Le message tient en quelques lignes et a été publié le 1er septembre au soir. Patrick Bruel y annonce l’annulation de ses trente-cinq concerts, qui devaient se tenir du 2 octobre au 21 novembre pour célébrer les trente-cinq ans de son album Alors regarde, son plus gros succès, écoulé à plus de trois millions d’exemplaires. Il n’y en aura finalement aucun. Le chanteur, mis en examen dans quatre dossiers pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel, notamment pour un viol présumé à Neuilly-sur-Seine en 2008 et une tentative de viol présumée à Bruxelles en 2010, a été placé sous le statut de témoin assisté dans quatre autres affaires. Présumé innocent, il conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés et avait jusqu’ici maintenu sa tournée d’automne.
Fin mai déjà, il avait annulé ses concerts prévus jusqu’en septembre, sans renoncer au reste de sa tournée. Cette fois, c’est l’ensemble du calendrier qui est supprimé. Dans son message, l’artiste de 67 ans se défend de tout renoncement. Il assure que maintenir ces concerts « n’était ni un défi ni une provocation ». Mais le contexte, dit-il, a fini par tout submerger : sa tournée était devenue, selon ses mots, l’incarnation d’un débat qui la dépassait. Alors il a tranché. Son contrôle judiciaire ne lui interdisait pas de se produire sur scène : la décision d’annuler lui revient donc.
Une tournée « indécente »
Depuis l’été, la pression n’avait cessé de grimper. Des dizaines de femmes accusent aujourd’hui le chanteur de violences sexuelles. En août, les maires de Chartres, Dijon, Strasbourg et Amiens avaient publiquement pris position contre sa venue dans leur ville. La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, avait elle aussi jugé que « les conditions n’étaient pas réunies » pour que les concerts soient maintenus. L’annonce de l’annulation a immédiatement été saluée par le collectif féministe NousToutes, qui y voit le résultat d’une mobilisation d’ampleur et dénonce une tournée jugée « indécente ».
Du côté des édiles concernés, le soulagement domine. Le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, a résumé l’état d’esprit ambiant : « Mieux vaut tard que jamais. Maintenant, la justice doit passer sereinement. » À Strasbourg, la maire Catherine Trautmann a insisté sur le soutien dû aux femmes qui ont témoigné. Aurore Bergé, elle, a sobrement dit prendre acte de la décision. L’avocate de plusieurs plaignantes, Jade Dousselin, a également exprimé son soulagement, tout en rappelant que cette annulation ne gomme pas ce qu’elle considère comme des « errements » dans le traitement judiciaire du dossier.
La défense refuse de parler d’aveu
Le lendemain, l’avocate de Patrick Bruel, Fanny Colin, est montée au créneau sur LCI pour couper court à toute interprétation de cette annulation comme une reconnaissance de culpabilité. Le chanteur, dit-elle, a fait « le choix de l’apaisement » afin de protéger son public et ses équipes face aux menaces de « coups de force » ou d’intrusions évoquées sur les réseaux sociaux. Elle martèle que cette renonciation n’est pas un aveu et que son client continue de clamer son innocence. L’avocate a également ciblé le maire de Chartres, Ladislas Vergne, dont les prises de position l’ont « choquée », estimant qu’elles portaient atteinte à la présomption d’innocence. Pour elle, vouloir exercer son métier et se dire innocent n’a rien d’indécent.
La question de l’argent est, elle aussi, loin d’être anecdotique. Une annulation décidée par l’artiste, sans motif médical ni événement extérieur imprévisible, pourrait ne pas être couverte par les contrats d’assurance annulation classiques. Selon des professionnels du secteur interrogés par la presse, les frais déjà engagés pour organiser les trente-cinq dates, location des salles, sécurité, logistique ou rémunération des équipes, devraient donc rester, au moins en partie, à la charge des organisateurs. L’étendue exacte des pertes dépendra néanmoins des contrats conclus entre le producteur, les diffuseurs, les salles et leurs assureurs.
Les spectateurs ayant déjà acheté leur place seront, en revanche, remboursés. Fanny Colin l’a confirmé mercredi sur LCI : « Tous les billets seront naturellement remboursés. » Patrick Bruel reste mis en examen et soumis à un contrôle judiciaire. La procédure suit désormais son cours, indépendamment de l’annulation de sa tournée.





