Il peut parfois être difficile de distinguer la fatigue ordinaire du véritable épuisement professionnel, également appelé burn-out. Dans les deux cas, vous pouvez être épuisé et déconcentré, mais le burn-out est plus profond. Alors, comment savoir si vous avez besoin juste de repos ou d’une remise à zéro plus sérieuse ?

Fatigue ou burn-out, quelle différence ?

La fatigue est une partie intégrante de la vie, surtout quand vous vous êtes couché tard ou que vous avez eu une semaine chargée. Elle est généralement temporaire et disparaît avec du repos, du sommeil ou une courte pause. Une fois que vous prenez du recul, vous retrouvez généralement votre énergie.

« Le burnout est totalement différent », explique le Dr Marjorie Jenkins, directrice clinique chez Incora Health, une entreprise spécialisée dans les technologies dédiées à la santé des femmes. « Il nous pousse à remettre en question notre raison d’être, nous fait perdre notre motivation et détruit notre bien-être émotionnel. En d’autres termes, il nous fait perdre notre identité. »

Le burn-out trouve souvent son origine dans un stress chronique, un épuisement émotionnel et un sentiment de détachement par rapport au travail ou aux responsabilités de la vie. Il ne s’agit pas seulement d’un état psychologique : le burn-out peut entraîner des changements mesurables dans la structure et le fonctionnement du cerveau.

Une étude publiée en 2014 dans PLOS ONE a utilisé l’imagerie cérébrale pour montrer que les personnes souffrant d’épuisement professionnel avaient moins de matière grise dans les zones liées à la régulation émotionnelle et au contrôle cognitif, en particulier le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal dorsolatéral. Ces zones aident à gérer le stress, la prise de décision et la réponse émotionnelle, des fonctions qui peuvent être altérées en cas de burn-out.

Une autre étude publiée dans Neuropsychopharmacology a révélé que l’amygdale, le centre du cerveau responsable de la peur et de la réponse au stress, peut devenir hyperactive en cas de burn-out, ce qui entraîne une réactivité émotionnelle accrue et une difficulté à se calmer, même après la disparition du facteur de stress.

 

Quelles sont les causes du burn-out ?

Le burn-out survient lorsque le stress chronique modifie fondamentalement le fonctionnement de votre cerveau, explique Kevin J.P. Woods, directeur scientifique chez Brain.fm, une entreprise qui crée de la musique pour améliorer la concentration.

« D’un point de vue neurologique, il s’agit d’une défaillance de la capacité du cerveau à gérer le stress », explique-t-il. « Le cerveau possède des systèmes sophistiqués pour gérer le stress à court terme qui ont aidé nos ancêtres à survivre aux menaces. Mais ces mêmes systèmes n’ont pas été conçus pour le stress constant et incessant de la vie moderne. S’ils sont activés en permanence, ils commencent à dysfonctionner. »

Parmi les causes fréquentes du burn-out, on retrouve une charge de travail excessive (où vous n’avez aucun contrôle sur vos tâches et aucune reconnaissance pour vos efforts), un mauvais équilibre entre vie professionnelle et vie privée, des relations tendues, un décalage entre vos valeurs et votre environnement, une culture ou une direction toxique au travail, ou encore des responsabilités croissantes en dehors du travail (enfants, parents malades, problèmes de santé). L’utilisation constante de la technologie sans jamais déconnecter est un autre facteur de risque.

 

Qui sont les personnes les plus à risque ?

Le burn-out peut toucher tout le monde, mais certaines personnes et certaines professions sont particulièrement vulnérables. Des recherches montrent notamment qu’une combinaison de traits de personnalité, d’exigences professionnelles et de rôles dans la vie peut augmenter considérablement le risque.

« Beaucoup de gens se soucient de leur burn-out quand il est trop tard », explique Thea Gallagher, psychologue clinicienne à NYU Langone Health. « Il est facile de s’épuiser dans une carrière que l’on aime, mais nous avons tous besoin de limites et d’un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, quand bien même nous aimons notre travail. »

Voici quelques-unes des carrières et des situations qui comportent un risque de burn-out plus élevé.

  • Professions très stressantes
    Les personnes qui travaillent dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du travail social et des services d’urgence doivent souvent composer avec de longues heures de travail, un travail émotionnel et un contrôle limité sur leur charge de travail, autant de facteurs classiques de l’épuisement professionnel. Un rapport de 2022 de l’Organisation mondiale de la santé a désigné ces métiers comme particulièrement à risque, en particulier depuis la pandémie de Covid-19.

 

  • Les perfectionnistes
    Les personnes qui se mettent une forte pression interne ou qui ont tendance à vouloir plaire à tout le monde peuvent se pousser au-delà de leurs limites saines. Thea Gallagher explique que ces traits de caractère, bien que souvent salués dans le milieu professionnel, peuvent compliquer le fait de prendre du repos ou de demander de l’aide.

 

  • Les travailleurs à distance et les travailleurs indépendants
    Les personnes qui travaillent à domicile ou qui n’ont pas de frontière claire entre leur vie professionnelle et leur vie privée peuvent avoir l’impression d’être toujours au travail. En l’absence d’une séparation physique, ils ont plus de mal à déconnecter, à récupérer et à se ressourcer.

 

  • Les proches aidants
    Que vous soyez parent ou que vous vous occupiez de parents âgés, voire les deux, le rôle d’aidant peut être épuisant sur le plan émotionnel et physique et est souvent sous-estimé, ce qui favorise le burn-out.

 

  • Les femmes et les groupes marginalisés
    Les femmes, en particulier les femmes racisées, sont souvent livrées à un travail invisible, à des inégalités et à des microagressions qui ajoutent un stress chronique à leur vie professionnelle et familiale. Des études montrent que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de signaler un burn-out et de souffrir en silence.

 

  • Les personnes en manque d’un système de soutien solide
    Ceux qui ne bénéficient pas d’un soutien émotionnel ou social au travail ou à la maison ont plus de difficultés à amortir le stress, ce qui les rend plus vulnérables aux effets à long terme du burn-out.

 

Comment traiter l’épuisement professionnel et le prévenir à l’avenir

Le stress fait partie de la vie, et la réussite professionnelle et personnelle implique de savoir le gérer et y réagir.

« Il faut du temps pour se remettre d’un épuisement professionnel », explique Kevin J.P. Woods de chez Brain.fm. « Les changements qui surviennent au niveau du cerveau en cas de stress chronique ne peuvent pas s’inverser du jour au lendemain. La plupart des patients ont besoin d’au moins trois à six mois de changements constants dans leur mode de vie pour constater une amélioration significative. »

Il ajoute que des pauses régulières pendant la journée de travail, toutes les 90 minutes environ, peuvent aider à « prévenir la surcharge cognitive ». Prenez le temps d’avoir des interactions en face à face, idéalement avec des amis ou des proches, car cela peut aussi contribuer à contrer le stress. L’exercice physique aide également à retrouver de l’énergie. L’expert assure : « Même 20 à 30 minutes de marche suffisent à faire une différence notable ». Il en va de même pour un sommeil suffisant.

« En définitive, notre corps a besoin de repos » pour éviter le burn-out, explique le Dr Marjorie Jenkins. Cela est d’ailleurs vrai « quelle que soit notre force, notre résilience, notre intelligence et notre réussite. Une fois reposés, nous nous sentons mieux, reboostés, et pouvons reprendre le cours de notre vie avec une énergie renouvelée. »