L'Organisation Mondiale de la Santé souhaite rassurer ceux qui craignent la perspective d'une nouvelle pandémie similaire à celle du COVID-19. L'hantavirus, qui a provoqué la mort de trois passagers ayant emprunté le MV « Hondius », est toutefois présenté comme « inédit et inquiétant ».

Les virus se suivent et se ressemblent. Six ans après l’épisode du Diamond Princess, navire de croisière connu pour avoir été l’un des premiers foyers de contamination du COVID-19, le MV Hondius esquisse-t-il les prémices d’une nouvelle pandémie ? Le bateau de croisière, au sein duquel sont aujourd’hui confinées près de 150 personnes, se transforme depuis quelques jours en terrain de panique à l’échelle mondiale.

Sur la coque du MV Hondius, parti de Ushuaia le 1er avril, ont été identifiés plusieurs cas d’infection par un hantavirus de l’espèce Andes. Sur les huit passagers touchés, trois ont perdu la vie : un couple de Néerlandais âgé de 69 et 70 ans ainsi qu’une ressortissante allemande. Un autre croisiériste, un Britannique de 69 ans, a été hospitalisé à Johannesurg. « Bien que rare, le hantavirus peut se transmettre d’une personne à l’autre et entraîner des maladies respiratoires graves ; il nécessite une surveillance attentive des patients, un soutien et une prise en charge appropriés », a tenu à préciser l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

La situation actuelle au bord du MV Hondius

Le MV Hondius, dont les passagers et les membres d’équipage sont confinés en raison d’un foyer d’hantavirus, se dirige actuellement vers Tenerife, dans l’archipel espagnol des Canaries. Le navire est attendu dans la municipalité de Granadilla dès samedi 9 mai afin de préparer, pour le début de la semaine prochaine, l’évacuation des croisiéristes. « Un dispositif conjoint d’évaluation sanitaire et d’évacuation sera mis en place pour rapatrier tous les passagers, à moins que leur état de santé ne l’empêche », a prévenu Mónica García Gómez, ministre espagnole de la Santé.

Au-delà des trois victimes, emportées après des symptômes tels que des douleurs gastro-intestinales, des maux de tête, de la fièvre et de la diarrhée, plusieurs malades ont été évacués pour être hospitalisés. C’est le cas d’un Britannique de 69 ans, actuellement pris en charge par un hôpital de la banlieue de Johannesburg. Il s’agit du premier passager du MV Hondisu à avoir été officiellement testé positif à la souche des Andes du hantavirus. Un autre homme, qui revenait d’un voyage en Amérique du Sud avec sa femme, a été envoyé à l’hôpital universitaire de Zurich, en Suisse. Deux autres personnes, membres de l’équipage, ont été évacués par avion vers les Pays-Bas. Le premier, Britannique, et le second, néerlandais, présentent un état « grave », d’après la compagnie.

Le reste des passages du MV Hondius demeurent, quant à eux, confinés à bord du navire. Parmi ceux-ci se trouvent cinq Français, dont l’état de santé ne suscite aucune inquiétude, bien que l’un d’entre eux soit cas contact avec une personne malade. « Ils sont toujours sur place, ils ont été contactés par les médecins du ministère des Affaires étrangères. Ils se portent bien, on suit attentivement et avec eux la situation », a rassuré Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, au micro de RTL.

Au total, ce sont pas moins de 23 nationalités différentes qui se trouvent à bord du MV Hondius. Les pays de l’UE auront pour mission de prendre en charge leurs ressortissants, peut-être grâce à l’aide de la Commission européenne.

Qu’est-ce qu’un hantavirus ?

La famille des hantavirus, présente sur tous les continents, se compose essentiellement de virus transmissibles aux humains par l’inhalation de poussières et d’aérosols contaminés par les excrétions de rongeurs infectés. L’Institut Pasteur rappelle que « près de 140 taxons sont reconnus actuellement », et que « chaque taxon viral est associé généralement à une seule espèce hôte naturel, incluant des rongeurs (rats, campagnols, mulots), des insectivores […], des chauves-souris […] mais aussi des poissons ».

