances dans lesquels certains usages resteront autorisés, à condition de les préciser dans leur règlement intérieur.

Une application par étapes

Le ministère reconnaît lui-même que les modalités concrètes seront précisées dans les premières semaines suivant la rentrée. L’interdiction nationale devrait donc se traduire par des dispositifs variables selon les établissements. D’après une enquête interne de l’Éducation nationale réalisée en janvier 2026, 28 % des lycées avaient toutefois déjà mis en place un système équivalent à « Portable en pause ».

Les sanctions dépendront également du règlement intérieur. En cas d’infraction, le ministère préconise une réponse graduée, personnalisée et proportionnée. Le téléphone pourra notamment être confisqué, mais pas au-delà de la fin des activités d’enseignement de la journée. Une sanction disciplinaire pourra être prononcée en cas de récidive.

La question de l’efficacité ne trouve pas encore de réponse définitive. Aux États-Unis, où le débat progresse en parallèle, une étude du Pew Research Center relève que 48 % des adultes soutiennent désormais une interdiction pendant toute la journée scolaire, contre 36 % en 2024. Les résultats scientifiques restent cependant contrastés. Une vaste étude américaine publiée en 2026 n’a observé, à court terme, presque aucun effet sur les résultats scolaires ou l’assiduité, même si les restrictions réduisent fortement l’utilisation des téléphones en classe. D’autres travaux font état d’une meilleure concentration perçue par les enseignants ou de progrès limités chez certains élèves. La mesure peut donc réduire les distractions sans garantir, à elle seule, une amélioration des apprentissages. Reste désormais à savoir si les établissements français disposeront des moyens nécessaires pour la faire respecter.

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