Lors du dernier meeting de Sophia Chikirou, candidate insoumise aux municipales à Paris, le leader insoumis a pris la parole ce lundi 9 mars à la Maison de la Mutualité, faisant un lien direct entre l'élection municipales à venir et la présidentielle de 2027.

Au sein de la Maison de la Mutualité, lieu marqué de l’histoire de la gauche française, les partisans insoumis lancent le dernier meeting de Sophia Chikirou à Paris au rythme des slogans. « Nous sommes tous des enfants de Gaza » succède à « Siamo Tutti Antifascisti », et à « Paris Populaire », référence au nom de la liste que conduit l’insoumise. La salle, pouvant accueillir quelque 1 725 personnes, est pleine, l’organisation revendique 2 500 personnes présentes. Dans les sondages, l’insoumise est, à quelques jours du premier tour de l’élection municipale ce dimanche 15 mars, un peu à la traîne. Alors que les intentions de vote qui lui étaient créditées ces derniers mois semblaient lui accorder un ticket pour le second tour, les dernières études d’opinion font frôler la députée de Paris avec la barre fatidique des 10 %. L’objectif de ce dernier grand rendez-vous est donc de mobiliser pour accéder au second tour du scrutin. Pour cela, la candidate a pu bénéficier de soutiens de camarades insoumis. Les députés Louis Boyard et Aurélie Trouvé ouvrent la soirée sous les applaudissements, l’eurodéputée Manon Aubry enchaîne ensuite. Cette dernière, qui siège au Parlement européen depuis 2019, parle de ses adversaires au Parlement européen qui sont, par ailleurs, candidats à l’élection municipale : Sarah Knafo pour Reconquête et le candidat RN Thierry Mariani.

Si sur le second, l’eurodéputé se questionne si le porte-drapeau du RN n’a pas abandonné sa campagne – il n’est crédité que de 3 % des intentions de vote selon le sondage Ifop-Fiducial pour Le Parisien – Aujourd’hui en France, LCI et Sud Radio –, elle cible davantage la première, qui « siège dans le groupe le plus à droite de l’extrême droite », a-t-elle affirmé. Manon Aubry a aussi ciblé Rachida Dati, qui fait la course en tête, derrière la liste de gauche rassemblée derrière Emmanuel Grégoire. Elle dépeint une femme qui « va passer plus de temps au Palais de justice qu’à aider les Parisiens », faisant référence au procès de la maire du 7ᵉ arrondissement pour corruption et trafic d’influence qui aura lieu du 16 au 28 septembre 2026. Pour rappel, Sophia Chikirou sera elle-même jugée à partir du 12 mai 2026 pour escroquerie, dans une affaire impliquant le site d’actualité Le Média.

Le programme insoumis ? le « meilleur programme » selon Chikirou

Sophia Chikirou, dans une prise de parole d’une trentaine de minutes, se présente comme une candidate endurcie par une campagne rythmée par « les attaques, les insultes, les calomnies, les menaces et les agressions ». « 90 % des attaques qui me ciblent ne m’atteignent plus », affirme l’insoumise. Cette dernière dépeint une classe politique qui voudrait voir disparaître les insoumis. « “Vous n’êtes plus dans le champ républicain”, répètent-ils de l’extrême droite au PS », griffe la députée de Paris dans une rhétorique antisystème. La tête de liste affirme avoir le « meilleur programme », critique Emmanuel Grégoire, qui, selon elle, « passe son temps à reprendre [ses] propositions ». Un moyen de s’en prendre à Emmanuel Grégoire pour s’en différencier à quelques jours du premier tour.

Mais sur l’affiche du meeting de ce soir-là, le visage de la tête de liste insoumise n’était pas le seul à être affiché. À ses côtés, celui de Jean-Luc Mélenchon, que Sophia Chikirou appelle sur scène en précisant que c’est le premier meeting qu’elle fait à ses côtés. Le chef de file de LFI entre sur scène sous les cris du public, s’écriant « Résistance » à tue-tête. Celui-ci est venu apporter son soutien en personne à celle avec qui il dit mener le combat depuis 20 ans, comme trop modeste.

Lui de brosser le portrait des adversaires de Sophia Chikirou qu’il présente comme « interchangeables » et sans programme et s’en prend au socialiste Emmanuel Grégoire. « Monsieur Grégoire, qui ne veut pas d’alliance avec LFI », clame le leader insoumis, rappelant que le député socialiste a répété à plusieurs reprises ne pas vouloir d’alliance avec Sophia Chikirou. « Avec qui il veut gagner ? », s’interroge alors Jean-Luc Mélenchon, accusant le socialiste de vouloir tendre la main à Pierre-Yves Bournazel, candidat soutenu par Renaissance, reprenant une critique récurrente formulée à l’égard du PS, notamment à l’Assemblée nationale, celle du supposé changement d’alliance. « À l’Assemblée nationale, ils ont changé d’alliance. Maintenant, ils font équipe avec les macronistes. C’est leur projet », accuse l’insoumis. Jean-Luc Mélenchon présente aussi l’accession à la mairie de Paris comme un moyen d’influence. « Tous les chefs d’État du monde qui passent à Paris sont en général reçus à la mairie de Paris. Cela veut dire que vous êtes en état de créer des liens avec tout le monde », analyse l’insoumis.

Rapidement, la prise de parole de Jean-Luc Mélenchon s’oriente vers la situation internationale et sur la politique nationale. Ce dernier fait un lien direct entre le résultat des élections municipales et celui, ensuite, de l’élection présidentielle à venir. « Nous savons que nous sommes nombreux », a-t-il affirmé à la salle. « C’est à travers cette force que va reposer cette élection et la suivante », déclame-t-il, considérant que l’élection présidentielle se prépare avec ce meeting.

Vers des « accords techniques » à gauche ? 

« La décision du PS est d’une stupidité et d’un danger politique absolu », a-t-il dénoncé sur la scène à propos de la décision socialiste de ne conclure d’accords ni au premier ni au second tour avec les insoumis. Lui d’évoquer les « victoires » de la NUPES en 2022 au premier tour et du NFP en 2024 au second tour des élections législatives comme un gage de l’efficacité d’une union large à gauche, alors même que Sophia Chikirou à Paris ne s’était pas montrée favorable à une union de premier tour avec les autres partis de gauche. « Nous avons des dizaines de raisons de ne pas avoir très envie de les voir […], mais on ne se laisse pas emporter par la haine, par les rancœurs et par les règlements de comptes personnels », affirme l’insoumis.

Faisant le constat de l’impossibilité d’un accord programmatique avec les socialistes et prônant que « se désister » derrière une liste de gauche mieux placée « c’est se condamner à perdre », il leur propose un « front unique antifasciste ». Il présente cela comme un « simple accord technique ». « On fait une seule liste, on se partage à la proportionnelle les postes. Celui qui est devant reste devant, celui qui est derrière, reste derrière. Mais on y va tous ensemble », résume l’insoumis. Un moyen, selon lui, que « tout le monde soit représenté » au second tour et s’assurer que « tout le monde vote ». Une proposition qui ressemble au début du long chemin de la présidentielle, alors que la campagne pour l’Élysée pourra pleinement commencer lundi 23 mars prochain, au lendemain des élections municipales.