L’OMS estime le temps d’incubation du hantavirus, soit la période entre l’infection et le début des symptômes, aux alentours d’une et six semaines, bien que la majorité des cas stagnent entre deux et trois semaines. Ce faisant, les experts supposent que les premiers cas ont été contaminés en dehors du MV Hondius avant une transmission interhumaine. Le couple de Néerlandais emporté par le virus avait, avant d’embarquer sur la croisière, visité plusieurs pays d’Amérique du Sud, comme l’Argentine, le Chili, l’Uruguay. L’hantavirus est justement endémique dans certaines régions argentines, lesquelles recensent près d’une soixantaine de cas chaque année.

Les hantavirus sont classés en deux sous-groupes aux propriétés légèrement différentes. Le premier, dit de l’Ancien Monde, se déploie en Asie, en Afrique et en Europe, et peut engendrer fièvre, courbatures, problèmes gastriques et toux. La létalité peut aller jusqu’à 14 %. L’hantavirus du Nouveau Monde, cette fois appliqué sur l’ensemble du continent américain, peut rapidement évoluer vers une atteinte pulmonaire avec un syndrome respiratoire aigu sévère, voire une atteinte cardiaque. Sa létalité peut dépasser 40 %.

La souche des Andes, aperçue chez trois passagers du MV Hondius, ne circule quant à elle qu’en Argentine et au Chili. Il s’agit du seul hantavirus à se transmettre directement entre humains, de la même manière que d’autres virus comme la grippe ou le COVID-19. Ce type de contamination, porté par l’émanation de gouttelettes de salive, permet donc à ce hantavirus de continuer à se propager hors de son environnement d’origine. De sorte à limiter au mieux sa propagation, les passagers du MV Hondius sont priés de s’isoler dans leurs cabines respectives.

Doit-on craindre une nouvelle pandémie ?

En raison de son exceptionnalité, le foyer d’hantavirus déclaré sur le MV Hondius devient la source d’une avalanche de réactions de la part des autorités sanitaires. Si certaines entités comme l’OMS réfutent, à ce stade, tout risque de pandémie, d’autres tiennent à éviter des allégations aussi tranchées. De toute évidence, le caractère inédit de cet épisode sanitaire, tant par sa gravité que son ampleur, nourrit des incertitudes toujours plus épaisses à l’égard d’un virus très peu connu du grand public.

« À ce stade, le risque global pour la santé publique reste faible », a voulu rassurer Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, qui estime que cette situation n’est pas similaire à celle du début de la pandémie de COVID-19. « Nous comprenons que les gens sont inquiets et à la recherche d’informations », a réagi le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) sur son compte X. « Le hantavirus ne se transmet pas par des personnes sans symptômes, la transmission nécessite un contact étroit, et le risque pour le public américain est très faible », assure l’organisation.

De son côté, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) adopte un ton plus méfiant à l’égard du hantavirus, autour duquel de « nombreuses incertitudes subsistent ». « Il est important que nous adoptions une approche de précaution à ce stade afin de réduire le risque de nouvelles transmissions », a déclaré Pamela Rendi-Wagner, directrice de l’ECDC. « Des discussions sont avec les autorités nationales mais aussi les autorités médicales et l’OMS afin d’établir le protocole à suivre une fois le navire à quai, sur la meilleure façon de prendre en charge les personnes à son bord, la rapidité et la sécurité de leur débarquement », a assuré auprès de l’AFP Christian Lindmeier, porte-parole de l’OMS.

Dans l’ensemble, les autorités concernées s’accordent à dire qu’un risque de pandémie reste faible. Sa propagation résulte essentiellement, pour l’heure, de contacts étroits et prolongés. L’OMS, qui prend tout de même la situation au sérieux, s’évertue à mener un traçage international des contacts afin de s’assurer que la maladie soit contenue.