« Cette affaire du prétendu financement libyen de ma campagne a commencé dans le mensonge et doit finir dans la vérité », a affirmé Nicolas Sarkozy lors de sa dernière prise de parole, au terme de son procès en appel. La décision sera rendue le 30 novembre.

Malgré l’épée de Damoclès qui plane au-dessus de sa tête, Nicolas Sarkozy a plaidé une dernière fois son innocence. Au dernier jour du procès en appel sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, l’ancien président a assuré mercredi 27 mai : « Je n’ai pas trahi la confiance des Français. Je n’ai pas reçu un centime d’argent libyen ». Une ultime déclaration d’une dizaine de minutes, prononcée après les plaidoiries de ses avocats, venus défendre la relaxe de l’ancien président de la République.

À la clôture de cette dernière séance à 17 h 30, le président de la cour, Olivier Géron, a appelé Nicolas Sarkozy à s’exprimer une dernière fois :

« Cette affaire du prétendu financement libyen de ma campagne a commencé dans le mensonge et dans le complot. Elle doit finir dans la vérité, dans la transparence », a-t-il commencé par plaider. 

L’ancien président s’est dit « insulté » par les réquisitions du parquet général, qui a réclamé sept ans de prison, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité à son encontre.

Sept ans de prison réclamés par l’accusation

En septembre dernier, le tribunal correctionnel de Paris a déclaré Nicolas Sarkozy coupable d’association de malfaiteurs et l’a condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme. Il avait en revanche été relaxé des trois autres infractions pour lesquelles il était jugé. Après vingt jours de détention à la prison de la Santé, à Paris, Nicolas Sarkozy était finalement sorti de prison le 10 novembre 2025, sous contrôle judiciaire. Depuis, le procès en appel de l’ex-chef d’État et de dix autres prévenus s’est ouvert le 16 mars dernier. Parmi eux, certains n’assistent pas aux débats, dont Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Élysée, pour des raisons de santé. La décision finale en appel sera rendue le 30 novembre prochain.

L’ancien président a poursuivi lors de son ultime prise de parole : « Depuis 14 ans, j’ai répondu inlassablement, à en devenir fou, à toutes les questions, à toutes les investigations, à toutes les enquêtes. » Il a souligné s’être « battu » pour prouver son innocence.

« J’ai assumé, j’ai argumenté, ma vie a été scrutée, mais rien n’a été trouvé. Mais ce n’est pas suffisant », a-t-il déploré, avant d’insister, la voix étranglée, sur un point : « Je ne demande qu’une chose : être traité comme n’importe qui, être jugé pour ce que j’ai fait, pas ce que je suis. »

Celui qui a été condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme en première instance explique avoir vécu ces onze semaines d’audience comme « une nouvelle épreuve ». « Il y a eu des moments difficiles […] Ce n’est pas un procès historique, ce n’est pas un roman, c’est ma vie », a-t-il affirmé, laissant transparaître sa colère envers le parquet général. De son côté, l’accusation dépeint Nicolas Sarkozy comme l’« instigateur » d’un pacte de corruption avec la Libye de Mouammar Kadhafi.

« Je suis venu ici comme on va à un chemin de croix »

Un financement politique qui n’empêche pas de rappeler le scandale Bygmalion, qui portait sur le financement illégal de la campagne présidentielle de 2012 de Nicolas Sarkozy. Dans ce dossier, les dépenses de campagne avaient très largement dépassé le plafond légal, fixé à 22,5 millions d’euros pour un candidat qualifié au second tour. Nicolas Sarkozy a été définitivement condamné dans cette affaire en novembre 2025.

Dans l’affaire du financement libyen présumé, l’accusation soutient qu’un pacte de corruption aurait été noué avec le régime de Mouammar Kadhafi afin d’obtenir des fonds occultes pour la campagne de 2007, en échange de contreparties. Parmi celles-ci figure notamment la situation judiciaire d’Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi, condamné en France à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’attentat contre le DC-10 d’UTA au-dessus du Niger en 1989, qui avait causé la mort de 170 personnes. Nicolas Sarkozy, qui a martelé son appel à la vérité et à la transparence, a toutefois refusé de citer « les menteurs et les comploteurs [qui] se reconnaîtront ».

En s’adressant aux avocats généraux, l’ex-chef d’État a dit avoir été « blessé » par les accusations selon lesquelles son élection en 2007 aurait été « biaisée » par une « influence étrangère ». Les « 37 350 000 Français [qui] se sont déplacés » et lui ont permis de rassembler « plus de 53 % » des voix « ont donc été abusés par l’argent de [Mouammar] Kadhafi que vous n’avez pas retrouvé » dans les comptes de campagne, a-t-il ironisé.

Nicolas Sarkozy s’est ensuite tourné vers le président de la cour d’appel, Olivier Géron :

« Je vous le dis droit dans les yeux, je tiens à mon pays et je ne peux pas croire que dans la France de 2026, un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu’il n’a pas commis et contre lesquels, après 14 ans d’enquête, il n’y a aucune preuve. »

Pendant ces onze semaines d’audience, il assure ne pas être « venu ici comme au bureau », mais « comme on va à un chemin de croix ».

« Tout n’est pas possible, même pour condamner Nicolas Sarkozy »

Avant la prise de parole du principal prévenu, ses quatre avocats s’étaient relayés à la barre pendant six heures pour plaider la relaxe. La défense s’est indignée du scénario judiciaire en cours depuis le 16 mars. Au début de l’audience, l’avocat de l’ancien président, Christophe Ingrain, a qualifié le dossier d’« échafaudage d’hypothèses » et de « roman grotesque ». « En l’absence de toute preuve, on ne condamne pas sur une hypothèse », a-t-il ajouté.

« Tout n’est pas possible, même pour condamner Nicolas Sarkozy », a martelé Christophe Ingrain, en citant Crime et Châtiment de Fiodor Dostoïevski, paru en 1866 : « Cent lapins ne font pas un cheval, cent présomptions ne font pas une preuve. » L’avocat n’a toutefois pas précisé que, dans ce roman, le personnage au cœur de l’intrigue est bien coupable du double homicide qui le tourmente.

« C’est émouvant pour moi, car maintenant je vais attendre », a confié l’ancien président, « pas comme un ancien président de la République, mais [comme] un homme qui va se demander tous les jours en se réveillant, tous les soirs en se couchant : est-ce que je vais y retourner ? »

Une allusion directe à ses vingt jours de détention à la suite de sa condamnation en première instance.